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Pourtant, dans ce qui est décrit ici comme des portraits, le visage de Mathilde Monnier est quasiment absent, tout au plus extrêmement flou. Son regard ne rencontre jamais l'objectif. En réalité, Isabelle Waternaux ne s'intéresse pas tant au visage de Mathilde Monnier qu'à son corps, pour poursuivre ici son travail sur les modes de présence et d'incarnation.
Car en effet, Mathilde Monnier est danseuse, et c'est sans doute son corps, son corps en mouvement, qui nous révèle bien plus à son sujet que ne peut le faire son seul visage : son corps est, par définition, son outil d'expression, et il est d'autant plus expressif lorsqu'elle improvise, comme c'est le cas sur ces photos.
Mathilde Monnier est nue, elle danse tandis qu'Isabelle Waternaux la prend en photo. Mathilde Monnier doit s'adapter au temps de la photographie, qui est plus lent que celui de la danse, tout en se recentrant sans cesse sur elle-même pour oublier l'objectif et trouver l'inspiration de ses gestes.
Isabelle Waternaux doit observer ce corps pour le faire entrer dans l'image et tenter de retranscrire l'espace qu'il dessine.
" Nue, M devient invisible, ou plutôt inregardable autrement que comme danseuse " (D. Fourcade). Et c'est par ce biais que les photographies d'Isabelle Waternaux deviennent si particulières ; ni pudiques ni voyeuristes, reflets d'un certain temps et d'un certain espace du corps, reflets d'un art qu'est la danse.
Un dialogue s'instaure entre la danseuse et la photographe : " Devoir : Mathilde Monnier avait le devoir de se montrer. W, photographiant M, avait le même devoir : se montrer. Aujourd'hui et c'est surprenant, on voit bien que M, devenant photographie, a montré W. " (D. Fourcade)
Cet ouvrage convie le lecteur à une réflexion sur la danse, son histoire, son rapport au corps, ses costumes, mais aussi sur la photographie et ses possibilités, son rapport au réel et aux autres disciplines artistiques.
Enfin, le texte de Dominique Fourcade se surajoute à tout cela pour nous demander : Comment écrire sur la danse, sur la photographie ? Comment écrire sur l'art ? Alors que Dominique Fourcade achève d'écrire son texte, nous sommes le 11 septembre 2001. L'écrivain ne peut alors que se poser une autre question : que peut l'art ?
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