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Vous disiez que c’est le hip hop qui vous a rassemblé. Pourtant vous n’utilisez que relativement peu le scratch
- à proprement parler - dans vos compositions qui flirtent bien plus avec l'electronica, le jazz ou le rock qu'avec votre culture d'origine. Quelles sont vos sources d’inspirations ? Vos références ?
Denis : On a tous des influences et des cultures assez différentes. Crazy B, lui est plutôt Soul Funk, black music américaine, Jazz, Disco. Il était Punk à la base. Il a même commencé par jouer
de la basse. Moi j’ai fait du Skate avant de me mettre aux platines. J’étais donc surtout Hardcore et un peu Punk Rock et Hard Rock. Mais jusqu’à 20 ans, au moment où je me suis mis aux platines, la musique n’était pas quelque chose de très
important pour moi. C’est par la suite que j’ai découvert le Hip Hop, le mix, le scratch et que je me suis mis à la musique. Après je suis parti à la découverte des racines du Hip Hop et maintenant j’écoute pas mal de Jazz, des trucs
barrés, européens essentiellement, des musiques d’illustration…
Mike : En ce qui me concerne, je viens de banlieue, j’étais dans un délire cités. Je n’écoutais que du Rap français comme X-Men, Time Bomb, Lunatik, Mix Master Mike,
Shortut, Q-Bert, D-Styles.
Et enfin, j’ai commencé à écouter un peu de musique électronique, de la Drum’n’Bass principalement. Puis, j’ai eu une phase Punk Rock… Voilà maintenant, c’est l’énergie que je recherche avant tout. Généralement j’aime bien la musique qui tape, mais cela dépend du contexte. On n’écoute pas toujours la même musique. C’est une émotion avant tout…
Avec toutes ces influences, Rock, punk, funk, jazz, électronique et Hip Hop, maintenant que votre album sort enfin, comment pensez vous que les disquaires
vont-le classer ? En platine’n’roll comme le suggère Libé ?
Denis : En électronique je pense, vu qu’on a été rattrapé par la chose et compte tenu
du fait qu’on est maintenant chez UWE. C’est vrai qu’on est plus programmés
dans des festival d’électro que dans des festivals rock… Quoi que…
Mike : Oui, quoiqu’en même temps on fait pas mal de festivals un peu plus rock maintenant ou des trucs plus techno comme avec les Punk à chiens. Et même dans les festivals Jazz je suis sûr qu’il y a moyen…
C’est l’avantage d’avoir plusieurs styles à son arc…
Denis : Oui tout à fait. En même temps c’est pas tout à fait notre démarche non plus. Quand on commence un morceau, on ne se dit pas « tiens aujourd’hui on est happy, on est bonne vibe, on va faire un morceau plus
jazz ». Ca vient comme ça vient…
Mike : Et, ça ne va pas en s'arrangeant ; nos nouvelles prods n’ont déjà rien avoir… Mais bon, peut-être qu’un jour on fera un album
électro complètement formaté, car on aura envie de se fixer dans les limites d’un style, de s’exprimer
à l'intérieur de ces limites -là.
Et ça vient comment ? Comment composez vous vos morceaux ? Pour cet album comment avez-
vous procédé ?
Denis : Au début, on s’est posé plein de questions, notamment pour
ce qui concernait le choix des sons. Et en définitive, ça s'est fait un peu au hasard. Finalement, on ne parle pas du tout avant de commencer un
morceau ;on ne se dit jamais « tiens on va faire un morceau comme ça ». C’est complètement spontané. On avait juste décidé de ne pas se limiter. Enfin, la seule limite était qu’il fallait que ça
plaise à tous les 4.
Donc pour composer nos morceaux, en gros, on prend un disque, on pose une ligne de basse, on l’enregistre,
on le boucle, et on l’écoute pendant trois minutes. Tout le monde
a une platine, une table et cherche des sons. Et après on séquence, on fait des break etc. Donc à la base tout est joué aux platines ; on boucle pour des raisons
pratiques, dans la mesure où les morceaux viennent piste par piste. On n’attend pas d’avoir les piste de tout le monde. Peut être qu’un jour on fera un album tout composé, tout maquetté, et on entrera en studio et on jouera nos parties
en entier…
Pour cet album, on a tout enregistré en live mais c’est bouclé du fait que les pistes sont nues et qu’on ne savait pas qu’elle allait être la deuxième, la troisième jusqu’à la seizième piste. Donc on a joué, 4, 8 ou 16 mesures de la ligne de basse puis on l’a bouclée pendant 3 mn avant de chercher la suite.
Vous travaillez uniquement à partir de vos propres boucles ? Utilisez-vous parfois des séquenceurs ? Et sur scène, vous travaillez donc à partir de vos propres
CD ?
Denis : L’album n’a été fait qu’avec des platines. On travaille avec nos propres boucles, sauf pour les morceaux qu’on a trouvés plus récemment. Parce que l’exigence du vinyle, qui a une durée limité de 6-7 passages en scratch, fait qu’on a besoin de plusieurs copies. Donc si on peux, on represse un vinyle, mais cela coûte assez cher. Il y a donc certains morceaux qu’on joue avec des disques originaux. Le problème, c’est que sur certains morceaux de l’album, tel Ingeneer Fear, on a utilisé pas loin de 50 disques différents. Ce n’est donc pas possible de jouer sur scène avec les disques originaux, même si on avait un nombre illimité de
copies. Il y aurait en permanence l’un de nous en train de changer de
vinyle et cela nous ferait perdre pas mal d’énergie.
On a donc réfléchi à comment on allait réinterpréter les morceaux. On a réarrangé les
parties de chacun en séquences et des vinyles ont été fabriqués quand l’album
a été terminé.
Sur scène, il y a bien quelques morceaux comme Nue dark, à base de break
beat qu’on joue sans séquence. Mais, en général, on a un cd qui lit des séquences ou des boucles qu’on ne pourrait pas jouer parce quand il y a 25 pistes, il faudrait qu’on soit 25 pour recréer le morceaux à l’exact.
A plus long terme cependant, on aimerait bien ne plus être dépendants des séquences,
ce qui implique de travailler avec des musiciens.
Mais en fait, il y a tout de même une grande originalité musicale
dans votre groupe et surtout dans votre mode de production de morceaux
?
Denis : Eh bien, en fait, non. Nous n’avons rien inventé. Historiquement, il y a plein de gens qui ont fait ce qu’on fait, enfin qui ont produit des morceaux avec cette
technique.
Il y avait déjà Mix Master Mike (le DJ de Misty), D-Styles, Cubert. Ce dernier, né en 1968, voulait
jouer d'un instrument de musique, et il a choisi la platine car il
en voyait déjà les perspectives instrumentistes - influencés par DST. Il fut le
premier à faire des orchestres de platinistes en 1991-93. Il y a 1 crew, les Invisible Scratch Pickles, qui s’est
formé avec Mix Master Mike, Shortcut, Cubert, D-Styles (dont le 1er album est sorti le 31/10/2002, sur lequel il n’utilise que des platines, aucun programme ou sampler), puis Kid Koala, Scage book… Il y a de toute façon plusieurs
courants, notamment avec Christian Markley qui mixe depuis 15 ans déjà avec 12 platines,
et produit de la musique contemporaine.
Mais nous, on a rien inventé. On a nos influences et notre culture qui nous
permet de créer à nous 4 nos prods. Que la musique soit faite avec des platines n’en définit pas forcément le style ! En l’occurrence, on utilise
des platines pour créer des morceaux aux influences diverses.
Notre démarche vient qu’après avoir développé notre technique, on s’est aperçu qu’on pouvait jouer
de tous les instruments avec les platines. On a donc décidé de se laisser aller et d’essayer.
Et l’avantage ?
Mike : L’avantage avec les platines, c’est que tu peux associer beaucoup de textures de
sons. Aussi bien des sons acoustiques que d’autres morceaux plus électriques. C’est ce qui fait la richesse…
Mais on ne se considère pas comme underground ou représentants d’un mouvement. C’est tellement petit pour l’instant. On veut rester nous
mêmes. On ne gagne pas encore d’argent ni avec la vente de disque ni avec les dates. Pour l’instant, c’est nos partenariats avec des marques
qui ramènent le plus. Et, on ne gagne pas d’argent à côté, Birdy Nam Nam nous prend tellement de temps.
Vous avez terminé votre concert par Abbesses : Pone a fait cette petite note d’introduction
en disant que c’était le morceau que vous préfériez jouer ?
Denis : En fait, chacun a son morceau préféré sur l’album, mais sur scène, c’est effectivement Abbesses car il nous donne beaucoup de plaisir à jouer ; il s’y passe beaucoup de choses, d’émotions. Quant au titre, c’est parce que j’habitais
à Abbesses quand on a commencé. Or mon voisin, Peter Van Goll un guitariste qui compose pour des chanteurs dans milieu pop nous a beaucoup aidé. On avait trouvé cette ligne de basse, mais à la différence des autres morceaux, dès le départ, on a vu où on pouvait le mener. On voulait cette montée de cordes et d’accordéon. Peter a posé les guitares, l’accordéon, l’harmonica.
Ca a donc commencé là-bas, on a enregistré dans un studio des sons qu’il avait composés et qu’on a pressé
ensuite sur vinyle pour les remanipuler après.
Et pour finir, 2006 ?
Mike : Eh bien, on a déjà des dates de bookées, donc on continue à tourner. On aimerait se vendre un peu plus cher pour pouvoir emmener systématiquement avec
nous notre ingé son & lumières et pourquoi pas, d'autres musiciens.
Denis : On a également un projet avec un metteur en scène, Weil Chrome.
C'est un projet qui serait entre la pièce de théâtre et le concert. On va composer la musique avec un orchestre symphonique. Puis, on va jouer sur scène les 11 et 12 mars au théâtre du Châtelet
à Paris et il y aura ensuite une tournée
avec 60 musiciens de l’orchestre des Flandres en Hollande, Belgique, Suisse,...
Propos recueillis par
Elo B et Patrick HERRMANN
Voir
les photos du concert du 15/10/2005 à la Maroquinerie par
Elo B.
Prochaines dates en France
:
- 31/10 : Les Rencontres de la Villette (Nancy, 54)
- 11/11 : Soirée French Keep in Time, Triptyque (Paris, 02)
- 19/11 : Moulins de Brainan (Poligny, 39)
- 10/12 : Transmusicales (Rennes, 35)
- 16/12 : Passagers du Zinc (Avignon, 84)
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