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Bucarest :
la reconversion électronique

En Roumanie, l'autodérision est un sport national. En témoigne ce titre de presse : « Dans le paysage musical roumain, le kitsch est une garantie de succès ». Mais ce qui était vrai hier avec le groupe O-Zone ne l'est plus tout à fait aujourd'hui. Désormais, les clubs dansent aussi en mode électro, sur des déclinaisons drum'n'bass, breakbeat, chill-out ou downtempo. C'est notamment le cas dans la capitale, Bucarest, où l'électro a connu un véritable boom en 2005. Labels et DJ se sont multipliés, connaissant plus ou moins de succès. Signe des temps, suite à la disparition du régime communisme, les maisons en litige de propriété servent aujourd'hui de squat pour des rendez-vous musicaux très branchés. Idem pour l'ancien palais du peuple, construction mégalomaniaque de Ceauşescu qui rivalise en taille avec le Pentagone : les amateurs des musiques les plus expérimentales y ont désormais leurs entrées. Bref, à Bucarest, rien n'est plus comme avant. Trois diplômés des bancs de l'électro vous invitent à une promenade à travers ce paysage haut en couleurs et en sons.
Hai sa mergem
* !

DJ Vasile, un regard sur l'avant et l'après 1989

En décembre dernier, Lucian Stan alias DJ Vasile s'offrait un crochet du côté de Rennes, invité par les Transmusicales au sein du Shukar collective. Ceux qui ont assisté au concert, une fusion de chants tsiganes, de jeux de cuillères, de musique traditionnelle roumaine et d'électro, s'en souviennent encore.
A 41 ans, DJ Vasile est l'un des pionniers de la scène électro roumaine. Avant 1989, il sillonnait les routes de Roumanie, faisant halte dans les villes et les campagnes pour animer les sound systems de l'époque, un savant mélange de folklore traditionnel et de musique populaire. « A l'époque les gens avaient seulement accès aux divertissements proposés par les `foyers culturels´ de l'Etat. Seule la radio permettait de découvrir une culture différente, explique-t-il. A Bucarest, on pouvait écouter une musique underground au club A, créé par des étudiants en architecture en 1969. Le rock a rapidement trouvé son public, le groupe roumain le plus emblématique des années 80 étant sans conteste Timpuri Noi ».

Fin 1989, la révolution entraîne la disparition du régime de Ceauşescu. La radio unique n'y survivra pas. DJ Vasile fait ses premiers pas sur les ondes. Il se souvient de cette période avec enthousiasme : « on passait des musiques que personne n'avait jamais entendues auparavant. » Rapidement épris de musique électronique, il colporte la bonne parole via diverses émissions musicales, en mixant dans les clubs et au sein de diverses formations bien connues en Roumanie, parmi lesquelles NSK (primée par Radio France International) ou encore Suie Paparude. « Mais les années 90 n'ont pas apporté l'explosion artistique escomptée : les gens avaient faim, la priorité se situait donc ailleurs. Musicalement parlant, la dance music internationale étant électro à 90 %, clubs et DJ ont proliféré.» Tous ne se sont pas maintenus, et le paysage s'est transformé. « Aujourd'hui, les choses changent très rapidement, constate-t-il. Une nouvelle génération d'artistes audio et vidéo mettent en commun leur expérience et utilisent toutes sortes d'instruments contemporains pour s'exprimer. Ils ont l'avantage ne n'avoir pas vécu le communisme. On peut affirmer que les arts électroniques au sens large sont aujourd'hui à leur meilleur niveau

La Roumanie : vitrine d'Europe de l'Est ?

Devant un tel dynamisme, peut-on pour autant affirmer que la Roumanie s'est transformée en vitrine électro d'Europe de l'Est ? C'est en tout cas l'avis d'Alien Pimp, moins connu sous son patronyme d'état civil, Silviu Costinescu. A 29 ans, il aligne déjà 15 années de platines et de création derrière lui, ainsi qu'une longue pratique de journaliste musical. DJ actif au sein de plusieurs formations, invité sur de nombreuses compilations, récompensé dans son pays ou à l'étranger, il a notamment été choisi comme jury par Radio France International lors d'une récente compétition visant à découvrir les talents électro d'Europe de l'Est.
Début 2005, il créait le label SoundKraft Records, avec un slogan sans équivoque : "East-European Break-Through". Spécialisé en drum'n'bass et en breakbeat, le label assure la promotion de DJ provenant de Roumanie, de Bulgarie, de Serbie, ou de pays de l'ex-URSS. « Il y a un potentiel musical énorme dans cette partie du monde", explique Alien Pimp. Elle représente un nouvel eldorado pour une industrie musicale qui souffre de lassitude chronique à l'Ouest. » Illustrant de quel bois les platines de l'Est se chauffent, une première compilation est parue en décembre 2005 sous le titre Eastern Sound Architects Vol.1 : East-European Drum'n'Bass.
Autre moyen de se faire connaître pour les DJ de cette écurie, les nombreux rendez-vous électro organisés à Bucarest et à travers le pays. Le public qui se presse à ces rendez-vous du week-end est composé en majorité d'étudiants ou de jeunes salariés, de 17 à 30 ans. Un portrait-robot qui a tout pour rebuter les sponsors : « >ils considèrent la scène électro comme trop marginale pour justifier un investissement, commente Alien Pimp. C'est un cercle vicieux : sans leur aide, nous ne pouvons gagner en ampleur, alors que leur marque obtiendrait à terme une plus grande visibilité.»
Mihai Gurei, alias DJ Mike, confirme la fragilité du contexte économique : "certaines maisons de production disparaissent aussi vite qu'elles sont apparues". D'où l'intérêt de multiplier les casquettes. Mihai est en effet fondateur du label Sofa Music, qui a notamment produit le groupe roumain Sunday People, bien connu des amateurs de downtempo en Roumanie. Il est également animateur radio et directeur d'une entreprise de déco d'intérieur. Pour Alien Pimp, le ton reste optimiste : « >grâce à une nouvelle génération de producteurs événementiels, nous rattrapons notre retard par rapport à d'autres capitales.»

Première mise en orbite internationale pour Bucarest

Mais quid de la grand messe ? Car si les clubs bucarestois connaissent un succès certain, les ouailles sont toujours friandes de grandes communions internationales. Timisoara, ville branchée située à l'Ouest du pays, est dotée d'un rendez-vous électro international depuis 5 ans (TMbase). Bucarest, elle, n'a connu son baptême qu'en janvier 2006 avec Rokolectiv, le festival de musiques électroniques et arts visuels associés. Derrière ce projet se cache une association de 5 compères. Signe distinctif ? Une moyenne d'âge de 25 ans, et une formation au management culturel sous d'autres cieux, pour certains du côté de Paris, pour d'autres de Budapest. Président de l'association, Cosmin Tapu est également responsable de la communication du Musée National d'Art Contemporain -situé dans l'ancien palais du peuple- qui accueille la manifestation. L'arrivée du festival coïncide selon lui avec le boom électro de ces dernières années. « On peut parler de plusieurs courants électroniques à Bucarest. La scène techno et house reste très commerciale et pendant longtemps, seul le Web Club proposait une vraie musique alternative électro. Mais depuis deux ans, d'autres s'y sont mis.» Sans compter les soirées underground qui se déroulent dans certaines maisons en litige de propriété. Un telle expansion relève selon Cosmin de plusieurs faits notables : « Bucarest devient de plus en plus cosmopolite ; les jeunes voyagent beaucoup et ont un niveau d'exigence plus élevé. Par ailleurs, les moyens de promotion se sont améliorés : le public électro échange sur des forums internet bien identifiés, ils peuvent être avertis des manifestations plus facilement, par SMS, par exemple.»
Rokolectiv est le reflet de cette conjoncture. Sa programmation a été établie en réseau avec d'autres festival similaires européens, comme le fameux Club Transmediale de Berlin, gage de qualité s'il en est. Pendant les trois jours de la manifestation, artistes visuels et DJ se produisent en binôme et en live sur scène. Seize "petites formes" mêlant artistes de Roumanie, du Japon, des USA, et bien entendu, d'Europe, pour un public de plus de 4 000 personnes au total. Les quatre représentants roumains de la première édition font de plus en plus parler d'eux. Gojira&Kosak, Yvat&Cut, Brazda lui Novac et Discordless sont à l'image de la programmation : plutôt branchés musique expérimentale ou néo-folk.
Alors, à l'image de Sonar à Barcelone et de Villette Numérique à Paris, Rokolectiv fera-t-il partie des festivals électro incontournables ? C'est tout le mal que nous lui souhaitons.

Cécile Verdier

* En route !

 

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Roms et roumains, à l´heure de l´Europe

Bucarest vu par ses habitants

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Liens :

www.shukar-collective.net

www.soundkraft.net

www.imv.ro/sofamusic/home.php

www.rokolectiv.ro

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