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DJ Vasile, un regard sur l'avant et
l'après 1989

En décembre dernier, Lucian Stan alias DJ
Vasile s'offrait un crochet du côté de Rennes, invité par les
Transmusicales au sein du Shukar collective. Ceux qui ont assisté
au concert, une fusion de chants tsiganes, de jeux de cuillères, de
musique traditionnelle roumaine et d'électro, s'en souviennent
encore.
A 41 ans, DJ Vasile est l'un des pionniers de la scène électro
roumaine. Avant 1989, il sillonnait les routes de Roumanie, faisant
halte dans les villes et les campagnes pour animer les sound systems
de l'époque, un savant mélange de folklore traditionnel et de
musique populaire. « A l'époque les gens avaient seulement accès aux
divertissements proposés par les `foyers culturels´ de l'Etat. Seule
la radio permettait de découvrir une culture différente,
explique-t-il. A Bucarest, on pouvait écouter une musique
underground au club A, créé par des étudiants en architecture en
1969. Le rock a rapidement trouvé son public, le groupe roumain le
plus emblématique des années 80 étant sans conteste Timpuri Noi ».
Fin 1989, la révolution entraîne la
disparition du régime de Ceauşescu. La radio unique n'y survivra
pas. DJ Vasile fait ses premiers pas sur les ondes. Il se souvient
de cette période avec enthousiasme : «
on passait des musiques que
personne n'avait jamais entendues auparavant. » Rapidement épris de
musique électronique, il colporte la bonne parole via diverses
émissions musicales, en mixant dans les clubs et au sein de diverses
formations bien connues en Roumanie, parmi lesquelles NSK (primée
par Radio France International) ou encore Suie Paparude.
« Mais les
années 90 n'ont pas apporté l'explosion artistique escomptée : les
gens avaient faim, la priorité se situait donc ailleurs.
Musicalement parlant, la dance music internationale étant électro à
90 %, clubs et DJ ont proliféré.» Tous ne se sont pas maintenus, et
le paysage s'est transformé. « Aujourd'hui, les choses changent très
rapidement, constate-t-il. Une nouvelle génération d'artistes audio
et vidéo mettent en commun leur expérience et utilisent toutes
sortes d'instruments contemporains pour s'exprimer. Ils ont
l'avantage ne n'avoir pas vécu le communisme. On peut affirmer que
les arts électroniques au sens large sont aujourd'hui à leur
meilleur niveau.»
La Roumanie : vitrine d'Europe de l'Est ?

Devant un tel dynamisme, peut-on pour autant affirmer que la Roumanie s'est
transformée en vitrine électro d'Europe de l'Est ? C'est en tout cas
l'avis d'Alien Pimp, moins connu sous son patronyme d'état civil,
Silviu Costinescu. A 29 ans, il aligne déjà 15 années de platines et
de création derrière lui, ainsi qu'une longue pratique de
journaliste musical. DJ actif au sein de plusieurs formations,
invité sur de nombreuses compilations, récompensé dans son pays ou à
l'étranger, il a notamment été choisi comme jury par Radio France
International lors d'une récente compétition visant à découvrir les
talents électro d'Europe de l'Est.
Début 2005, il créait le label SoundKraft Records, avec un slogan
sans équivoque : "East-European Break-Through". Spécialisé en
drum'n'bass et en breakbeat, le label assure la promotion de DJ
provenant de Roumanie, de Bulgarie, de Serbie, ou de pays de
l'ex-URSS. « Il y a un potentiel musical énorme dans cette partie du
monde", explique Alien Pimp. Elle représente un nouvel eldorado pour
une industrie musicale qui souffre de lassitude chronique à
l'Ouest. » Illustrant de quel bois les platines de l'Est
se chauffent, une première compilation est parue en décembre 2005
sous le titre Eastern Sound Architects Vol.1 : East-European
Drum'n'Bass.
Autre moyen de se faire connaître pour les DJ de cette écurie, les
nombreux rendez-vous électro organisés à Bucarest et à travers le
pays. Le public qui se presse à ces rendez-vous du week-end est
composé en majorité d'étudiants ou de jeunes salariés, de 17 à 30
ans. Un portrait-robot qui a tout pour rebuter les sponsors :
« >ils
considèrent la scène électro comme trop marginale pour justifier un
investissement, commente Alien Pimp. C'est un cercle vicieux
: sans leur aide, nous ne pouvons gagner en ampleur, alors que leur
marque obtiendrait à terme une plus grande visibilité.»
Mihai Gurei, alias DJ Mike, confirme la fragilité du contexte
économique : "certaines maisons de production disparaissent aussi
vite qu'elles sont apparues". D'où l'intérêt de multiplier les
casquettes. Mihai est en effet fondateur du label Sofa Music, qui a
notamment produit le groupe roumain Sunday People, bien connu des
amateurs de downtempo en Roumanie. Il est également animateur radio
et directeur d'une entreprise de déco d'intérieur. Pour Alien Pimp,
le ton reste optimiste : « >grâce à une nouvelle génération de
producteurs événementiels, nous rattrapons notre retard par rapport
à d'autres capitales.»
Première mise en orbite internationale pour Bucarest

Mais quid de la grand messe ? Car si les clubs bucarestois connaissent un
succès certain, les ouailles sont toujours friandes de grandes
communions internationales. Timisoara, ville branchée située à
l'Ouest du pays, est dotée d'un rendez-vous électro international
depuis 5 ans (TMbase). Bucarest, elle, n'a connu son baptême qu'en
janvier 2006 avec Rokolectiv, le festival de musiques électroniques
et arts visuels associés. Derrière ce projet se cache une
association de 5 compères. Signe distinctif ? Une moyenne d'âge de
25 ans, et une formation au management culturel sous d'autres cieux,
pour certains du côté de Paris, pour d'autres de Budapest. Président
de l'association, Cosmin Tapu est également responsable de la
communication du Musée National d'Art Contemporain -situé dans
l'ancien palais du peuple- qui accueille la manifestation.
L'arrivée du festival coïncide selon lui avec le boom électro de ces
dernières années. « On peut parler de plusieurs courants
électroniques à Bucarest. La scène techno et house reste très
commerciale et pendant longtemps, seul le Web Club proposait une
vraie musique alternative électro. Mais depuis deux ans, d'autres
s'y sont mis.» Sans compter les soirées underground qui se déroulent
dans certaines maisons en litige de propriété. Un telle expansion
relève selon Cosmin de plusieurs faits notables : « Bucarest devient
de plus en plus cosmopolite ; les jeunes voyagent beaucoup et ont un
niveau d'exigence plus élevé. Par ailleurs, les moyens de promotion
se sont améliorés : le public électro échange sur des forums
internet bien identifiés, ils peuvent être avertis des
manifestations plus facilement, par SMS, par exemple.»
Rokolectiv est le reflet de cette conjoncture. Sa programmation a
été établie en réseau avec d'autres festival similaires européens,
comme le fameux Club Transmediale de Berlin, gage de qualité s'il en
est. Pendant les trois jours de la manifestation, artistes visuels
et DJ se produisent en binôme et en live sur scène. Seize "petites
formes" mêlant artistes de Roumanie, du Japon, des USA, et bien
entendu, d'Europe, pour un public de plus de 4 000 personnes au
total. Les quatre représentants roumains de la première édition font
de plus en plus parler d'eux. Gojira&Kosak, Yvat&Cut, Brazda lui
Novac et Discordless sont à l'image de la programmation : plutôt
branchés musique expérimentale ou néo-folk.
Alors, à l'image de Sonar à Barcelone et de Villette Numérique à
Paris, Rokolectiv fera-t-il partie des festivals électro
incontournables ? C'est tout le mal que nous lui souhaitons.
Cécile Verdier
* En route !
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