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Pouvez-vous
présenter en quelques mots War(t)-Art ? Et préciser vos
motivations ?
C'est
une volonté bien réelle pour moi que War(t)-Art soit, dans un
premier temps, une aventure uniquement virtuelle, une galerie sans murs et
sans vernissage née sur le web pour le web : nous assistons à la
première guerre moderne en direct sur ce nouveau média. War(t)-Art c'est
la réunion sur un site internet à l'interface très simple d'un
collage et un texte par jour faits dans l'urgence, dans l'instant par
Carole Zalberg et moi-même.
J'ai
vécu le 11 Septembre 2001 de manière très forte car j'étais en
compagnie de mon ami l'écrivain Marc-Edouard Nabe dont la mère est née
le 11 septembre, qui travaille sur l'Apocalypse de St-Jean depuis plus de
20 ans et qui est né, lui-même, à New-York. Nous avons suivi en
direct sur les chaînes françaises les attentats de New-York et j'ai eu
un déclic, il fallait que je témoigne avec "mes outils" à moi
sur ce moment historique et dramatique. Les artistes ont toujours témoigné
sur les joies et les peines, le minuscule et le majuscule, l'histoire
personnelle et mondiale. La guerre fait partie de la vie d'une certaine
manière. Nabe, dans la fièvre, sort le premier livre d'un écrivain
français depuis le conflit, "Une lueur d'espoir" publié
aux éditions du rocher le 7 Novembre 2001. Mon arme privilégiée
depuis quatre ans c'est le collage, je fais donc des tableaux au
quotidien pour témoigner modestement sur mon époque. Le collage étant
l'art visuel le plus proche des mots (grâce au talent des surréalistes),
j'ai parlé de mon projet à l'écrivain Carole Zalberg et nous sommes
partis de concert dans cette aventure peu banale de binôme artistique. Le
collage est idéal car ce n'est ni un dessin, ni une peinture, ni
une photographie, mais un mix graphique de tout cela. Il y a déjà
plus de 65 collages sur le site et je fais en sorte que tous soient très
différents et complémentaires. Je lance des interprétations très
intimes ou très engagées à la figure des internautes et c'est à eux
d'y trouver, s'ils le souhaitent, les bases d'une réflexion.
Pouvez-vous nous
décoder le titre : War(t)-Art ?
"Wart"
en anglais signifie "vérue", le trou béant dans New York
ressemblait, pour moi, à une énorme vérue venue tout droit de
l'enfer. Avec un "t" entre parenthèses, il devient WAR donc
"guerre" car il me semble que la guerre mondiale a commencé
avant les bombardements en Afghanistan. De plus, Wart-art permet de mettre
le mot "art" en miroir avec un "W" devant, c'est tout
un symbole. L'art est une réaction, le reflet de l'Histoire avec un grand
H.
Par rapport
à votre approche, quelles sont, selon vous, les réponses que les
artistes peuvent ou doivent apporter à ces évènements tragiques, comme
il est maintenant convenu de les appeler ?
Un
artiste ne donne pas de réponses, il témoigne, donne des pistes, traduit
une réalité complexe avec des visions plus ou moins réussies. Les plus
grands artistes ont anticipé le monde. Pour ma part je tente de réunir
autour de moi d'autres artistes engagés pour ce combat pacifique de l'art
contre la guerre. Si chacun avec son pouvoir, son talent, son
savoir-faire et son énergie milite contre ce qui se passe en ce
moment, "une sorte de guerre spectacle", l'opinion publique et
les puissants changeront peut-être d'avis et ne massacreront plus les civils
innocents.
L'art
vous semble-t-il être plus propice à la générosité créatrice dont
vous parlez à propos de votre collaboration avec Carole Zalberg ?
C'est
une très bonne question. Il se passe dans l'art des choses qui ne se
passent pas ailleurs. Carole et moi, nous nous sommes découverts dans cet
exercice de style particulier qu'est War(t)-art. Je lui écris des images
, elle me répond en mots, c'est très fort, très intense. Nous
n'aurions jamais vécu de tels moments dans un autre contexte que
celui-ci, c'est évident.
Certains
artistes sont généreux et aiment travailler en équipe, Carole est tout
cela et bien plus que moi qui suis très mégalomane et centré sur
moi-même. Carole et moi sommes complémentaires et le projet
wart-art n'aurait pas pu avoir le succès qu'il rencontre avec une seule
personne, c'est un travail d'équipe intrinsèque. Cela instaure une
réelle complicité et une belle émulation, on se soutient mutuellement.
C'est mieux que faire l'amour ensemble, c'est communier intellectuellement
et artistiquement , je vous assure.
Pour
terminer, quelques mots sur vous et Carole ?
Je
vous vois venir. Contrairement à ce que beaucoup de gens croient ou
fantasment, il n'y a rien d'autre que de l'amitié et du respect entre
Carole Zalberg et moi. Nous avons chacun de notre côté une petite
famille. Nous sommes un faux couple ou alors un vrai binôme créatif !
J'espère que je réponds à votre question ! ce qui est sûr en tout cas
c'est que nous sommes trouvés et que la réunion d'un homme et
d'une femme, d'un catho et d'une juive, athées, donne quelque chose d'assez
surprenant et d'unique.
Je
peux juste rajouter que ce site va certainement devenir une exposition réelle
à Paris et, on l'espère fortement, un livre. Avis aux éditeurs
!
Propos
recueillis par Patrick
Herrmann |