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Historial de la Grande Guerre/Péronne
Jusqu'au 31 mars 2002
Château de Péronne - 80201 Péronne Cedex
«
Comment est-il encore possible de manger quelque chose de rouge ?
»
Cette interrogation ne pouvait provenir, bien sûr, que d'un peintre. En y regardant de près cependant son origine ne réside pas entre le dilemme pouvant exister entre l'application d'un vermillon ou d'un cadmium à un moment crucial de l'exécution d'une oeuvre. Il s'agit de rouge sang. Celui des damnés de la "grande" guerre… |
André Masson (1896-1987) entrait dans sa 18ème année lors de la déclaration de la première guerre mondiale.
Ce jeune âge propice à de nombreuses exaltations souvent irréfléchies le conduisit à s'engager volontairement aux cotés de ceux qui partaient la fleur au fusil, en principe pour deux à trois semaines, bouter les Germains sur l'autre rive du Rhin. Ce choix lui fut principalement dicté, selon son aveu, pour des raisons esthétiques. Trois ans plus tard il subissait de très sérieuses blessures lors des combats du sinistrement célèbre Chemin des Dames.
Au sujet de celles-ci et de l'ensemble des horreurs enregistrées, rappelons le, par un artiste plasticien d'envergure, il confia ultérieurement:
« Je n'ai pas réussi à me désintoxiquer... le film est là... On m'enterrera
avec…»
Bien entendu, le seconde classe Masson qui portait en lui, ces phénomènes sont innés, les germes du Surréaliste qu'il devint un temps n'obtint jamais de médaille d'un quelconque mérite militaire. À l'inverse d'ailleurs, et assurément sans l'intervention du hasard, d'un obscur caporal (déjà moustachu ?) qui accomplissait avec zèle ses missions de transmission de l'autre coté des lignes durant la même période.
Outre le témoignage d'estime que Malraux lui procura par la suite en lui confiant la décoration du plafond de l'Odéon, le peintre de la série des "Massacres" méritait aussi d'obtenir une quantité de décorations, certes assez particulière, apte à faire rougir un maréchal soviétique.
Car Masson suscita rapidement la défiance des officiers (Méfiez-vous, il est dangereux !) Ses remarques "à gueule ouverte" et ses délits d'opinion lui valurent d'être interné sous haute surveillance de psychiatres aux ordres, eux aussi. L'époque demeurait trop sourde face à ce type de comportement alimenté par des
réflexions strictement personnelles. D'ailleurs, près de cent années plus tard, l'opinion publique commence seulement à entendre, et encore assez
discrètement, que la "der des der", et toutes les autres, furent -et restent- amplement manipulées par d'obscures dynasties bourgeoises transnationales…
Le parti pris de l'Historial de Peronne consiste fort logiquement à exposer les œuvres d'André Masson relatives à ces quatre années de degré zéro de la civilisation occidentale. Cette initiative est liée à la volonté de compiler les témoignages détaillés, finalement assez rares, de ceux qui furent les acteurs malgré eux -ou non- de la guerre de 14.
En conséquence, la catégorie de production présentée reste minoritaire par rapport à aux réalisations postérieures de Masson.
Toutefois, il est manifeste que les hallucinations visionnaires de tout ordre qui sustentent la majeur partie de ses dessins et de ses toiles ne pouvaient trouver initialement de meilleurs -ou de pires- champs
fertilisateurs que ceux des sols de France où, durant certaines nuits d'hivers passés, les lueurs muettes et opalescences de fusées éclairantes illuminèrent fugitivement d'étranges sillons pourpres ondulés par les flux de survies incertaines.
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