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Andreas Gursky 

Andreas Gursky Shanghai 2000 Courtesy Andreas Gursky

Andreas Gursky est l’un des photographes allemands les plus célèbres aujourd’hui. Le Centre Pompidou lui consacre une exposition personnelle qui retrace son parcours : des photographies monumentales qui traitent de la société occidentale contemporaine sous tous ses aspects ; sociaux-culturels, économiques et politiques, et qui interrogent notre mythologie collective.

Caractéristiques de l’œuvre de Gursky

« May Day IV » : une photographie d’un format gigantesque (comme la majorité d’entre elles, surtout depuis les années 90) frappe le regard du spectateur ; c’est une foule immense de jeunes assistant à une fête. Cette photo illustre bien certains aspects du travail de l’artiste : au format impressionnant de l’œuvre s’ajoute une profusion de détails minuscules, rendant les individus représentés, et le spectateur lui-même, quasi insignifiants. De plus, Gursky nous donne à voir ici l’un des aspects de notre société contemporaine, celui des loisirs, de la jeunesse en liesse prête à se regrouper par milliers en un chaos à la fois individualiste et tribal. 

Car la société contemporaine est le thème central de Gursky, qui s’est beaucoup intéressé à son capitalisme frénétique, en photographiant la bourse et son fourmillement à Tokyo et à Chicago, le monde de l’industrie high-tech envahi par les robots (« Siemens, Karlsruhe »), les étalages de Prada et de Nike… Notre société de consommation occidentale est illustrée dans l’œuvre intitulée « 99 cents », un supermarché aux couleurs criardes qui sollicitent notre regard de toutes parts, où une horizontalité et une symétrie parfaite entre les produits, les étalages et le plafond a été entièrement recréée par Gursky. Cette reconstruction de l’image lui donne un poids écrasant ; le spectateur se trouve attaqué de toutes parts par ces mots : « 99 Cents ».

La manipulation de l’image, la création d’une structure visuelle impeccable, sont aussi des éléments essentiels de son œuvre, cette démarche s’étant de plus en plus radicalisée au fil du temps, au point de tirer ses représentations vers toujours plus de formalisme et d’abstraction. 
Ainsi, l’architecture est un élément particulièrement privilégié : les hôtels modernes d’Atlanta, de New York, de Singapour, mais aussi la bibliothèque publique de Stockholm que Gursky retravaille en un hémisphère, ôtant les détails superflus pour obtenir un équilibre parfait. L’architecture de verre fournit à Gursky la possibilité d’une reconstruction idéale des bâtiments, comme la photo du Bundestag qui semble glorifier la perfection architecturale et technologique.
Andreas Gursky : 99cent 1999 Courtesy Andreas Gursky
Une ambiguïté du sens 

Face aux œuvres de Gursky, le spectateur perçoit cependant un sens mitigé, balançant entre l’admiration pour les créations humaines et la nature, la sensation d’être bien peu de choses en ce monde, le dégoût et la fascination pour notre monde capitaliste et consumériste… Mais quel sens l’artiste lui-même cherche-t’il à nous suggérer ? Les individus sont happés par l’ensemble de chaque représentation, leurs silhouettes sont lointaines, inséparables du tout qui les englobe, comme sur la photographie intitulée « Albertville », où les files de skieurs et de spectateurs n’apparaissent que dans un second temps, après la vision du paysage montagneux immense qui se développe à l’entour.

L’aspect distancié, objectivisant, des œuvres de Gursky peut s’expliquer par son passage, sur les conseils de Thomas Struth, chez Bernd et Hilla Becher à Düsseldorf, dans les années 80. Ces derniers ont créé une photographie concentrée sur la classification et l’étude de l’architecture industrielle allemande d’après-guerre sur le mode documentaire, en noir et blanc, proche des mouvements artistiques minimaliste et conceptuel. Mais Gursky s’en distingue par l’usage de la couleur, l’utilisation du grand format, la manipulation des images, la présence de figures humaines et l’étude des rapports entre l’homme et son environnement.

Il illustre notre réalité quotidienne tout en la retransformant, créant ainsi un paradoxe entre le familier et l’hyperréalisme. Il réordonne notre univers en un tout unifié, pour donner un effet de distanciation critique qui évoque le rationalisme de tradition allemande. En réalité, Gursky le dit lui-même, il ne s’intéresse pas à l’individu, mais à l’homme et son rapport au monde. « Que disent les photographies de Gursky : que seules la question du cosmos et celle du devenir de l’univers sont pertinentes » (Pierre Sterckx)*
Andreas Gursky Prada I 1996  Courtesy Andreas Gursky
Gursky n’est pas qu’un photographe

De nombreux critiques affirment que, pour mieux comprendre l’œuvre de Gursky, il est indispensable de le regarder non seulement d’après l’histoire de la photographie, mais aussi et surtout en lien avec l’histoire de l’art. 

En effet, les paysages montagneux de Gursky nous rappellent les tableaux des romantiques allemands comme Caspar David Friedrich, et la taille immense de ses photos comme leur brillance nous renvoient de manière évidente aux grands chef-d'œuvre. Il serait alors possible de voir les œuvres d’Andreas Gursky comme des versions contemporaines de la peinture historique classique, reproduisant notre mythologie collective. Pierre Sterckx remonte même jusqu’à Bruegel pour explorer le sens de son œuvre… 

Plus proche de nous, on trouve les toiles surdimensionnées des expressionnistes abstraits, que Gursky évoque lui-même. Dans « One – A masterpiece », on trouve la photographie d’une œuvre de Jackson Pollock appartenant aux collections permanentes du musée d’art moderne de New York et peinte en 1950. Gursky travaille ses photos sur un mode proche des drippings de Pollock; celui d’une utilisation de la couleur et de la ligne pour unifier ce qui semble être un véritable chaos. 
Et Gursky de souligner l’importance du phénomène du plein dans son œuvre, d’après Roland Barthes et son ouvrage L’Empire des Signes : le centre de la ville occidentale est un « lieu marqué, c’est en lui que se rassemblent et se condensent les valeurs de la civilisation : la spiritualité (avec les églises), le pouvoir (avec les bureaux), l’argent (avec les banques), la marchandise (avec les grands magasins), la parole (avec les agoras : cafés et promenades) : aller vers le centre, c’est rencontrer la vérité sociale, c’est participer à la plénitude superbe de la réalité. »

Gursky appartient à un courant important de la photographie allemande des années 80 et 90 ; on peut évoquer à ce sujet les œuvres de Thomas Struth, Thomas Ruff, Axel Hütte, Candida Höfer…

Florence Cheval
Février 2002

\Andreas Gursky Library 1999 Courtesy Andreas Gursky

Né à Leipzig en 1955, Andreas Gursky a grandi à Düsseldorf, où son père était photographe commercial. A la fin des années soixante-dix, il étudie à la Folkwangschule d'Essen, établissement "phare" de l'enseignement photographique traditionnel en Allemagne, alors dirigé par Otto Steinert qui y promeut une photographie subjective, basée sur l'idée de créativité personnelle qui avait cours au Bauhaus des années trente. Andreas Gursky complète cette formation, en entrant en 1980, à l'Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf, où est développée une esthétique photographique impersonnelle particulière, s'intéressant à l'architecture industrielle.
Gursky adopte d'abord ce style, mais remplace le noir et blanc par la couleur ; parmi ses premiers projets, figure une série de photographies de gardiens d'immeubles de bureaux.
En 1984, il commence à se libérer et crée une série d'images de marcheurs, de nageurs et d'autres images du temps libre. En 1990, à l'occasion d'un voyage au Japon, il photographie la bourse de Tokyo, s'inspirant en partie d'une image parue dans un quotidien. 
Ce sera la première d'une longue suite d'images conçues et "programmées" d'avance. Il voyage beaucoup et partout à la recherche de sujets qui incarnent notre temps : immeubles d'habitations et de bureaux gigantesques, aéroports, événements sportifs, objets de consommation de luxe...
Il commence également à " manipuler" , de façon invisible, certaines images sur ordinateur.

 

Bibliographie : http://www.bookstorming.com

Articles du Monde sur Gurky : 
sortir.lemonde.fr/article/0,4462,263687,00.html
sortir.lemonde.fr/article/0,4462,263686--2614,00.html

Gursky, les Becher, Thomas Ruff…
www.arts.monash.edu.au/visarts/globe/issue6/dptitle.html

Les Becher : www.lemonde.fr/article/0,5987,3246--186655-,00.html
Quelques œuvres :
www.jiffysquid.com/gursky.html
www.artnet.com/ag/fineartthumbnails.asp?gid=706&aid=7580

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