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Y a t-il une manière scandinave, plus particulièrement
suédoise, de faire de l’architecture aujourd’hui ? Cette question a
déjà été posée, tant le modèle de la social-démocratie, la primauté
accordée aux enjeux environnementaux, la relative absence
d’obligation de bâtir de façon dense semblent avoir une vive
influence sur la pratique architecturale de ce pays.
Alors, modèle scandinave ? Rien n’est moins sûr, puisque même si les
exemples heureux se sont multipliés ces dernières années et que
l’écho social est très fort (de la part des habitants comme de la
maîtrise d’ouvrage), cette architecture est assez peu montrée
au-delà de ses frontières nationales ou régionales. L’architecture
suédoise reste confinée à son aire géographique, comme si la
méconnaissance l’emportait sur l’intérêt.
Pourtant, et c’est ce que montre l’exposition « La Suède construit -
architecture en Suède 1995 - 2000 » présentée au Centre Culturel
Suédois, le cas suédois est assez révélateur de l’ambition des pays
nordiques. Une quinzaine de projets et réalisations a été rassemblée
en partenariat avec le Musée d’Architecture de Stockholm. Très vite
on observe que les architectes ne sont pas les seuls dans la mêlée
du « programme gouvernemental pour l’architecture ». La demande
sociale, qui s’exprime dans plusieurs enquêtes et études menées ces
dernières années, les maîtres d’ouvrage publics et privés semblent
porter une attention à la qualité de l’espace construit, nettement
en avance sur le retard pris ailleurs, en France notamment ! Cette
dimension participative est une qualité un peu trop abondamment
soulignée dans l’exposition par des qualificatifs portés sur
l’autosatisfaction !
Il n’empêche, un projet qui atteste de cet intérêt, de façon
peut-être paradoxal, est celui du Musée d’Architecture. Conçu par
Rafaël Moneo, qui est espagnol, le bâtiment - réalisé entre 1994 et
1997 - annonce quelque chose qui se confirme dans le reste de
l’exposition. Par son implantation harmonieuse dans la baie de la
capitale, (zone sensible et hautement symbolique), son dessin
cherchant à épouser la forme du terrain où il s’inscrit, son galbe
long, plat et en terrasse, la mixité des matériaux, le musée trouve
sa place tout en finesse dans un environnement incertain pour
accueillir une réalisation de grande ampleur.
Que ce soit le projet du restaurant du Parc Trädgar’n à Göteborg par
le Studio Grön (1998), celui du Musée d’Eketorp par Jan Gezelius
(1996), ou celui de l’Université de , l’attention porté au milieu
(rural, urbain, rurbain), aux formes et aux usages prend une
tournure très affirmée et qui pourtant ne restreint pas la force de
proposition des équipes. Le dessin est extrêmement présent, allant à
l’essentiel pour des formes souvent élémentaires, dégagées de
certains accents post-moderne que certains ressassent encore ici et
là dans les pays occidentaux.
Contrairement au message souvent brouillé par l’accumulation
factuelle qui génère les formes, les réalisations sont re-connectés
en permanence à leur usage futur, sans être dans l’outrance
fonctionnaliste. Et le mélange des genres, qui pour le coup opère un
retour sur la scène internationale, la mise en oeuvre de techniques
traditionnelles et innovantes, rend étriquée la vision « ikeiste »
de la Suède en ce qui concerne le regard porté sur les objets, y
compris architecturaux. Dans le projet du Musée Millesgarden (1999),
l’agence Johan Celsing a choisit le verre, l’acier, le cuivre, le
bois après étude du programme donné, de son contexte, de sa
situation géographique, etc. De même l’Université de Jönköping
adopte des dispositifs (récupérateurs d’énergie, éclairage et
aération « zénithal ») en accord avec un positionnement qu’il faut
bien appeler politique.
Et puisque de politique il s’agit, rappelons ici l’ingénieuse idée
qui a présidé à la construction de l’Ambassade de Suède par Gerd
Wingardh à Berlin (1999). Les 5 pays qui forment la Scandinavie,
plutôt que de s’éparpiller dans la ville-capitale, ont désigné une
agence chargée de dessiner l’implantation des cinq représentations
diplomatiques sur une même parcelle. Libre à chacun de choisir une
équipe pour construire son ambassade. Celle de la Suède est une
réussite, radical diamant aux brisures sans concession qui dialogue
avec l’ensemble des autres bâtiments. Peu d’autres pays peuvent se
targuer d’un degré d’ouverture similaire, qui rend à l’architecture
sa fonction à savoir imaginer des formes pour la communauté.
L’architecture suédoise semble ainsi épuiser le meilleur du modèle
moderne, celui où l’échelle de l’homme est encore tangible, comme la
résidence de l’ambassadeur (encore) à Berlin par Arkitekt Magasinet
(1999), boîte posée à la Mies van der Rohe. Dispositifs modernistes
qui ne cessent d’ailleurs d’être revisités, en Suède comme ailleurs.
Fort heureusement, leur réemploi ne s’arrête pas à une simple
relecture et les réalisations montrent combien l’évolution est
sensible. Le plan n’accuse plus la surenchère des dogmes et fluctue
au gré du programme qu’il sert. La mise en oeuvre de procédés
récents (potentialités structurelles et décoratives des matériaux,
recherche d’un compromis entre la fonction et la forme), a également
mené les concepteurs vers de nouvelles réponses aux questions qui
leur sont posées.
Bref, si l’on peut difficilement parler de paradigme suédois, tant
la trame des productions est aujourd’hui commune au niveau
international, certaines caractéristiques marquent une pratique
immergée dans un contexte social, historique, culturel. De même que
d’autres pays ou aires géographiques, la Suède invente une
architecture où transparaît son identité. Identité au sens du
mélange entre ce qui constitue l’acquis et le substrat qui vient
l’enrichir. Une sorte de palimpseste où les notions de générosité,
de rapport étroit entre nature et culture, de conscientisation des
esprits, jouent un rôle déterminant. S’il n’y a pas d’exemplarité
suédoise, il s’y trouve néanmoins des expériences à étudier
attentivement et à diffuser plus largement.
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