Mais que diable se passe-t-il dans les rues d’Issy Les Moulineaux depuis quelques jours ? Des télés ont envahi la place de la mairie, de jeunes gens habillés en jaune vous invitent à venir caresser des mains virtuelles et vos enfants qui jouaient tranquillement dans le parc se sont transformés en DJ malgré eux. Votre grand mère, quant à elle, converse avec le portrait d’une jeune femme pendant que votre femme flotte sur des nuages virtuels. Non, non, vous ne rêvez pas, vous vous êtes juste arrêté à la station de métro du moment !
Issy-Les-Moulineaux et Le Cube présente en ce mois d’avril la deuxième édition du festival "1er Contact". Celui-ci regroupe 13 oeuvres numériques : des écrans plasma capteurs d’images aux haut-parleurs capteurs de sons, tout pour travailler l’imagination ! Ces oeuvres sont situées dans des endroits très passants de la ville afin d’interagir avec les spectateurs. Vous pouvez danser devant l’écran... des méduses suivront votre mouvement. Vous pouvez carresser des mains virtuelles... vous donnerez naissance à des "bébés mains". Vous pouvez marcher sur des nuages... ceux-ci évolueront avec vous. Vous pouvez glisser sur un tobogan... vous entendrez comme un décollage de Boeing 747 dans le square. Et bien d’autres découvertes encore !
Mais qui sont les créateurs de ces étranges oeuvres numériques à la pointe de la technologie ? Au cours d’une rencontre avec quelques uns des artistes au Bookstorming boulevard de la Bastille, nous avons pu avoir quelques précisions...
Damaris Rish est photographe et plasticienne diplômée de l’institut des Beaux Arts de Saint Luc de Liège. Elle enseigne depuis quelques années à l’université de Reims Champagne Ardennes, dans le cadre des options culturelles et anime différents stages et ateliers en région. "Je n’avais pas pensé au départ à la réaction des gens" nous confie-t-elle. "J’ai fait ça pour créer un personnage qui pourrait communiquer avec les gens." Sa création, intitulé "A distance", est un autoportrait photographique doté de comportements autonomes. "Ce n’est pas de la vidéo," explique Damaris "mais un système de fondu de photos enchainées. Le travail a été monstrueux, j’ai fait des centaines de clichés, j’ai du créer des caches pour empêcher la superposition des images. Didier Bouchon m’a beaucoup aidé sur le travail des transitions. L’oeuvre se base sur les 5 émotions primaires : la joie, la tristesse, la peur, la colère et le retour sur soi." Ainsi, la nuit, le personnage n’a pas le même comportement que pendant la journée. Elle rêve, fait des cauchemards. Parfois, elle pleure et n’hésite pas à offrir un sourire au passant qui s’invite en face d’elle. "Ce n’est pas moi," insiste bien la créatrice "c’est un personnage intime, unique, que j’ai créé dans la continuité de mon travail sur l’autoportrait". Un système de réseau de neurones apprend les séquences et en génère de nouvelles, ce qui permet à l’oeuvre d’avoir ses propres humeurs internes. "Les hommes sont dans une relation de séduction. Nous avons vu aussi plusieurs femmes embrasser l’écran plasma. Une vieille dame a même du s’assoir expressement, émue par un sourire lancé par le personnage". Une belle oeuvre qui dialogue vraiment avec le spectateur. "Je suis ravie d’avoir pu toucher ce public, au sein même de la rue". Actuellement, Damaris continue son travail sur l’autoportrait et fait actuellement le tour du Monde, se photographiant au sein de familles en France ou dans des pays francophones ainsi qu’en Afrique (Algérie, Maroc,...). Elle multiplie les clichés et les récits. Ce travail original devrait donner naissance à un livre retraçant ces rencontres.
Roland Cahen a, quant à lui, transformé le terminal de bus d’Issy Les Moulineaux en un ensemble d’abris bus les plus originaux de la capitale. "Nous sommes dans une relation décalée avec le réel" nous dit-il. "L’installation sonore suit les bruits de moteur des bus grâce à un dispositif intéractif". L’artiste a créé l’oeuvre pour le festival et a installé des hauts-parleurs et des capteurs afin d’inviter les citadins à une phonie citadine originale. Pendant les moments de calme, des voix enregistrées donnent envie d’écouter grâce à chuchotements, des bruits de portables mais aussi des paroles d’usagers ou de chauffeurs de bus. Puis une musique déconstruite formée de quatuor à cordes vient répondre aux intéractions extérieures. "Il y a une notion de décalage, de glissement, tout le temps en train de disparaître". Avec cette oeuvre intitulé "Tournez-sons", Roland Cahen n’avait pas les mêmes attentes qu’avec ces travaux habituels mais il a beaucoup apprécié ce contact avec le public citadin. Il participe actuellement au groupe de travail "No Design" pour l’adaptation des musiques de civilisations du monde pour le futur musée du Quai Branly.
Etaient présents aussi Florent Trochel pour sa création "Dompteur de Nuages" et Michaël Cros qui présentait "Les Mains". Cette dernière création projetait sur un plan horizontal une communauté de mains qui naissent, vivent et meurent selon un cycle de vie. Le spectateur interagit avec elles et semble avoir beaucoup été séduit.

Le festival aura donc permis à 12 artistes de présenter au grand public ces oeuvres numériques d’un genre nouveau. A chaque étape de la visite, des étudiants étaient présents pour expliquer les oeuvres et inviter le passant à participer. Le chaleureux acceuil de tous les bénévoles, la clarté des documents édités ainsi que la mise en place pour la première fois d’un système d’audio guide disponible par téléphone font de ce festival une belle réussite. Nous vous invitons à visiter l’espace culturel "Le Cube" géré par l’association Art 3000 et ouvert toute l’année à Issy Les Moulineaux. Le centre permet à tous d’accéder aux pratiques culturelles et artistiques offertes par les nouvelles technologies au travers des ateliers thématiques, des projets et des formations.
