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Histoire d’un Matériau :
Le Béton 
à Paris

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Voilà un thème alléchant que nous a proposé le Pavillon de l’Arsenal pour sa manifestation de printemps. Et cela à plus d’un titre. Comme le dit le Maire de Paris dans son avant propos, « Le béton a mauvaise presse (...) au point qu’aujourd’hui ce mot est devenu l’expression même du mal-être de notre société » (perspicace le Jeannot !). Mais le béton c’est aussi la méconnaissance d’un matériau aux propriétés fabuleuses, permettant des prouesses techniques qui ne laissent pas d’impressionner.

Exposer l’histoire du béton et de son utilisation, c’est pouvoir tenter de remettre les choses à leur place, tant du côté des détracteurs que des défenseurs, et essayer de comprendre la crispation du public autour de ce matériau tant décrié. Malheureusement, l’exposition se borne à présenter une architecture déconnectée des perceptions du public, et méconnaît les incidences sociales des erreurs commises dans l’utilisation du béton.

Après le fer, la brique, le bois puis le verre, le béton est la nouvelle étape d’une série d’explorations menées par le Pavillon de l’Arsenal depuis plusieurs années sur le thème des matériaux de l’architecture. Son rang s’explique non pas tant par la polémique qu’il a pu susciter par le passé et suscite encore, mais plus simplement par la date de son apparition. Connu depuis l’Antiquité sous la forme du mortier, en réalité assez éloignée de notre ciment, le béton a à peine plus d’un siècle. Une mise au point s’impose avant toute chose sur la définition du mot béton. Selon les concepteurs de l’exposition, le béton est " un agglomérat (composé) de graviers, de sable et d’un liant hydraulique. Ce liant est le ciment lui-même composé de calcaire et d’argile chauffés " à très haute température. C’est ce ciment, mis au point par l’ingénieur Vicat en 1818, qui est rapidement utilisé pour la réalisation d’ouvrages d’art, puis en architecture dans la première moitié du XIXe siècle. Après 1890, Anatole de Baudot, l’architecte de la magnifique église Saint Jean de Montmartre, et l’ingénieur Cottançin, utilisent les premiers monolithes de ciment armé, où les armatures et le ciment forment une pièce unique lui donnant une grande résistance physique. Le béton armé (au sable et graviers) côtoie bientôt le ciment armé (au sable). L’aventure du béton naît donc avec le siècle, et n’aura de cesse de se poursuivre sans arriver pleinement à une maturité qui reste à venir. Les applications techniques et esthétiques font en effet l’objet d’innovations quasi permanentes et les possibilités offertes par le béton sont loin d’avoir été entièrement considérées.

Si les propriétés du béton relèvent pour nous de la fréquentation quotidienne, elles apparaissent vertigineuses dans les dernières années du siècle. Les normes de l’architecture s’en trouvent bouleversées, libérées de certaines contraintes. Le béton permet de réfléchir davantage en terme de volume là où les forces limitaient la pensée : suppressions des murs porteurs, plateaux libres, façades largement ouvertes, formes courbes ou angulaires très audacieuses, niveaux décalés, etc. La liste des libertés conquises est longue, mais peut se résumer à deux traits essentiels : l’adaptabilité aux formes désirées (le béton est un élément liquide qui se solidifie en prenant), et son excellent comportement sous les effets de tension et de compression. Enfin, le béton est plus qu’un matériau, c’est une technique. " Faire du béton ", " boucharder un béton ", autant d’expressions qui appellent la notion de savoir-faire, à l’instar de la taille de pierre ou du travail du bois. En d’autres termes qualité des matériaux, des intervenants, des modalités opératoires, sur lesquelles de nombreuses réalisations de l’après guerre sont passées un peu vite devant l’urgence de la reconstruction ... et de la spéculation ! L’exposition, conçue par Bernard Marrey, historien et Franck Hammoutène, architecte, adopte une lecture chronologique en trois temps : 1850-1914 Un produit bon marché, 1920-1980 La pierre du siècle, 1980-2000 La matière de tous les possibles. Cette articulation est nourrie d’exemples et servie par une scénographie brut et bienvenue ; les photographies et commentaires ont pour cimaise un socle de parpaings montés. A la voûte et aux murs de grandes photographies noir et blanc sont tapissées tel un " papier peint urbain ". A noter la très bonne initiative d’exposer des matrices servant au " dessin " du béton et un petit lexique dont chacun peut emporter une copie.

Toutefois, la visite provoque une série de questions évidentes auxquelles il ne sera pas donné de réponses. Quid de l’influence sociale de la production en béton de ces cinquante dernières années, de la réception actuelle du béton par les grand public, de la critique d’une certaine " idée " du progrès via le recours (trop ?) massif et inapproprié au béton dans certains programmes durant les trente glorieuses? Bien sûr, on pourra objecter que tout était contenu dans le titre de l’exposition, qui laissait entrevoir une simple approche historique et technique. Pourtant, sur un thème aussi pertinent et complexe, les concepteurs ne pouvaient-ils pas engager la réflexion autour des formes urbaines. Ils préviennent dès le début, " le béton est un matériau souvent malmené, si mal que son image s’est détériorée ". Oui mais encore ? Force est de constater que la pratique architecturale qui en relève pose problème pour les parisiens comme pour les autres. Tout cela méritait analyse, incitation au débat, volonté de comprendre les erreurs et leurs effets. Actif ou passif, les tours de la Place des Fêtes ou celles des Olympiades sont parmi les enfants du béton !

On est alors un peu frustré de ne se voir présenter qu’un inventaire, certes bien documenté et jalonné de chefs d’œuvre, mais laissant le plus souvent de côté la vie qui bon an mal an va avec. L’approche scientifique louable, oublie que derrière le geste d’architecture, le fait construit, il y a des vies tour à tour éclairées ou appauvries. Cela s’appelle le quotidien et il doit trouver sa place dans " la machine à habiter " de Le Corbusier. Avoir choisi de n’en pas parler, c’est oblitérer en partie l’intérêt d’une telle rétrospective. D’ailleurs le béton recouvert de céramique que Perret n’osait pas encore montré brut au début du siècle, ne rejoint-il pas ces adjuvants qui font ressembler le béton à la pierre dans les stations du Météor ou sous la pyramide du Grand Louvre ? Matériau incontournable de l’architecture contemporaine, le béton s’est vu contourné sur la question de son aspect. Preuve s’il en est du malaise durable devant un matériau qui reste controversé, n’osant plus dire son nom au passant qui le regarde.
Gunther Ludwig

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En savoir plus :

  www.ville-firminy.fr....htm

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