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Le Festival International des Jardins, organisé par
le Conservatoire des jardins installé à Chaumont-sur-Loire, a entamé sa
10e édition depuis le mois de juin, et ce jusqu’au mois d’octobre
prochain. Le concept mis au point autour de l’art du paysage, de
l’invitation de paysagistes, jardiniers, architectes, plasticiens à créer
un jardin chaque année, dont certains sont conservés deux voire trois
saisons, et d’autres présentés le temps d’un festival, a fait ses
preuves. Tant des points de vue de la fréquentation, impressionnante et qui
pour une fois mélange vraiment tous types de publics, que de la qualité
des interventions souvent pluridisciplinaires. Une vingtaine de jardins à
construire ou réinventer, autant d’équipes réunies qui déclinent une
thématique générale.
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Cette
année, c’est la mosaïculture qui a retenu l’attention de l’équipe
du Conservatoire. Arrivé à son apogée au XIXe siècle, ce savoir-faire a
pour objet d’ordonnancer les plantes de façon à former des dessins au
sol à l’aide des couleurs et matières de chaque composant. Tombée en désuétude
depuis lors, la mosaïculture est depuis peu sur le chemin de la renaissance
ici et là en Europe, et le festival en fait cette année une exploration et
une relecture contemporaine.
Au
carrefour de la création contemporaine, Chaumont accueille cette année une
œuvre qui ne lui était pas destiné : Gouttes,
présentée par l’artiste Delphine Coindet. Cette pièce a été créée
en 2000, dans le cadre de la réalisation du jardin Les Terrasses de la
Nativité à Bethléem, mais n’a pu y être installée en raison de la
reprise de la violence en Israël-Palestine. Pourtant, Gouttes
pourrait être facilement interprétée comme un symbole de paix,
puisqu’elle fait référence à l’eau, élément majeur de la vie sur
terre, parfois menacé, et dont la valeur ne devrait cesser de s’accroître
dans les décennies à venir. Enjeu économique et politique également dans
une région qui en dépend de façon cruciale.
Produite
par l’Agence d’artistes du Centre de Création Contemporaine de Tours,
l’œuvre de Delphine Coindet est faite de dix sculptures en résine
polyester laquées blanc. La pièce est ainsi réactualisée à
Chaumont-sur-Loire, où l’eau reste un symbole extrêmement fort. Gouttes
est installée au creux d’un vallon, dans un environnement fait de matières
organiques et minérales, qu’elle vient métaphoriquement nourrir.
Delphine
Coindet, pour cette création comme pour d’autres projets, utilise
l’informatique pour modéliser idées et objets. Une fois cette étape décisive
terminée, les pièces sont fabriquées de façon industrielle. Bien
entendu, la pureté du dessin de Gouttes renvoie à la substance nutritive et essentielle de l’eau,
mais amène celui qui les regarde à aller plus loin. Douce, ronde, blanche,
autant de qualificatifs pour décrire ces sculptures et faire référence au
lait, à la petite enfance, à la relation maternelle, charnelle et
protectrice.
Le
vocabulaire simple et subtil permet d’expérimenter un ensemble de
sentiments qui nous renvoient à notre échelle (chaque sculpture mesure 83
x 60 cm) : l’eau, humidité invisible, pas vraiment palpable, et qui
pourtant « inonde » sans discontinuer la vie de ses bienfaits
rendus obligatoires. La vie comme suspendue à cette présence diffuse, pour
que chaque élément du paysage que nous formons y trouve sa place. Gouttes
évoque la douceur autant que la menace et donne une réalité physique à
l’élément aqueux qui s’impose au regard de l’observateur. Elle
rappelle le cheminement dialogique par lequel nous sommes liés, entre maîtrise
grâce à la culture et appartenance à la nature. Un dilemme qui perdure au
sein de nos mythologies personnelles et collectives. Gouttes
souligne, là où elle se « pose », combien elle participe de
cet enjeu.
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