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Decoï
est certainement un des exemples les plus marquants de la qualité
artistique de la jeune création architecturale. Fondée en 1991 par
Mark Goulthorpe, architecte britannique, Decoï est une agence aux
contours évolutifs, qui bien que tournée très sensiblement vers la
dimension prospective, n’en oublie pas pour autant de transposer ses
études sur des projets bien réels.
A
trois mois de la nouvelle édition d’Archilab, Rencontres
internationales d’architecture à Orléans, où Decoï a déjà été
exposé par le passé, le Fonds Régional d’Art Contemporain du Centre
propose la première exposition qui fasse le point sur dix ans de
travail de cette agence peu commune. Orientée tout d’abord vers une
activité de recherche pure, très présente sur le plan international,
la structure de Mark Goulthorpe a peu à peu évolué vers une agence,
sans abandonner ses objectifs originels. Au-delà des architectes qui la
composent, Decoï a eu la largesse d’esprit (trop peu familière au
milieu fermé de l’architecture) et l’intelligence de faire appel à
d’autres disciplines pour mener à bien son entreprise, dont les
domaines de compétence sont l’ingénierie, les mathématiques,
l’informatique, etc. Ce champ pluridisciplinaire les autorise dès
lors à accroître les potentialités de l’architecte.
Autre
fait notable de la création chez Decoï, les nouvelles technologies.
Pas nécessairement pour faire pièce au besoin prétendu du « high
tech », mais plutôt pour intégrer cette dimension incontournable
de nos sociétés contemporaines. Qu’est ce qui fait courir Mark
Goulthorpe et ses acolytes ? Tenter de capter les possibilités offertes
par les outils numériques de conception et de réalisation pour
accompagner l’évolution de l’architecture, conjointement à celle
du monde et de ses besoins.

Onze
projets sont présentés sous forme de dessins, photographies, vidéos,
maquettes ou objets, du « Vaisseau de Verre » inspiré de la
Maison de verre de Philip Johnson en 1991, à la piteuse expérience de
la galerie d’art construite puis aussitôt détruite « Blue
Gallery » à Londres en 1999, en passant par la « Maison
Pallas » - projet de 1997 en Malaisie non réalisé. Decoï y
explore sans relâche les opportunités nouvellement offertes pour négocier
le passage toujours délicat de la conception à la réalisation. Comme
par exemple pour le projet « Dans l’ombre de Ledoux », où
l’agence, à partir d’une commande sur le thème de l’espace privé
- espace public, livre un volume de bois, sculpture toute en courbes de
plus de trois mètres de haut. Cette forme qui oscille entre les notions
de plein et de vide est une modélisation retravaillée de l’ombre
portée de la Maison des Gardes Forestiers de Claude Nicolas Ledoux, le
célèbre architecte visionnaire du XVIIIè siècle.
Autre
exemple de cette quête de la forme, le projet « Paramorph »
de 1999, pour lequel Decoï a travaillé avec Mark Burry de
l’université de Deakin en Australie pour les études mathématiques,
et Ove Arup and Partners pour l’ingénierie. Il s’agissait de créer
une sorte d’arche ou de passage pour la rive sud de la Tamise à
Londres. Partant d’éléments environnants cet espace - des sons, des
voix, des mouvements, l’équipe a imaginé une figure évolutive et
« dessinée » à l’aide de modèles mathématiques paramétriques.
Le résultat : une forme génératrice de ses propres changements, aux
contours courbes et organiques, sorte d’entrée monumentale vers un
ailleurs bourré de poésie et de pureté formelle.
Egrenant
les projets, l’exposition consacrée à Decoï renvoie à une véritable
cohérence du parcours de cette agence, et ce sur des créations
radicalement distinctes. Et quelque soit le destin de chaque projet, réalisé
ou non, objet d’une « simple » recherche ou réponse à un
concours, on notera avec admiration la qualité esthétique de la démarche
de Decoï et le soin accordé à la confection des maquettes, véritables
chefs-d’œuvres de précision et d’une beauté évidente. Où
l’architecture a décidément des affinités avec la création
plastique ...
Greg
Larsson
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