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FICTIONS,  photographies d'Edouard Levé, Galerie LOEVENBRUCK, du 7 avril au 20 mai 2006, 40 rue de Seine/ 2 rue de l'Echaudé, 75006 Paris.

Sol noir sur fond noir, toutes les photos couchent un milieu abstrait du studio qui décadre et recadre tout de même pour stabiliser la mise des gestes et des détails. Edouard Levé s'adonne aussi aux " cultes des images ". Cette exposition est excellemment magnifique.


Quand on parle de fictions, on s'attache à se dédouaner de toutes prétendues représentations, mais l'imaginaire est une pulsion revêche qui ne se laisse pas aisément maîtriser. Je ne parle pas de ce que certains auraient droit de décrire comme une ruée dans les brancards. Alors l'image fait acte de présence. Edouard Levé s'adonne aussi aux “ cultes des images ”. Mais rien de tel que de regarder les groupes et plus encore les assemblages disparates que peuvent réunir des rencontres et des soirées, brassage collectif pour humer le composant des individus ensemble.

Sol noir sur fond noir, toutes les photos couchent un milieu abstrait du studio qui décadre et recadre tout de même pour stabiliser la mise des gestes et des détails. Contexte décharné, non loin de là, les corps sont peut-être habillés du noir, mais ne se fondent nullement dans la matière obscure. Le visage, les mains, et même le corps d'une jeune femme exposé de dos à notre regard mais visible pour le jury qui lui fait et nous fait face. Vous trinquerez bien un verre parmi ses convives masculins et tous les verres restent translucides dans leurs transparences. Un toast plus tard, on transporte un corps extrêmement léger puisque ses pieds et ses mains sont à hauteur du visage des convoyeurs. Deux femmes se font face et un homme leur cache leurs yeux respectivement avec la paume de ses mains, et tout cela devant un homme couché jambes écartées et repliées devant le divan des deux protagonistes. Le silence d'un doigt d'une femme à un de ces adorateurs pour la lettre qu'elle sort du veston d'un autre continue cette transaction transversale des motifs. On la déchausse avec tact. Seule la peau éclaire. Les objets sont autant énigmes dans nos mains, la boule dans les mains d'une enfant et la torche qui illumine la réfraction. Pourquoi pas une guitare électrique que tiendrait une égérie entre deux autres de dos qu'on devine tout aussi égéries ? Cette même femme déchaussée que nous avions croisée, bras croisés, fixe de son regard l'homme plongé dans sa feuille blanche. Dessine-t-il cette vanité squelettique d'un Yorick sur quelques livres?

Le dispositif de la galerie se fond elle-même dans le noir décor noir, pour mettre encore la lumière sur la dramatique des gestes. Ces photographies nous font penser aux machineries scéniques d'un Michelangelo di Merisi, plus connu sous le nom du Caravage. Edouard Levé nous montre merveilleusement des allégories que l'on pensait reléguer aux antiques figurations. Il revisite même la fameuse doctrine de l'Ut pictura poesis de la peinture classique qui se devait de donner tableau des œuvres des grands poètes et de la Bible. Cette dimension de ce travail est d'autant plus frappante que notre photographe est lui-même un poète affranchi. Son dernier livre se jouait largement de l'écriture sous la forme plastique de l'Autoportrait (2005, Editions P.O.L). Cette exposition est excellemment magnifique.
 

Dimitri Jageneau

 

 

Edouard Levé est né en 1965. Il a publié ses textes aux éditions P.O.L et aux éditions Phileas Phog. Il mène parallèlement à son activité d'écriture une carrière de photographe. Plusieurs de ses précédentes expositions se sont présentés dans la même galerie Loevensbruck. Mais à la différence de cette dernière exposition, il ne travaille plus des codes visuels préexistants (Rugby, Pornographie, Actualités), mais conçoit des tableaux selon son imagination.

   

Le site de la Galerie LOEVENBRUCK

La fiche éditeur chez P.O.L

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