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Emila
Medkova (1928-1985), photographe tchèque, s’est attachée à trouver
dans le réel son au-delà, son sens caché. La ville de Prague consacre
une première rétrospective à cette femme photographe exceptionnelle,
qui mériterait une reconnaissance internationale ne serait-ce que pour
son rôle au sein du mouvement surréaliste.
« S’il
n’y a pas de mystère dans une photographie (…), alors celle-ci est
vide » a t’elle dit un jour. C’est ce mystère, ce sens caché,
que Medkova a toujours tenté de mettre en exergue dans ses oeuvres. |
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Les
photographies d’Emila Medkova consistent en une approche assez singulière
du surréalisme ; elle trouvera son inspiration première au cœur de
la ville de Prague, dans ses détails les plus infimes.
Ainsi,
elle photographie des fissures ou des graffitis sur un mur (chose qui évoque
le travail de Brassai), des vitres brisées, des portes barricadées, et y
découvre des yeux, des visages, ou des silhouettes. Elle démontre, à sa
manière, la thèse d’André Breton selon laquelle le surréel est
inscrit dans le réel lui-même. Ces photographies urbaines deviennent des
espaces intérieurs dotés d’une tension existentielle intense, la porte
close devient une frontière psychologique, et le détail n’est donc là
que pour réévaluer la réalité.
Emila
Medkova a également pris des photos en mettant en scène elle-même des
objets et des modèles : un série d’œuvres utilise des morceaux
de bois percés dégageant l’image d’une sorte de tête d’oiseau dotée
d’un œil immense, d’autres rebus sont disposés sur un miroir où se
reflète le ciel, créant l’image d’un animal chevelu et surnaturel
flottant dans les airs. Ces œuvres des années 50 se caractérisent entre
autres par une omniprésence de l’œil qui ne tarira pas vraiment par la
suite, mais évoque, particulièrement à cette date, le cinéma de
Bunuel, dont l’une des célèbres scènes du Chien Andalou de 1929 où
une lame découpe un œil de bœuf…
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Medkova
se réfère d’ailleurs dans ses oeuvres, de manière plus ou moins
explicite, à des artistes comme Dali, Magritte, De Chirico ou encore Paul
Klee.
Les
œuvres de Medkova eurent également une influence importante sur les
autres arts comme la peinture, la sculpture ou le cinéma.
Il
y a tout d’abord le peintre tchèque de talent Mikulas Medek, qu’elle
épousa en 1951. Tous deux s’influencèrent mutuellement d’une manière
évidente au regard de leurs œuvres respectives, certaines portant même
parfois un titre identique.
Et
tout deux appartenaient à un cercle réuni à Prague autour du théoricien
et écrivain Karel Teige qui, après le coup d’état communiste de 1948,
ne pouvait plus s’exprimer publiquement ni publier ses textes. Emila
Medkova, la seule photographe du groupe, influença alors les artistes
surréalistes Zbynek Sekal (sculpteur) ou encore le cinéaste surréaliste
Jan Svankmajer.
Observer
les photographies de Medkova revient à parcourir, d’une certaine façon,
une bonne partie du mouvement surréaliste tel qu’on l’a connu en
Europe de l’Ouest. Il serait sans doute temps de
faire tomber les frontières géographiques de la culture pour
redonner toute son importance historique à Emila Medkova et au surréalisme
tchèque en général.
Florence
Cheval
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