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Exposition
C'est notre Terre

 

Qui de nos jours ne connaît pas, sinon la définition exacte, du moins le concept de développement durable ? Qui n’a pas entendu parler de réchauffement climatique et de gaz à effet de serre ? Depuis le film d’Al Gore « Une vérité qui dérange », le sujet s’est considérablement popularisé, et l’écologie est devenue un thème de prédilection, aussi bien chez nos hommes politiques que dans les médias. Signe des temps, la plus grande exposition d’Europe sur le sujet a récemment ouvert ses portes à Bruxelles. Cette exposition intitulée « C’est notre Terre » a comme ambition d’introduire, sous la loupe du développement durable, l’ensemble de l’histoire de la planète et de sa colonisation par l’espèce humaine.


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ne vulgarisation réussie
Vaste sujet relevé avec brio, tant l’exposition a su vulgariser le concept de développement durable à l’aide de nombreux supports didactiques : animations interactives, oeuvres d’art ou jeux pour enfants, tout au long d’un parcours baigné dans un décor original et très bien pensé. Un parcours divisé comme une symphonie à quatre temps : ‘le temps de la Terre’, ‘le temps des hommes’, ‘le temps des écosystèmes’ et ‘le temps des solutions’. Même si cette division peut paraître quelque peu artificielle, elle a le mérite de bien structurer le circuit. Le visiteur peut ainsi s’émerveiller devant un cube d’un 1m3 contenant autant de grains de sable que l’univers d’étoiles, pas moins de 10000 milliards de milliards ! Ou encore rester fasciné devant un écran sur lequel défilent des statistiques en progression, comme le nombre d’habitants sur terre ou le nombre de personnes mortes de faim depuis l’ouverture de l’exhibition. Un moyen à la fois effrayant et fascinant de nous faire prendre conscience de l’extraordinaire explosion de population qu’a connu le monde en moins d’un siècle. Une population galopante à l’origine d’un stress alimentaire sans précédent et provoquant de nombreuses disparités. Une photo montre ainsi les aliments consommés en une semaine par une famille française, un étalage saisissant de variété et de richesse, comparé avec l’alimentation hebdomadaire d’une famille malienne.
On pourrait multiplier les exemples de décors et animations de grande qualité: l’histoire de la Terre divisée en 4568 volumes de 1000 pages et rassemblés dans une bibliothèque itinérante, la rue d’une ville occidentale reconstituée fidèlement (jusqu’à la rame de métro de la STIB), l’exposition d’un jean avec l’origine de l’ensemble des pièces le composant, la reconstitution de rayons de supermarchés et la possibilité de calculer le bilan carbone de chaque produit…etc. Bref, un ensemble de supports extrêmement bien conçus, illustrant avec originalité l’ensemble de la thématique du développement durable.

Une planète qui s’emballe…

Si l’on s’intéresse maintenant au message véhiculé par cette exposition, la prise de position des auteurs apparaît assez rapidement : la foi dans le progrès, malgré tous les dégâts sur l’environnement qu’il a pu causer, tout en refusant de dénoncer tel ou tel groupe social. Au delà de ces opinions discutables, cette exposition a le mérite de rappeler deux notions fondamentales du développement durable.
La première est que l’impact des progrès techniques de la race humaine sur son environnement est relativement récent. C’est seulement depuis le début de la révolution industrielle et l’explosion démographique concomitante que l’homme a eu, pour la première fois dans l’histoire de la planète, un impact que l’on pourrait qualifier de ‘géologique’. Ainsi, des transformations prenant normalement place sur des échelles de temps beaucoup plus longues (ce qui est nommé dans l’exposition ‘le temps de la Terre’) ou au contraire très courtes mais mettant en jeu de gigantesques quantités d’énergie, notamment au travers de catastrophes naturelles telles que la chute de météorites (cf. extinction des dinosaures), sont cette fois dues à une seule espèce animale, la nôtre. De par l’augmentation considérable de sa population et les immenses progrès techniques accomplis. Le résultat ? Une atmosphère qui se réchauffe, en se gorgeant de gaz à effet de serre, et ce en un peu plus d’une centaine d’années, alors qu’il aura auparavant fallu des milliers d’années pour obtenir un réchauffement équivalent. Des ressources naturelles qui s’épuisent. Des déchets qui s’accumulent. Des espèces qui disparaissent à une vitesse mille fois supérieure au taux normal, une extinction de masse comme la vie n’en a connue qu’une dizaine de fois dans son histoire. En bref, depuis le milieu du XXème siècle, une planète qui s’emballe et des courbes qui s’affolent. « Le temps de la terre n’est plus le temps des hommes », comme l’illustre l’œuvre introduisant l’exposition, par une série de statues humaines fixant des pendules.

« Contemporains » Gloria Friedmann

…mais qui s’en remettra, contrairement à l’Homme
Ce qui m’amène à un deuxième concept essentiel, le fait apparemment simple que la planète et la vie en ont connus bien d’autres. Et qu’au final, s’il y a bien quelqu’un de menacé, c’est l’être humain. Comme le montre la première partie de l’exposition sur l’histoire de la terre, la vie est extrêmement résiliente. La vie est capable de proliférer dans les fonds océaniques ou dans le froid de l’espace à des pressions et températures extrêmes. Qu’est-ce donc pour elle que cette petite hausse de température ? Une grande majorité des espèces vivant actuellement sur Terre pourrait disparaître mais la vie a déjà connu de telles extinctions de masse. Et l’homme, malgré toutes ses prouesses technologiques, ferait probablement partie des malheureux élus destinés à s’éteindre. Dans un tel scénario, toute trace de civilisation humaine aurait vite fait de disparaître, comme le montrent de magnifiques photos de l’artiste Yannick Monget. Le métro de New York serait inondé en deux jours, les villes du monde entier englouties par la végétation en quelques centaines d’années et toute trace d’humanité en moins de 100 000 ans, à part quelques déchets chimiques et radioactifs.
« Demain la Terre » Yannick Monget

Le temps des solutions
S’il y a donc quelqu’un qui a du mouron à se faire, c’est bien l’Homme. Quelles sont les solutions concrètes pour prévenir cette catastrophe annoncée ? La dernière partie de l’exposition tente de répondre à cette question en nous soumettant quelques pistes de réflexion : changements de mode de consommation (consommer moins de viande, acheter plus équitable, développer les systèmes de prêt), de transport (partager sa voiture) ou encore la mise en place de solutions technologiques telles que le captage de CO2.
Les possibilités semblent infinies, reste la volonté politique. L’intérêt pour le développement durable semble avoir dernièrement beaucoup diminué, au profit de la crise économique, perçue par beaucoup comme un problème plus concret et plus urgent à traiter. D’autres voient au contraire en cette crise l’opportunité idéale pour reconstruire notre économie sur des fondations plus vertes. Espérons que le « Green New Deal » du nouveau président élu Barack Obama ne soit pas que de belles paroles et qu’il soit le prélude à une refonte complète de notre système économique.

Exposition « C’est notre Terre » : www.expo-terra.be/
Du 18 octobre 2008 au 26 avril 2009, sur le site de Tour & Taxis à Bruxelles (discussions en cours pour la montrer dans d'autres capitales européennes, notamment Paris).

Patrick Veillard

Paris, le 13/01/2009

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