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Fabrice Hyber, Pétrole (or noir valeur), 2005. Fusain sur papier. 50 x 66 cm.

Fabrice Hyber,
PETROLE

La pensée en image

A la galerie Jérôme de Noirmont,
 jusqu'au 10 mars 2006 

 

Fabrice Hyber présente à la galerie Jérôme de Noirmont une série de tableaux, sous le titre de Pétrole, qui dévoile une facette encore peu connue d'une œuvre en perpétuelle mutation, questionnant constamment la définition de l'art et sa relation à la société

Il y a une certaine fascination contemporaine pour le brouillon, la marge, le fragment, comme si l'œuvre devait trouvait son explication en dehors d'elle-même. Sans doute la tentation de saisir l'art à sa source dans une intimité fantasmée avec l'artiste. Si bien qu'on pourrait se passer de l'œuvre elle-même pour n'en retenir que les traces de sa genèse, le projet qui a présidé à sa naissance. Deux livres de ces dernières années font écho à cette tendance, un recueil de 72 projets d'artiste1, qui n'ont jamais vu le jour et Œuvres d'Edouard Levé2, qui est constitué uniquement de la description de projets non réalisés.

La série de tableaux que Fabrice Hyber présente à la galerie Jérôme de Noirmont, pourrait être rattachée à cette tendance. Sauf que la place que jouent la peinture et le dessin dans son œuvre se révèle beaucoup plus ambiguë ; à la fois source de sa pratique artistique, lieu de réflexion pour des projets à venir (dans sa peinture homéopathique n°23, présentée ici, le tableau se fait la cartographie d'un processus de création), mais aussi et surtout, œuvre à part entière, ayant recours à des techniques plastiques variées. Collage, écriture, peinture et dessin se mélange sur la toile. Ces tableaux ne sont finalement pas en amont du travail de Fabrice Hyber mais en son cœur ou plutôt tout son travail consiste à annuler cette distinction entre le centre et la périphérie, l'amont et l'aval et à faire feu de tout bois. Marqué par cette notion de Deleuze du rhizome, il ne conçoit pas ses œuvres comme des identités distinctes fermées sur elles-mêmes ou prises dans une généalogie univoque. Elles ne cessent plutôt de s'influencer les unes les autres. Elles sont connectées entre elles selon des chemins multiples, quel que soit le médium emprunté.

Mais plus important encore, elles doivent pouvoir être connectées, au-delà d'elles-mêmes, avec d'autres registres de langage, d'autres pratiques sociales et culturelles. Comme c'était déjà le cas précédemment avec les POF (Prototype d'Objet en Fonctionnement) qui ont fortement contribué à la célébrité de l'artiste (notamment un ballon carré, un escalier sans fin, fait de quelques marches qui basculent sur elles-mêmes, empêchant toute ascension ou une balançoire dont l'assise est affublée de deux protubérances en forme de godemiché) et qui ne sont pas prévus pour être exposé de façon inerte mais destinés à être testés et à initier de nouveaux comportements.

Avec cette exposition nommée Pétrole, le travail de Fabrice Hyber rencontre ici de manière plus directe le politique mais pour autant il ne se fait jamais moralisateur et continue même de réserver une place à l'humour. Si les dangers écologiques sont évoqués dans ces toiles, Fabrice Hyber n'oublie pas que le pétrole constitue aussi une source essentielle d'énergie et s'attache aussi aux qualités plastiques de cette matière aussi multiforme que l'est, de manière profonde, son propre travail.

 

Vincent Hubert

[1] 72 (projets pour ne plus y penser), ouvrage collectif, coédition diffusé par les presses du réel, 2004.
[2]  Œuvres, Edouard Levé, P.O.L, 2002.

 L'exposition :

PETROLE, par Fabrice Hyber. Jusqu'au 10 mars 2006 à la galerie Jérôme de Noirmont, 36-38 Avenue Matignon, Paris 8e
 

En savoir plus :

Le site de la galerie www.denoirmont.com

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