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Godard expose l'échec de sa relation avec le centre Pompidou.
Une exposition donc où il n'y a rien à voir mais qui nous pousse à
nous interroger sur cette volonté du musée à tout vouloir s'approprier.

L'aveu d'un échec
Voyage(s)
en utopie
de Godard

 

   

Avec Voyage(s) en utopie Godard expose l'échec de sa relation avec le centre Pompidou. Une exposition donc où il n'y a rien à voir et qui se résume à un immense pied-de-nez. Mais qui nous pousse à nous interroger sur cette volonté du musée à tout vouloir s'approprier et à subordonner l'œuvre à sa mise en scène. Et si finalement cette exposition, malgré elle, n'était que l'invitation à retrouver le chemin des salles obscures dans lesquelles se noue un véritable tête-à-tête avec l'œuvre.
 
On attendait cette exposition avec impatience, persuadé de l'importance du personnage, non seulement comme cinéaste, mais aussi par ses prises de paroles. Et même si on peut avoir l'impression parfois de le voir se transformer en sa propre caricature ou sombrer dans des propos abscons, force est de reconnaître que rares sont ceux qui, comme lui, sont capable à la fois de jouer les trublions dans l'espace médiatique et d'incarner une certaine vision du cinéma et plus généralement de l'art. C'est dire si on était curieux de voir ce qu'aller donner sa confrontation avec l'institution muséale qu'il a si souvent critiqué. Curieux mais aussi inquiet ! N'allait-on pas assister à la canonisation vivante de Godard, le transformant en une référence obligatoire et inoffensive ?
Nos craintes étaient aussi veines que notre enthousiasme car il n'y a pas d'exposition Godard. A la place, son chantier, où les câbles électriques sont encore apparents et la peinture des murs pas encore achevée. On trouve là entre autres quelques maquettes réalisées précipitamment, beaucoup d'écrans plasmas dont certains sont empilés à même le sol ainsi qu'un ensemble de plantes dont la présence en ces lieux rend perplexe. Bref, même pas de quoi y trouver une poétique de l'inachèvement, tellement tout ça est laid et indigent. Bien courageux sera le visiteur qui aura la force de s'intéresser, au milieu de ce fatras, aux extraits de film qui sont diffusés. C'est que l'exposition, comme on en est averti dès l'entrée, est le résultat d'un conflit artistique et économique entre Godard et les responsables du centre Pompidou. Le cinéaste se contente de nous livrer l'aveu de cet échec. Mais un tel pied-de-nez laisse songeur sur ce qu'est devenu le musée aujourd'hui.

Depuis déjà quelques temps on assiste à la multiplication d'exposition dont l'intérêt tient plus à leur sujet qu'à la valeur intrinsèque de ce qui y est montré. Ceci ne donne pas forcément de mauvaises expositions. Celle sur Barthes qui s'est tenu au centre Pompidou, fin 2002, en est un exemple parfaitement réussi. Mais sous l'influence de cette ouverture du musée à de nouvelles disciplines, la perspective dans laquelle on aborde une exposition est profondément modifiée. De nos jour on va davantage voir une exposition sur, qu'une exposition de. Dans ce cas le musée n'est plus le lieu d'une confrontation avec des œuvres singulières mais l'espace d'une mise en scène, dans laquelle ce qui est exposé ne vaut que comme signe d'un discours général ou d'un univers. Ce n'est plus la mise en scène qui doit éclairer l'œuvre mais l'œuvre qui éclaire le propos que tente de faire passer la mise en scène.
Notre rapport avec l'art en est radicalement modifié. Ne risquons-nous pas de voir se transformer le musée en un parc à thème, dans lequel l'art ne ferait plus office que de forme chatoyante qui trouverait une explication évidente dans leur contexte ? C'est peut-être le pouvoir subversif de l'art qui se dissout dans la communication.

Voyage(s) en utopie est donc aussi l'échec de ce règne tout puissant de la mise en scène. A force de prendre les œuvres pour prétexte à autre chose, on en fini par les oublier. Alors il est plus que jamais urgent de retourner à l'œuvre même. Et pour cela il n'y a pas de meilleur moyen que le cinéma. Dans la salle obscure nous sommes seul face à l'écran. L'occasion nous en est magnifiquement donnée par la rétrospective que le centre Pompidou consacre simultanément à Godard.
 
Vincent Hubert

Voyage(s) en utopie, au centre Pompidou du 11 mai jusqu'au 14 août
Rétrospective intégrale des films de Jean-Luc Godard, au centre Pompidou,
du 24 avril jusqu'au 14 août.

 

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