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Le grand répertoire
Machines de spectacle
éditions actes sud 188 p.
du 16 juillet au 13 août au Grand
Palais
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L'exposition Le grand
répertoire et un livre éponyme publié aux éditions
Actes sud, nous font découvrir un ensemble de machines
de spectacles, dont certaines proviennent des ateliers
de la compagnie Royal Deluxe. Après avoir fait
escale dans plusieurs villes françaises, elles trouvent
sous la verrière du grand palais un cadre dans lequel
elles s'intègrent parfaitement. On ne peut s'empêcher de
songer aux expositions universelles du début du XIX° s.
mais ici les machines prennent joyeusement le
contre-pied de l'idéal productiviste et développent un
univers rocambolesque.
A l'ère de l'informatique et du microprocesseur, la
miniaturisation est devenue un enjeu technologique
majeur, la machine disparaît profondément derrière des
interfaces qui s'intègrent toujours plus à l'ensemble de
notre vie quotidienne. En réduisant leur taille et la
portée de leurs actions à la dimension de l'atome, les
nanotechnologies viennent même donner forme au vieux
rêve de la fusion de l'Homme et de la machine. Si
l'impact des machines devient omniprésent, il est
désormais difficile de dire avec certitude où elles se
dissimulent et totalement vain de tenter de cerner leur
fonction à partir de leur observation. Disproportion
totale entre la cause et l'effet, qui nous rappelle
l'autre essence de la machine. Depuis le Deus ex
machina des tragédies antiques, elle n'est pas
uniquement utilitaire mais elle a profondément affaire
avec le spectacle, l'artifice. De la machinerie de
théâtre aux effets spéciaux du cinéma, si elle consent à
disparaître et à se faire oublier, c'est pour les
besoins de la fiction et pour que ses effets nous
subjuguent d'autant plus.
En présentant toute sorte de machines de spectacle plus
ou moins imposantes, l'exposition le grand répertoire
tente à sa manière de réduire cet écart entre le
fonctionnement de la machine et ses effets
spectaculaires. Le but n'est pas de nous révéler
l'envers du décor mais plutôt d'abolir cette séparation
entre la scène et les coulisses. Si les machines nous
sont présentées, on assiste davantage à un déploiement
de leur potentiel narratif qu'à une entreprise
didactique de démystification. Elles se révèlent alors
porteuses en elles-mêmes de fiction, souvent point de
départ et non plus simple accessoire.
Les mécanismes ici mobilisés sont pour la plupart
rudimentaires et constitués de matériels de
récupération. Le moteur d'essuie-glaces devient alors la
porte ouverte à un imaginaire débridé qui explore aussi
bien notre environnement que nos rêves de héros en nous
faisant voyager à travers le temps et l'espace. On y
rencontrera une patrouille romaine composée uniquement
de deux romains qui auront le pouvoir de se multiplier,
un martyre trainé à même le sol par un char, un
chevalier des temps moderne qui s'envolera sur une
étrange fusée. Les objets déploient leur fiction comme
avec ce livre géant posé à plat dont les pages que l'on
tourne au fur et à mesure de la pièce servent à la fois
de plateau et de décor sur lequel jeanne d'arc doit
finir brûlée à la broche. Parfois ils se font simplement
récréatif à l'instar d'un canon à eau dont les visiteurs
profitent, ou adoptent une posture plus réflexive en
jouant le rôle de critique sociale, c'est du moins à une
telle lecture que s'offre la machine à fabriquer les
pommes croquées par Catherine Deneuve ou celle servant à
la masturbation masculine.
Vous l'aurez compris, on est ici davantage du côté de
Tinguely que de Spielberg. L'effet est toujours
convainquant et étonnant et on salue volontiers
l'ingéniosité mis en œuvre mais le résultat n'excède
jamais notre capacité de compréhension et se révèle
souvent dérisoire. Cette fois c'est la cause qui se
montre supérieure à l'effet. De la machine à applaudir à
celle servant à tartiner le Nutella on se trouve face à
une débauche d'énergie qui aboutit à un résultat
minimal, presque vain, véritable éloge du détour et de
la paresse comme moteur de l'invention. Il nous faudra
donc apprendre à aimer davantage le chemin qui mène à la
cible que le résultat final. Morale qui dans la galerie
du grand palais prend une résonnance particulière.
En effet, dans ce temple souvent dédié au règne de la
marchandise et de la technologie triomphante de la
première moitié du XIX° s., on prend plaisir à cette
réappropriation ludique de la machine. Là où les moyens
de transport les plus performant de leur époque étaient
montés sur un piédestal, aujourd'hui on déambule au
milieu des visiteurs en chiotte-solex. Rapprochement
d'autant plus troublant que l'esthétique de ces
inventions est proche de celle de la verrière et des
constructions métalliques de cette époque. On pourra
d'ailleurs regretter l'absence dans tous ces projets
d'une confrontation avec les machines contemporaines
mais peut-être était-ce le prix à payer pour qu'on ne
tombe jamais dans la fascination pour les trouvailles
technologiques mais toujours pour l'univers déployé.
Cette autre vision de la machine ne pouvait venir que du
théâtre. Puisque nos machines productivistes viennent
désormais contester notre corps en dénonçant ses
imperfections et que les nouvelles technologies
produisent des acteurs virtuels, il semble tout naturel
que le théâtre propose à son tour sa version du rapport
de l'homme et de la machine, et loin de se laisser
emprisonner par elles, il nous invite à en explorer les
possibles avant que nous devenions un de leurs rouages
ou leur jouet.
Aux éditions Actes Sud, un livre complémentaire à
l'exposition parait sous le même titre. Il permet de
retracer la genèse de ces machines et de les replacer
dans leur contexte, tout en appréciant l'esthétique au
charme suranné qui s'en dégage. Un livre-objet qui nous
offre une leçon de chose farfelue et un manuel
d'inventions rocambolesques.
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Le Grand répertoire
De 3 à 5 euros - De 14h à 23h
Nef du Grand Palais, avenue du Général Eisenhower, 75008
Paris
Le Grand Répertoire : Machines de
spectacle de François Delarozière, Actes Sud (2003)
Broché, 188 pages, 22 x 28 cm,
ISBN 2742744932 |
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