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HANS BELLMER - ANATOMIE DU DESIR
Exposition au Centre Pompidou - Galerie d'art graphique, niveau 4 - jusqu'au 22 mai 2006

Après l'exposition " Dada ", le centre Pompidou poursuit dans le domaine de l'étrange avec un drôle de personnage : Hans Bellmer.
Ce surréaliste se distingue par un personnage percutant et récurrent dans son œuvre : la poupée. De cette dernière, il en propose une réinterprétation.
Un artiste original, fétichiste et à sa manière inclassable….

 

Art hermétique ? Difficile d'approche ? Pour comprendre l'œuvre de Hans Bellmer, il faut s'attacher à son parcours.

Né en Allemagne en 1902, il commence sa carrière en tant que peintre. Il était déjà proche du mouvement Dadaïste, de Georges Grosz et de Heartfield. Il enchaîna divers postes comme typographe, illustrateur de livres et dessinateur industriel.

Puis, un jour avec son frère, il décida de construire une poupée grandeur nature. A cette époque Hitler semait la terreur et Bellmer voulait changer de voie.
Il photographia sa muse féminine et créa un album : Die Puppe. Breton publiera ses clichés dans la revue Surréaliste, le Minotaure, frappé par l'étrangeté du travail artistique.

Bellmer participera par la suite à d'autres manifestations du groupe. Puis, décida de la construction d'une nouvelle créature.
Pourquoi l'intrusion dans sa vie de cet objet ? Dans un premier temps, on relate que ce serait une protestation envers la montée du nazisme. Puis, attiré par les contes de Hoffmann, il est obnubilé par cet objet féminin.

Durant les années 30, s'opère un " jeu ". La Poupée personnifiée représente la clé de l'œuvre de l'artiste. Déjà, les artistes dada esquissaient des automates dans leurs productions. Mais, avec Hans Bellmer, tout paraît différent. L'objet le fascine.
Avec elle, il expérimente le corps humain, qui, petit à petit, devient, objet de désir.

La poupée de Bellmer est loin des bimbos mauvais genre en plastique. A taille humaine, elle se compare à une marionnette. Sa première du moins est en bois et devient son cobaye. L'artiste la maltraite, la démembrant, la mutilant, la démontant et remontant.

Une confrontation particulière entre le maître et son modèle, qu'il modèle justement comme il le souhaite.

Il ne faut pas y voir une relation sado-masochiste, mais plutôt un travail en pleine recherche. Sa seconde poupée se compose désormais de boules servant de raccords entre les différentes parties du corps. Les membres se modulent et forment des mannequins hybrides à deux jambes ou deux pieds. Comme si soudain elle prenait vie, il la confine dans des lieux vides.

Une dernière touche à sa théâtralisation improvisée : la photographie qui immortalise ce jouet devenu personnage ou inversement. D'un coup, lorsque le spectateur scrute ses images, à tour de rôle, révulsion et fascination s'opèrent.
L'artiste se met à jouer à la poupée, il l'habille, la revêtit de ses plus beaux habits ou la laisse nue. Un jeu qui devient pervers et à forte dimension érotique. L'artiste n'a pas l'air rassasié, il est en quête d'amour.

Le dessin entre alors en compte dans son œuvre. Appliqué, travaillé au trait, minutieux comme ses orchestrations théâtrales. Douces, sensuelles, sont les formes épurées.

La figure féminine hante la pensée de l'artiste qui la multiplie à l'infini dans un amas corporel. Un travail révélateur d'un joli délire imaginaire. A la fin, on perd pied et on ne sait quelle image se trouve face à nous. Un langage visuel se met en place. Bellmer dompte les lignes, incise avec des pointillés, provoque des tensions avec des courbes. La figure devient visqueuse dans un espace géométrisé.

Illustrateur, il se rapproche de ses théories. Dans son traité : Petite anatomie de l'inconscient physique ou l'Anatomie de l'image (1941-1946, publié en 1957), il s'attarde sur les sensations inconscientes. Le corps, par ses manipulations extravagantes, par ce jeu de puzzle, cacherait diverses significations plus ou moins inexplicables.

Jusqu'à la fin de sa vie l'artiste continue son combat. Chercher toujours chercher jusqu'où le corps peut aller. Bellmer, un artiste infatigable et insatiable.
 

Juliette Couderc

 

Expositions :

Jusqu'au 22 mai 2006, Hans Bellmer, anatomie du désir, au Centre Pompidou - Galerie d'art graphique, galerie du musée, niveau 4 place georges pompidou -  Paris 4e : www.centrepompidou.fr

Exposition Hanns Bellmer à la Galerie Fürstenberg (8 rue Jacob, Paris 6ème) concernant les illustrations des textes de Lautréamont à travers une vingtaine de gravure éditées en 1971: www.galerie-furstenberg.fr

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