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Après l'exposition " Dada
", le centre Pompidou poursuit dans le domaine de l'étrange avec un
drôle de personnage : Hans Bellmer.
Ce surréaliste se distingue par un personnage percutant et récurrent
dans son œuvre : la poupée. De cette dernière, il en propose une
réinterprétation.
Un artiste original, fétichiste et à sa manière inclassable….
Art hermétique ? Difficile d'approche ? Pour comprendre l'œuvre de
Hans Bellmer, il faut s'attacher à son parcours.
Né en Allemagne en 1902, il commence sa carrière en tant que
peintre. Il était déjà proche du mouvement Dadaïste, de Georges
Grosz et de Heartfield. Il enchaîna divers postes comme typographe,
illustrateur de livres et dessinateur industriel.
Puis, un jour avec son frère, il décida de construire une poupée
grandeur nature. A cette époque Hitler semait la terreur et Bellmer
voulait changer de voie.
Il photographia sa muse féminine et créa un album : Die Puppe.
Breton publiera ses clichés dans la revue Surréaliste, le Minotaure,
frappé par l'étrangeté du travail artistique.
Bellmer participera par la suite à d'autres manifestations du
groupe. Puis, décida de la construction d'une nouvelle créature.
Pourquoi l'intrusion dans sa vie de cet objet ? Dans un premier
temps, on relate que ce serait une protestation envers la montée du
nazisme. Puis, attiré par les contes de Hoffmann, il est obnubilé
par cet objet féminin.
Durant les années 30, s'opère un " jeu ". La Poupée personnifiée
représente la clé de l'œuvre de l'artiste. Déjà, les artistes dada
esquissaient des automates dans leurs productions. Mais, avec Hans
Bellmer, tout paraît différent. L'objet le fascine.
Avec elle, il expérimente le corps humain, qui, petit à petit,
devient, objet de désir.
La poupée de Bellmer est loin des bimbos mauvais genre en plastique.
A taille humaine, elle se compare à une marionnette. Sa première du
moins est en bois et devient son cobaye. L'artiste la maltraite, la
démembrant, la mutilant, la démontant et remontant.
Une confrontation particulière entre le maître et son modèle, qu'il
modèle justement comme il le souhaite.
Il ne faut pas y voir une relation sado-masochiste, mais plutôt un
travail en pleine recherche. Sa seconde poupée se compose désormais
de boules servant de raccords entre les différentes parties du
corps. Les membres se modulent et forment des mannequins hybrides à
deux jambes ou deux pieds. Comme si soudain elle prenait vie, il la
confine dans des lieux vides.
Une dernière touche à sa théâtralisation improvisée : la
photographie qui immortalise ce jouet devenu personnage ou
inversement. D'un coup, lorsque le spectateur scrute ses images, à
tour de rôle, révulsion et fascination s'opèrent.
L'artiste se met à jouer à la poupée, il l'habille, la revêtit de
ses plus beaux habits ou la laisse nue. Un jeu qui devient pervers
et à forte dimension érotique. L'artiste n'a pas l'air rassasié, il
est en quête d'amour.
Le dessin entre alors en compte dans son œuvre. Appliqué, travaillé
au trait, minutieux comme ses orchestrations théâtrales. Douces,
sensuelles, sont les formes épurées.
La figure féminine hante la pensée de l'artiste qui la multiplie à
l'infini dans un amas corporel. Un travail révélateur d'un joli
délire imaginaire. A la fin, on perd pied et on ne sait quelle image
se trouve face à nous. Un langage visuel se met en place. Bellmer
dompte les lignes, incise avec des pointillés, provoque des tensions
avec des courbes. La figure devient visqueuse dans un espace
géométrisé.
Illustrateur, il se rapproche de ses théories. Dans son traité :
Petite anatomie de l'inconscient physique ou l'Anatomie de l'image
(1941-1946, publié en 1957), il s'attarde sur les sensations
inconscientes. Le corps, par ses manipulations extravagantes, par ce
jeu de puzzle, cacherait diverses significations plus ou moins
inexplicables.
Jusqu'à la fin de sa vie l'artiste continue son combat. Chercher
toujours chercher jusqu'où le corps peut aller. Bellmer, un artiste
infatigable et insatiable.
Juliette Couderc
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