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   à l'affiche au jardin des Tuileries

De L’Igloo au Gratte-Ciel

une installation architecturale , un rêve de Québec

 
Dans le cadre du Printemps du Québec, le Jardin des Tuileries (Esplanade des Feuillants) accueille une initiative ambitieuse, à la croisée des chemins de l’architecture, l’installation d’art contemporain, la découverte du Québec par sa nature et ses peuples. A la lecture du titre-synthèse, il faut imaginer un parcours architecturé, fait de bois, d’un peu de fer et de toile, de textes et de sons choisis, évoquant l’appropriation des grands espaces de l’Amérique du Nord et particulièrement ceux du Canada. Les visiteurs sont invités à un voyage temporel et spatial à travers les terres contrastées du Québec, façonnées par la nature ou par les activités humaines. C’est le rapport de l’homme à l’immensité d’un territoire découvert quasiment vierge, l’influence des premières nations comme celle des colons occidentaux sur ce qui est devenu paysage ou resté à l’état " sauvage ".

Pour effectuer ce périple " immobile ", l’architecte Pierre Thibault a imaginé une installation qui se développe sur plusieurs centaines de mètres, et matérialise une traversée selon un axe Nord-Sud. Au fil de ce parcours se dessinent six thèmes, six aires distinctes, véritable typologie ethno-géographique du territoire : le Grand Nord et l’igloo, la toundra et la taïga, la forêt et l’érablière, la plaine et la maison longue, le fleuve, et enfin Montréal et l’urbanité. Plutôt que de choisir les moyens offerts par l’image, Pierre Thibault a donné toute son importance au bois, matériau récurrent aussi bien au Canada que dans son installation. Il est appelé ici à suggérer l’habitat de l’Inuit comme l’érablière ou celui du citadin montréalais, il symbolise de façon stylisée la végétation rase de la toundra ou les arbres de la forêt, il est le support des nombreux textes littéraires. Son utilisation est simple, son apparence brute.

Le bois entend donner accès à la dimension intellectuelle et imaginative du visiteur. L’architecte donne au matériau la fonction de signes, le rôle de repères, celui qui guide. Au delà, c’est au promeneur de faire le reste du chemin vers ce Québec figuré depuis un jardin du coeur de Paris. Seules clés supplémentaires, des ambiances sonores réalisées par des membres des peuples autochtones, et des textes d’une grande beauté qui viennent transcender l’espace construit. Deux auteurs ont particulièrement retenu l’attention par l’amour qui se dégage de leurs mots : Robert Lalonde et Pierre Morency. Ca et là, quelques fauteuils (de bois ....), ont été disposés pour la halte et la réflexion au cours du voyage.

Certes, il faut un peu d’imagination pour se transporter sur cette terre. L’architecte et son équipe procurent le schème de notre parcours, à nous d’extrapoler ce qu’il donne à voir pour créer sa propre vision. C’est une découverte du Québec atypique, débarrassée des poncifs que l’on redoute, résolument contemporaine, avec un fort contenu intentionnel dans son concept. Elle a l’intelligence d’en appeler aux sens, à la fantaisie d’un monde entrevu seulement. Initiative exigeante, ouverte sur un public très large (saluons sa situation en plein air, parcours gratuit), De l’igloo au gratte ciel offre le voyage, mais fait obligation d’une démarche de visite, et laisse toute latitude à l’invention. La proposition architecturée n’impose aucune image toute faite, elle en suscite.

 

Gunther Ludwig
Avril 1999

 


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