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Jean-Marc Bustamante a découvert l'histoire de la photographie à la fin des années 70 grâce à William Klein dont il fut l'assistant.
En 1978, il part en périphérie de Barcelone pour y réaliser une série de photographies. Ces dernières, de grands formats couleur, nous présentent des sites indéfinis, des paysages chaotiques, vides de tout événement et de toute silhouette humaine, nourris uniquement d'un luxe de détails s'annulant les uns les autres, de fragments aspirant à devenir un tout.
Dans cette série, on perçoit déjà une caractéristique constante de l'œuvre de Bustamante, celle qui consiste à faire du paysage un pur objet de vision, un paysage " sans qualités " (Musil) ; obligeant le spectateur à le regarder longuement pour finalement y percevoir le témoignage de sa propre existence : l'incertitude, la fragilité… bref, la finitude humaine.
Ces photographies, qu'il nommera par la suite " Tableaux ", cherchent à aller au-delà du contexte dans lequel elles ont été créées, par un effet de langueur, à tel point que Bustamante aime à les qualifier d' " instantanés lents " qui auraient alors la capacité de transcender l'espace-temps dans lequel elles ont été conçues.
La série des " Cyprès " (1991) s'inscrit dans une démarche similaire à celle des " Tableaux ", en ce qu'elle évoque la peinture abstraite tout en représentant un paysage, donc un sujet, et ce dans une sorte de " allover photographique ". Elle s'en différencie cependant par son format vertical, que Bustamante utilisa ici pour la première fois.
Jean-Marc Bustamante n'est pas seulement un photographe ; il se réfère sans cesse à la peinture, mais aussi à l'architecture (par son intérêt pour les lieux) et à la sculpture. De 1983 à 1987, il travaille en collaboration avec le sculpteur Bernard Bazile, sous le nom de Bazile Bustamante. Puis il crée ses premières sculptures dans lesquelles il incorpore la photographie, créant ainsi de larges installations.
Sa série des " Stationnaires " (1990/ 91), celle des " Ouvertures " (1993/ 96) et enfin celle des " Suspensions " (1996/ 98) attestent de cette double référence à la peinture et à la sculpture. Mais ces allusions, de même que celles liées aux thèmes classiques que sont le paysage et l'architecture, consistent moins en une démarche formaliste qu'en un intérêt intense pour les notions de présence, d'espace, d'apparition/disparition, qu'elles permettent de mettre en œuvre vis-à-vis du spectateur.
L'aspect plastique de ses œuvres se poursuit dans la série des " Lumières ", dont l'idée remonte à 1987, par le biais d'un travail d'appropriation (il re-photographie des anciens clichés issus de livres et de revues) et de transformation (ces images sont ensuite sérigraphiées sur des plaques de plexiglas, en grand format, et accrochées à quelques centimètres du mur). Le mur fait alors partie intégrante de l'œuvre, car il devient son réflecteur et son ombre, tandis que le plexiglas joue le rôle de miroir du spectateur et de l'espace qui l'entoure. Le regardeur se trouve alors confronté à un espace totalement indéterminé, à une révélation lente de l'image.
" Something is missing " (depuis 1995), comme ce titre énigmatique l'indique déjà, poursuit la quête de Bustamante de faire disparaître l'information géographique contenue dans un paysage. Il photographie des parcelles de villes diverses qu'il rassemble en une totalité purement subjective mais aussi existante.
Dans les années 1998-99, Bustamante est revenu au processus de la sérigraphie sur plexiglas d'une image-source préalablement agrandie. Mais cette fois, le point de départ était un dessin conçu par l'artiste et non une photographie. Ce sont les " Panoramas " ; des dessins monochromes explorant encore et toujours l'incertitude liée à l'espace et au temps.
" Je ne sais pas alors dans quelle mesure on est dans la réalité. Ou plutôt, dans quelle réalité on se trouve. Est-ce qu'une image peut durer au-delà des raisons pour lesquelles on la prend ? Que faire pour que l'image reste énigmatique et attirante ? Est-ce qu'on peut la regarder comme une expérience esthétique ? J'espère seulement que ce sont des photos qui aident à vivre.
"
Jean-Marc Bustamante, in : Le Monde du 19/09/1999, propos recueillis par Michel Guerrin.
Florence Cheval
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