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Lost & found

FAT FOA muf

Deux expositions pour un point de vue 
sur la jeune création britannique 

Les années 1990 se retournent déjà sur elles-mêmes au Centre d’architecture Arc en Rêve, qui a choisit de mettre en exergue la jeune création britannique. Nécessité d’une synthèse partielle, besoin de faire le point avant d’aller plus loin ? Ou tout simplement désir de la confrontation publique de travaux qui sont nés de la confrontation ?

Là dessus, le titre des deux expositions, ouvert, suggestif et réducteur à la fois, ne donne pas de réponse immédiate. Il faut plonger au cœur de la démonstration pour prendre conscience des enjeux multiples de cette initiative acidulée et rafraîchissante.

Plutôt que de design, il est plus juste de parler de création(s) pour définir ce que cet essai multiforme propose. La Grande-Bretagne de la dernière décennie aura produit un phénomène devenu presque un leitmotiv en matière de création contemporaine ; l’interpénétration des disciplines artistiques. Design donc, mais plus largement design d’espace, design industriel, graphisme, stylisme, arts plastiques, architecture... constituent la matière d’un parcours pluri et trans disciplinaire. Car chaque créateur, quelque soit son domaine, se nourrit de l’environnement artistique et social au sein duquel il évolue. Mieux, il en sort de plus en plus facilement (naturellement ?) pour travailler d’autres matériaux, quérir des approches singulières, passer du plan aux volumes, de la lumière au son, etc.

Quarante créateurs d’outre-Manche offrent ainsi livres, Cds, photographies, vêtements, revues, films vidéos en témoins, aboutissement plus ou moins achevé de leur démarche. Jusqu’à la scénographie assurée par muf, agence constituée d’une équipe elle aussi pluridisciplinaire. On peut retrouver ses projets dans une exposition contiguë intitulée « FAT Foa muf, jeune architecture britannique », prolongement du regard sur la scène britannique. Trois agences d’architecture qui mêlent société, culture, contraintes économiques dans leurs actions critiques comme leurs projets.

L’essentiel des deux expositions n’est pas tant dans les réalisations s’égrainant, que dans le contenu des messages et l’origine des inspirations de chacun. Car si la quarantaine de créateurs représentée a en commun une réelle expérience et motivation pour des réflexions communes, loin des concepteurs Nick Barley, Stephen Coates et Marcus Field l’idée de faire émerger un discours tendant vers l’unicité des thématiques et des appropriations. Certains créateurs s’opposent franchement sur les questions de recours aux nouvelles technologies, de cycle de vie d’une image ou d’un objet dans un monde consumériste, ou encore de paternité des concepts nationaux ou issus du melting pot.

Il s’agit plus d’une communauté d’attitudes que d’intérêts. Aujourd’hui, artistes et concepteurs décrochent références, inspirations, colères et désirs de réaction aux chaînons d’une culture semblable : poids historique de l’écriture, omniprésence actuelle de l’image, convocation de sources d’influence mélangées, culture cultivée (séculaire et raisonnée) et culture populaire (immédiate et sensible).

Quel est le résultat de ce creuset partagé ? Au delà des approches particulières quoique souvent collectives, se trouve un goût pour la remise en question du champ politique et social au delà de l’application-implication pratique de la création. Si le mouvement moderne, en architecture comme en design, ne voulait voir dans ses réalisations que la réponse à une préoccupation d’efficacité et de fonctionnalité, les artistes britanniques des années 1990 placent leur démarche sur le terrain des idées, politiques, sociales, urbaines, environnementales ou esthétiques. A contrario des trente glorieuses, les bambins du thatchérisme, période de plomb et de règne sans partage, entendent faire de leur pratique un dépassement du stricte cadre artistique. Ainsi, les John Galliano, Alexander Mac Queen, Tom Dixon, Tord Boontje, Vexed Generation, manient humour et critique sociale à rebours des discours idéologiques qui s’opposaient depuis la fin du dernier conflit mondial. Ils font un sort à la bipolarisation comme aux dogmes, aux vagues de mobilisation collective, pour leur substituer une réflexion individuelle ou de groupe restreint, basée sur l’engagement personnel et la défiance à l’égard des systèmes et chapelles.

A la manière -et dans un autre registre- du mouvement Arts and Crafts de William Morris, qui à la fin du XIXè siècle victorien voulait abolir les frontières entre disciplines et surtout entre beaux-arts et arts appliqués à l’industrie, la jeune génération britannique dessine un cheminement que l’on aurait vite fait de qualifier de nouveau. On rappellera ici ce que l’histoire a révélé d’initiatives hardies, prêtes à remettre en cause des modes d’interventions pour plus d’inventions, pour nuancer le propos de Nick Barley sur la dimension novatrice des créateurs actuels. Après tout, la rupture intervient toujours au point d’une courbe qui réserve ses retours de balanciers à ceux qui ont su s’en saisir au moment opportun. Et les travaux présentés à Arc en Rêve montrent combien cette rupture est nécessaire et salvatrice.

Gunther Ludwig

Lost and Found, objets trouvés, design britannique critique »,

FAT FOA muf, jeune architecture à Londres »,

Arc en Rêve, Centre d’architecture

33000 Bordeaux

Rens 05 56 52 78 36

www.arcenreve.com

mél : info@arcenreve.com

Jusqu’au 3 septembre 2000


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