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Le peintre Georges Mathieu, fondateur de l'abstraction lyrique, expose 16 de ses œuvres, dont 14 toiles monumentales de sa collection privée, dans la Petite Ecurie du Château de Versailles, lieu rarement ouvert au public.

Exposition
Mathieu à Versailles

à la Petite Ecurie du Château de Versailles

 

   

Ovni inattendu dans le monde pictural de l'après-guerre, l'autodidacte et théoricien Georges Mathieu fonde dès 1947 une nouvelle esthétique, voire une nouvelle conception du monde. L'abstraction lyrique, en rupture totale à la fois avec le classicisme et l'abstraction géométrique, laisse exploser un chaos de coulures, de giclures et de signatures à même le tube sur des fresques épiques aux titres historiques. Parmi les plus fameuses : Les Capétiens partout ou La victoire de Denain, pièces majeures de l'exposition "Mathieu à Versailles".
 
Connu pour ses réalisations grand public de designer, dont l'ancienne pièce de dix francs représentant une France stylisée ou le premier logo d'Antenne 2, Mathieu est un artiste total. Il dessine des affiches, des timbres, des tapisseries, des usines et même de la vaisselle. Star mondiale de la peinture dans les années 50 et 60, le statut de Georges Mathieu est aujourd'hui plus discret. L'artiste paie-t-il là sa popularité colossale, qui en fit presque un artiste officiel dans la France des années 70 ? Ou tout simplement l'immédiateté faussement familière de ses œuvres ?
Georges Mathieu est donc le pape de ce que l'on a nommé l'abstraction lyrique. Derrière cette appellation paradoxale se cache une esthétique de la vitesse et du mouvement pour lui-même, qui sera le pendant européen de l'expressionnisme abstrait américain. On pense immanquablement au dripping de Jackson Pollock,
l'alter ego de Mathieu outre-Atlantique. Arrivé de nulle part, en rupture totale avec l'héritage esthétique de son époque, Mathieu crée un nouveau langage, affranchi de toute grammaire. Au carrefour de l'action painting, du shodô (l'art japonais de la calligraphie) et de la performance, Mathieu enchaîne les signes sur la toile avant même qu'ils n'aient un sens, il en capture la dynamique plus qu'il ne les fige. La fameuse expression d'André Malraux à propos de Georges Mathieu a donc souvent été la source d'un malentendu. L'artiste n'est pas vraiment le premier "calligraphe occidental", il ne se fait pas l'interprète d'un langage préexistant. Peignant avec tout son corps, son art a davantage à voir avec la transe à la fois improvisée et maîtrisée d'un chaman. Selon les termes qu'emploie Mathieu lui-même dans le catalogue de l'exposition, la définition de l'abstraction lyrique est la suivante : « Peindre une œuvre qui se suffit à elle-même et rend caduc tout ce qui la précède. »

L'exécution des tableaux de Mathieu constituait en fait une œuvre en soi, une danse mystique et énergique, peut-être même supérieure à sa finalité. Elle a d'ailleurs souvent fait l'objet de retransmissions télévisées, au terme desquelles les toiles étaient parfois détruites, purement et simplement. La dimension de risque, d'échec et de renouvellement permanent du geste sont au cœur de son discours. Mathieu est avant tout le peintre de l'instinct et peint ses toiles sans préméditation, en quelques minutes ou quelques heures.

On ne peut donc pas s'empêcher de tisser un lien fort entre l'art de Mathieu et celui de la rue. L'artiste affectionnait d'ailleurs de peindre en public, voire en musique, comme le font aujourd'hui les grapheurs. Chez Mathieu, comme dans les graffitis qui colonisent les murs, l'urgence de l'expression prime souvent sur le contenu du message, et la beauté immédiate et complexe du code sur sa signification. L'installation vidéo diffusée dans cette exposition montre justement Mathieu à l'oeuvre, exécutant un ballet félin qui évoque certaines chorégraphies de la danse hip hop. Les matières et les couleurs acidulées sont parfois communes, Mathieu ayant été l'un des premiers à employer de façon systématique les peintures et les laques industrielles. L'une des toiles exposées, Erzurum, datant de 1978, annonce d'ailleurs clairement l'esthétique et la composition des graphes contemporains.
 
Sylvain Gourgeon

Exposition du 5 mai au 2 juillet 2006 - entrée gratuite
Tous les jours sauf le lundi, de 12h30 à 18h30
Petite Ecurie du Roi, face au Château de Versailles

Mathieu à Versailles - Catalogue d'exposition
Editions de la Réunion des musées nationaux
Disponible sur place et à la librairie du Château de Versailles

Mathieu / rétrospective
Catalogue de la rétrospective Mathieu à la Galerie du jeu de Paume (juin-octobre 2002)
Galerie Nationale du jeu de Paume / Silvana Editoriale
Normalement disponible à la librairie de la Galerie du Jeu de Paume

 

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Le site de l'Expo au Château de Versailles

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