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Angel de Munter

un photographe libre

« Je porterai un chapeau, vous saurez me reconnaître » m’avait-il dit au téléphone pour convenir du rendez-vous. Il ne m’a pas menti. Emmitouflé dans un long manteau beige, le photographe Angel de Munter est ponctuel. Il m’attend devant le restaurant Dell’Orto, de son quartier parisien du 9e arrondissement. Je lui serre la main, il me remercie de lui consacrer un peu de temps. Il me devance dans le restaurant, salue la serveuse et passe la tête en cuisine. Il m’annonce qu’il a élaboré notre menu. Tout un programme !

 

Pour votre première exposition à Paris, quel travail avez-vous choisi de présenter ?

Je souhaitais partager mes impressions de voyage. Depuis dix ans, je réalise des photos à travers le monde. Je présente aujourd’hui mon regard sur ces pays. Une cinquantaine de photos sont exposées dans un espace atypique consacré à l’optique. Cette sélection de photos vous promène dans les rues de Rio, de Buenos Aires, ou d’Essaouira. Il s’agit de moments de vie. Les passants, les lieux et les objets forment un tout. Cette exposition est une invitation au voyage.

Vos sujets ne posent jamais, ils semblent ignorer l’objectif. Est-ce un parti pris ?

Pour moi, c’est l’instant qui compte. J’aime le naturel, le vivant. Tant que les choses ne sont pas vulgaires, tout est permis. Je ne pose jamais de jugement sur la beauté ou la laideur, tout a un sens. Les photos posées appartiennent à une autre catégorie qui ne correspond pas à mon travail.

Toutes vos scènes sont empreintes de poésie et de légèreté. Est-ce qu’on pourrait les définir ainsi ? Etes-vous un poète ?

Je ne supporte pas le voyeurisme, le non respect des gens et des lieux que je rencontre. Je travaille sans commandes précises, c’est ma liberté. Je ne recherche pas des photos chocs. Elles trouvent leur force dans le réel et l’irréel. Mon but est de photographier le quotidien. C’est là mon seul objectif. Si la poésie consiste à saisir et à transmettre une certaine beauté du monde, son mystère aussi, alors oui, je suis un poète.

Il y a quelque chose de baudelairien dans vos photos ?

Oui, peut-être. J’adore flâner, c’est un peu une philosophie de vie qui se développe d’années en années. C’est aussi un privilège que je me suis accordé avec l’âge. Prendre le temps, c’est apprendre à regarder. C’est un bonheur immense de suspendre le temps et de saisir l’instant, qui sera différent la minute suivante.

Il y a peu de scènes de Paris ? Ce voyage ne vous intéresse pas ?

Si, Paris m’inspire, j’y reviendrai plus longuement dans une prochaine exposition.

Avez-vous une photo préférée ?

Difficile de choisir, elles sont toutes importantes à mes yeux… S’il ne devait en rester qu’une, ce serait sans doute celle qui se nomme « La Baraque ». Il y a dans cette photo une véritable énergie et une profonde mélancolie. Un mélange qui me correspond.

Comment travaillez-vous ?

Je n’ai ni programme, ni sujet. J’ai toujours un appareil photo sur moi, un Leica numérique, que j’utilise tous les jours… La magie du quotidien m’apporte la matière ! C’est sans doute le luxe suprême que permet la passion.

Ce désir de capturer des scènes de vie est-elle une constante de votre travail ?

Tout à fait. Je suis un amoureux de la vie, j’aime saisir les instants, les gens dans leur quotidien, la couleur et l’ambiance des lieux. L’homme qui travaille m’intéresse également. Comme avec la photographie « Force » que j’ai prise en Argentine. Elle représente des hommes en bleu de travail avec leurs casques qui unissent leur force. Même chose avec la scène de l’échafaudage de « Work in air » prise à Rio, c’est une simple scène de leur vie.

Comment la photographie est elle entrée dans votre vie ?

J’ai étudié à l’Ecole Supérieure d’Art et d’Industrie graphique de Paris. Mais, l’envie de photographier vient de mon enfance. Je garde intact le souvenir d’une découverte fabuleuse chez ma grand-mère : des plaques photographiques du début du siècle ! Un objet fascinant pour un petit garçon. La magie a opéré. Cette passion ne m’a plus quitté. Mes premières photos étaient proches de la peinture, j’aimais travailler la lumière. Du paint light avant l’heure. Il ne faut jamais oublier son enfance…

Votre approche est-elle la même pour les paysages que pour les portraits ?

Non, mon mode opératoire reste le même. Je me promène en voiture, et le paysage m’interpelle. Le paysage est comme un personnage qu’on rencontre. Il n’y a pas de différence de traitement. Il fait partie de notre vie.

Quel est votre souvenir de photographe le plus marquant ?

Sans hésiter, Cuba, dans les années 90 car je n’ai pas pris de photos. A l’époque, il aurait été indécent de prendre quelques clichés, je me suis autocensuré. J’ai souhaité rapporter des impressions de voyage sans tomber dans la facilité. J’espère avoir réussi à transmettre dans mes photos l’atmosphère du carnaval de Rio ou des quartiers de Buenos Aires.

Le match photo couleur versus noir et blanc ? Comment utilisez-vous l’un ou l’autre ?

Je fais systématiquement une photo noir et blanc et son double en couleur. Et ce sont deux photos souvent très différentes dans leurs expressions. Les couleurs décrivent parfois mieux l’atmosphère, la vie. J’aime l’idée de donner une ambiance différente à la même scène. C’est exactement comme notre existence. A chaque moment correspond une palette infinie d’émotions et nous choisissons, ou nous subissons, la couleur dominante, la teinte de notre état d’esprit à cet instant. Sur la photo « Les carrés d’Hermès », je voulais que les couleurs claquent. Mais, tout dépend de la lumière. Les couleurs sont douces et pastels dans les « Nuages sur la plage », elles donnent un air des années 50 à ce tableau de notre époque. A l’inverse, le noir et blanc peut renforcer la puissance d’une émotion.

Où vous situez-vous par rapport à la retouche photos ?

Je n’ai pas besoin de pratiquer des retouches, au mieux j’efface les taches du capteur. Je préfère les photos au naturel. La vie est comme elle est, la photo aussi. Belle, laide, imparfaite ou surprenante. Même floue !

Quelles sont vos influences ?

La construction des Estampes d’Hokusai, ou les dessins d’Escher ont influencé mes cadrages. Pour moi, le cadrage reste l’élément essentiel.

Quels sont vos projets en cours ?

Trouver de nouveaux angles de prise de vue, introduire d’autres éléments dans la construction de la photo, mais en suivant le même mode opératoire avec la même passion. En parallèle, je collabore à d’autres projets, et je prépare une nouvelle exposition…

Propos reccueillis le 8 janvier 2011
par Caroline Fayolle


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« L'ESPRIT VOYAGE », par Angel de Munter
Exposition jusqu'au 28 février 2011
Chez L'artisan du regard - 35 rue des Martyrs - 75009 Paris

Bio express
Angel de Munter est né le 24 août 1959 sur les bords de Loire. Diplômé d’Estienne « Ecole Supérieure d’Arts et d’Industries Graphiques » à Paris, il a collaboré pour de nombreux magazines. C’est aussi un collectionneur d’archéologie chinoise et un spécialiste de la musique Baroque. Il réside à Paris.


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