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Nan Goldin,
Journal intime

 

« Nan Goldin, Le feu follet »

Rétrospective au Centre Georges Pompidou

Nan Goldin David at Grove Street Boston 1972
Courtesy Nan Goldin

Le Centre Georges Pompidou consacre une importante rétrospective à la célèbre photographe américaine Nan Goldin. L’exposition rassemble près de 350 œuvres, dont 200 sont encore inédites. Ceci est l’occasion de revenir sur l’ensemble de l’œuvre de cette artiste hors du commun qui a révolutionné la photographie contemporaine.

Nan Goldin dit avoir commencé à prendre des photos à l’âge de 16 ans, suite au suicide de sa sœur, alors qu’elle vivait à Washington dans une famille bourgeoise. Cet événement peut effectivement être considéré comme symptomatique de la démarche qu’elle développera par la suite ; celle de prendre en photo tous ses proches, sans arrêt, à chaque moment de leur vie, comme pour répondre à une nécessité intérieure de conserver une trace de ceux-ci.
En 1972, elle entre à l’Ecole des Beaux-Arts de Boston, où elle fait la connaissance du premier membre de ce qu’elle appellera sa « famille élargie » et qu’elle photographiera tout au long de sa vie : le photographe David Armstrong. Ce dernier devient drag queen et permet à Nan Goldin de faire la connaissance de ce milieu alors très underground, qu’elle photographie « tous les jours, comme pour un album de famille ».
A cette époque de la vie de Nan correspondent de nombreuses photos, en noir et blanc, de ces drags, prises dans les bars lors de concours de beauté mais aussi dans leurs instants les plus intimes. Pour Nan Goldin, il s’agit avant tout de photographier non pas des drag queens ou des marginaux, mais des personnes qui sont ses amis : ses photographies ne visent pas à choquer le public, puisqu’elle pose sur ceux qui l’entourent un regard purement subjectif, compassionnel.

Nan Goldin Misty and Paulette in a taxi NYC 1991
Courtesy the artist and Matthew Marks Gallery

Nan Goldin Self-Portrait
on the train germany 1992
Courtesy the artist and Matthew Marks Gallery

Elle déménage ensuite en 1978 à New York, et passe du noir et blanc à des couleurs saturées, baignées dans une lumière artificielle. C’est à cette époque que prend naissance le projet intitulé « The Ballad of Sexual Dependancy » qui la rendra célèbre : c’est une œuvre qui, à l’état final, sera constituée d’environ 800 diapositives projetées en boucle, accompagnées de chansons des Velvet Underground, Maria Callas, James Brown… qui mêlent donc blues, reggae, rock et opéra, et qui constituent en quelque sorte la voix narrative de l’œuvre. Cet ensemble, qui n’était à son début qu’une performance où Nan Goldin faisait elle-même glisser chaque diapositive dans l’appareil, expose les thèmes de l’esthétique punk que sont la fête, la dope, le sexe, et l’angoisse.

Et, au-delà, elle scrute les tabous sociaux, interrogeant les notions figées que sont le féminin et le masculin : « C’est un travail sur la guerre entre les hommes et les femmes, la violence masculine, les dépendances à l’égard du sexe, des drogues, de l’amour aussi. Le vrai sens, c’est une colère contre les hommes ». La photographie intitulée « Nan one month after being battered », un autoportrait pris quelques temps après avoir été battue par son petit ami, où elle avait manqué perdre un œil, en atteste. Cette dernière appartient aussi à la série intitulée « All by Myself », une série de diapositives montrant son propre délabrement physique et mental durant cette période.

« The Ballad of Sexual Dependancy », dont l’élaboration dura 16 années, est aussi une œuvre politique et un portrait social de la contre-culture américaine, suivant les divers combats de Nan Goldin et de ses proches.

Puis c’est l’époque de l’apparition du sida, que Nan Goldin devra vivre au travers de nombreux amis. En 1988, elle entame une cure de désintoxication à Boston. Ses photographies évoluent vers des couleurs plus naturelles, prises à la lumière du jour. Elles conservent la trace de ses amis décédés par l’image de pièces, d’appartements désormais vides.

« The Cookie Portfolio » appartient à ces années où la mort est omniprésente. Il montre son amie et artiste Cookie Mueller en pleine santé puis son déclin progressif, jusqu’à l’image de son corps dans un cercueil. La photographie reste encore et toujours un moyen pour Nan Goldin de tenter de restituer l’histoire d’une vie, celle de ses amis proches, comme une sorte de documentaire, de journal intime.

Nan Goldin Joana à l'hôtel 
Valerie et Reine dans le miroir Paris 1999
Courtsey nan Goldin

Nan Goldin Cookie in her casket NYC November 15 1989 Courtesy Nan Goldin

Nan Goldin Positive Grid 1994-2000
Créé pour Diary AIDS Show Turin Italie
Courtesy Nan Goldin

Dans les années 1990, au-delà de la poursuite de son travail sur les drag queens (« The Other Side », 1992) et sur ses proches touchés par le sida, elle entreprend un voyage en Asie. A Tokyo, elle rencontre Araki, avec qui elle expose et publie un livre, « Tokyo Love ». Nan Goldin s’attache alors à représenter la sexualité des jeunes en Asie, thème qui, au fond, se fait l’écho de son propre univers.
En 1996, le Whitney Museum of Art de New York lui consacre sa première rétrospective, intitulée « I’ll be your Mirror », titre repris d’une chanson des Velvet Underground. Nan Goldin l’a choisi  car ces derniers ont toujours eu une influence importante sur elle, mais aussi car un ami venait de lui écrire qu’il ne s’était jamais vu aussi nettement dans une de ses photos, qui était pour lui comme un miroir de son âme.

Nan Goldin vit aujourd’hui à Paris. Elle s’est intéressée récemment aux paysages pour ce qu’ils peuvent évoquer de vide et de néant, elle a pris encore de nombreuses photos de couples mais avec des sentiments de tendresse qui les distinguent de l’ambiance de destruction qu’elle montrait dans les années 80. Elle utilise désormais de nouveaux formats de présentation de ses photos ; elle les présente en grilles, pour éviter la frustration que crée chez elle la présentation d’une image seule.
Björk est l’auteur de la composition musicale de son nouveau diaporama produit par le Centre Georges Pompidou, « Heart Beat ». Cette œuvre montre que Nan Goldin a changé : « Je veux continuer à vivre sans être obligée de passer par la douleur et la souffrance. L’amour que je partage avec mes amis, leurs enfants, me permet de continuer ». Le glamour de l’autodestruction a aujourd’hui disparu. Mais cette autobiographie visuelle et intime se poursuit encore et toujours.

Florence Cheval

“Nan Goldin, Le feu follet”
Rétrospective au Centre Georges Pompidou - Galerie sud, Niveau 1
- 75004 Paris
Tous les jours sauf le mardi de 11h à 21h - Du 11 octobre au 10 décembre 2001
www.centrepompidou.fr

Un site perso très riche en reproductions :
http://users.skynet.be/aftercrash/nangoldin.htm

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