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Où commencer lorsque l'on rentre dans le Palais de
Tokyo ? Gigantesque il s'est transformé en un terrain miné, presque
dangereux. Les nouveaux envahisseurs ne sont qu'en autre des
artistes et leurs toiles, symboles de la décadence sociale, ou, au
contraire, révélatrices d'un monde en perdition. De l'espoir ?
Difficile d'en voir et d'en constater…Mais poursuivons.
Cette exposition est une perpétuelle interrogation et
un petit cabinet de curiosité.
D'abord, on déambule, on regarde d'un bref coup d'œil. Il est
nécessaire de revenir sur certaines œuvres. Puis, en s'arrêtant
attentivement on commence à comprendre le message qu'on veut nous
faire passer. Un jeu s'opère lors de ce parcours artistique, car le
spectateur participe. Oui, le plus frappant c'est qu'il s'active,
emprunte des passages pour rechercher une œuvre.
Il y a cette carcasse d'avion, réalisée par Adel
Abdessemed qui se réfère aux incidents produits ces dernières
années. Tourner autour de cette sculpture donne des frissons. Moins
rassurantes, les matraques de Kader Attia, déposées sur un mur
blanc, matérialisent la violence policière ou la violence en
général. De loin, drôle d'effet, l'ensemble paraît abstrait.
Dans le même registre, le monde perdu, Lost world
de Saâdane Afif, où un trou béant en activité ne cesse de tourner,
annonce de mauvais présages.
Tout fait de société est relaté par ces artistes qui
ont su observer.
Dans une autre pièce : la pollution et autre menace
envahissent la planète. La chambre enfumée de Leandro Elrich est si
réaliste ! Un véritable fumoir repoussant ! Quant au nuage vaporeux
de Laurent Grasso, il suffit de s'avancer puis de reculer légèrement
pour découvrir qu'il nous poursuit.
La sculpturale ossature d'Abdessemed (seconde œuvre
de l'artiste) laisse perplexe, métaphore de la vie ou de la mort ou
bien les deux ?
Quant au caddie bien rempli de Mathieu Lorette, il
rappelle notre trajet de consommateur perpétuel et malheureusement
dévoué. Réaliste et triste. Cependant, une vidéo explicite montre
l'artiste qui tente de trouver une solution.
Certains vidéastes et photographes partagent la même
opinion, retranscrivant à travers leurs iconographies fixes ou
mobiles, les injustices et les inégalités entre chaque pays.
Wang Du, enfin, par ses papiers dispatchés par terre,
démontrent le pouvoir des médias envahissants.
Mais n'allez pas croire qu'il n'y a que du
pessimisme. Non, ces artistes témoignent.
D'autres rêvent à travers un monde fantastique. Le Batman, au ventre
rebondi, de Virginie Barré, survolant les airs, fait décocher un
sourire car finalement il perd son côté super-héros pour entrer dans
la banalité de la représentation du corps humain.
Le mur à la tonalité rose dominante et aux allures de
manga de Michael Lin, apaisent nos sens. Les vacances du groupe
Kolkoz, réalisées comme un jeu de Psp, remémorant les Sims, apporte
de la gaîté.
Les aquarelles de Rebecca Bournigault sont tout
simplement belles. Son dessin, empreint de réalisme, reflète l'être
humain. Les personnages, sous forme de portraits, expriment d'un
regard leur intériorité.
Touche fantaisiste, cette petite cabane de Fabien
Verschaere. Y pénétrer c'est s'imprégner de ses rêves et de leurs
magies.
Art Minimal, Pop, hommages à l'ancienne avant-garde
picturale, la génération nouvelle n'oublie personne. Qui a dit que
la jeunesse était si insouciante et si confiante ? Cette exposition
est un bilan réfléchi et démontre qu'elle se sent concernée par son
avenir. L'art est tout simplement l'arme la plus efficace qu'ils
aient trouvée. En voilà une belle leçon de morale.!
Juliette Couderc
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