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Photo : Pierre Verger - Moorea, Polinesia (36026), 1933 Photo : Pierre Verger - Habitants de Niamtougou, Togo (1936) Photo : Pierre Verger - Candomblé Joaozinho Da Gomea, São Caetano, Salvador. 1946

PIERRE VERGER, exposition à la galerie VU
2, rue Jules Cousin, Paris 4e
Jusqu'au 28 janvier 2006

C’est en 1932 que Pierre Verger s’initie à la photographie, indissociablement liée à ses voyages.
La Galerie VU présente ses images du Brésil des années 50 ; des tirages contrastés dévoilant la qualité esthétique de l’œuvre de Verger. Jeux d’ombres et de lumière, contre-jours, Verger sait manier la lumière dans un pays où elle est chaude et cuisante.

L’exposition nous montre un reportage léché (Verger avait des commandes auprès d’agences, de journaux et des centres de recherche) sur la vie quotidienne, les fêtes populaires et le milieu naturel de Bahia. Le spectateur ne peut que ressentir l’esprit d’ethnologue qui transparaît à travers chaque image. En somme, une vision qui se veut témoin de la réalité pure, un constat humaniste.

D’autre part, les corps, et surtout les visages sont omniprésents dans l’œuvre de Verger. Il est très intéressant de comprendre son approche lorsqu’on le compare à des photographes brésiliens comme Carlos Freire ou encore le contemporain Miguel Rio Branco.

Carlos Freire - Enfants

Verger se pose comme le voyageur à la fois nomade et scientifique pour qui les étrangers deviennent des amis dont il veut connaître la vie en détail, tandis que Freire impose ses modèles fièrement ; ces derniers ont une prestance naturelle digne de personnages célèbres (Favela Morro, azul, Bresil, 1984).

Aussi, Miguel Rio Branco nous expose, quant à lui, un travail de plasticien. Son livre Plaisir la douleur, édité suite à l’exposition éponyme à la Maison Européenne de la photographie, ne fait mention d’aucune date car il ne veut aucune chronologie ni rétrospective. Ce photographe agit par pulsion et son œuvre est résolument sentimentale, mêlant sensualité (couleurs chaudes et étouffées), bestialité (beaucoup de sang et de chair écorchée) et marqué par l’extraordinaire mixage du Brésil. On va et vient entre le plaisir et la douleur.

Le regard de Verger est celui d’un reporter avide de témoigner de la vie, des coutumes ; sa bienveillance transparaît et l’on comprend qu’il se soit installé à Bahia pour y vivre, au milieu d’un peuple, dans « un climat chaleureux, d’une grande cordialité » et qu’il s’y soit parfaitement intégré.

Freire, enfin, pose une distance entre lui et ses modèles, qu’il s’agisse d’enfants des rues de Rio de Janeiro, ou de Roland Barthes ; il y a un profond respect de la part du photographe.

Ces trois visions portées sur le Brésil à trois époques différentes (1950 ; 1970 et 2000) font clairement apparaître, sociologiquement et artistiquement, l’empreinte que laisse ce pays, à l’honneur cette année en France.

Lorraine Karleskind

 

Exposition « Pierre Verger, œuvre photographique, 1933-années 1950 », au Jeu de Paume, site Sully, Hôtel de Sully, 62 rue saint Antoine, 75004 Paris, jusqu’au 25 décembre 2005.

« Carlos Freire, Carnets de route, photographies 1978-2005 », Maison Européenne de la Photographie, 5-7 rue de Fourcy, Paris 75004, jusqu’au 8 janvier 2006

Plaisir la douleur, Maison Européenne de la photographie, Textuel, Galerie

Voir aussi :

Le site de la Galerie VU

Le site de Pierre Verger

 


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