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La révolution surréaliste

au Centre Georges Pompidou
Jusqu'au 24 juin 2002

Sous l'impulsion des ses commissaires-organisateurs Isabelle Merly et Werner Spies, le centre Pompidou propose une rétrospective conséquente de ce que fut "l'âge d'or" du Surréalisme. Soit une période allant schématiquement du début des années vingt jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Toutefois, l'intitulé nihiliste de l'exposition: "La révolution surréaliste" se situe en contradiction apparente avec l'agencement fort paisible des œuvres présentées...

Les quelques 600 pièces rassemblées dans le cadre de cette exposition dérouteront probablement les spectateurs disposant d'une vision lointaine du Surréalisme ou ceux dotés d'alarmes psychiques réactives face à une altération soudaine du réel. Qu'elles soient positives ou inquiétantes, d'ailleurs.
L'intention des auteurs de tableaux intitulés: "Le grand masturbateur" ou "la durée poignardée" consista effectivement, ayant fait "table rase du passé", à créer des univers inconnus avant eux. L'imagerie de ces mondes sur-réels fut amplement générée par une somme de fantasmes et d'hallucinations reconsidérés, dans la mesure du possible, comme médiums de travail par ces artistes et écrivains es-transgressions.
Nous sommes donc indubitablement face à une révolution. Mais une révolution aboutie et non permanente, comme cela se produit fréquemment dans l'Histoire.
Car il ne s'agissait pas en 1920 pour André Breton et ses complices de reproduire indéfiniment l'attitude dadaïste édifiée quelques années plus tôt par Tzara à Zurich.

Par crainte justifiée de sclérose à court terme. Ce parti pris, soit-dit en passant, mériterait d'être sérieusement étudié par nombre de nos artistes contemporains.
L'urgence issue de l'abomination de la grande guerre, les excès (déjà) du capitalisme triomphant et la pensée monolithique (id) exigeaient des esprits investigateurs et des créations de formes inédites. Voici en quoi le Surréalisme se distingue d'un mouvement de révolte habituel. Les collages hautement suggestifs de Max Ernst (la femme 100 têtes), dont la réalisation minutieuse semble produite numériquement avant l'heure, suffiraient à eux seul à prouver l'entière réussite du postulat surréaliste.
Le fait que le Surréalisme appartiennent un jour au musée représente probablement la considération à laquelle Breton devait le moins s'attarder. Le Temps et sa puissance, quatrième dimension selon les relativistes, demeure cependant un maître d'œuvre incontournable. De Chirico, Magritte et Matta sont donc aujourd'hui commentés par des conférenciers et de nombreuses écoles initient leurs élèves au voyage surréel le temps d'une sortie muséale.

Celle proposée actuellement par Beaubourg suscite de nombreuses réactions. Voici après tout un clin d'œil plaisant en mémoire de ceux qui n'hésitaient à faire le coup de poing dans les rues de Paris pour défendre -et promouvoir- leurs convictions. La principale réserve que nous pouvons émettre réside dans la trop grande linéarité physique et chronologique des documents et des œuvres plastiques exposés. Le MNAM nous a largement prouvé qu'il savait faire preuve de créativité et même de fantaisie utilisée à bon escient lors de manifestations récentes (le Pop art, Hitchcock…).
Or, "La révolution surréaliste" donne paradoxalement une impression de conformisme assez frustrante. Nous eussions vivement apprécié des pièces obscures pourvues d'objets d'époque étrangement éclairés, des films d'archives et d'essais captivants ou encore un accrochage de toiles daliniennes plus… surréel.
Le meilleur prétexte pour assister à cet événement reste finalement la découverte d'œuvres rarement montrées en France et de pièces insolites (le pan entier de mur décoré par Ernst dans sa maison d'Eaubonne, les "cahiers" d'André Breton et leur célèbre écriture verte…).
Par ailleurs, en ces temps de loftisation mondiale de la culture, exactement ce contre quoi les surréalistes se dressèrent, les termes de "révolution" et de "surréaliste", même monnayables à 8 euros l'entrée, n'exhalent t'ils par de merveilleuses senteurs aurorales?

Thibaut Moinard

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