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Picto : Théo Van Rysselberghe @  BOZAR expo

Rétrospective d’une modernité : Théo Van Rysselberghe, du 10 février > 21 mai 2006, au Bozar Expo de Bruxelles (Belgique), rue Ravenstein 23.

 

Pour ceux qui s'intéressent au mouvement impressionniste et à ces curiosités, les Bozar de Bruxelles consacre une grande rétrospective de plus de 210 tableaux. Une autre manière de jeter un regard sur cette période cruciale de la fin du 19ème siècle que l'exposition du Musée de la Ville de Paris sur Pierre Bonnard. Les amoureux de l'impressionnisme, et plus particulièrement du pointillisme et de son courant divisionniste (divisions des tons), auront encore à s'ébahir devant les petits points de couleur et autres fragmentations perceptives du terreau de la modernité picturale. De son vivant, Van Rysselberghe était un peintre belge, qui, loin de se confiner dans des marginalités de l'avant-coureur ou de visionnaire, se plaisait en la compagnie de Seurat et de Toulouse-Lautrec, ces deux illustres confrères français. Intime d'Emile Verhaeren, d'André Gide ou de Paul Signac, il participa activement au groupe des XX sous la conduite de l'avocat Octave Mauss. Au centre de l'avant-garde bruxelloise des XX et de la Libre Esthétique, qui prit naissance dans les années 1880, ce peintre manie le brio d'un affinement de sa palette. Issu de la tradition flamande et originaire de Gand (naissance en 1862), comme bon nombres d'écrivains du symbolisme belge (Maurice Maeterlinck, pour ne citer que le plus célèbre), il se hissera tour à tour comme chercheur de lumière, dès ses premières œuvres et son premier voyage au Maroc comme au Luxembourg. Ne voit-on pas en lui cet attrait pour le reportage esthétique ? Van Rysselberghe a tout de l'artiste talentueux et réussi, trop réussi diraient certains, dès ses premiers pas jusqu'à la fin de son périple humain en décembre 1926.

L'exposition tente de montrer non seulement l'engagement d'un artiste au centre des mondanités entre Paris et Bruxelles et de l'avant-garde du pointillisme, mais aussi la répercussion de l'art moderne dans le canevas de la société de l'époque. L'impact ne se laissera pas de se faire sentir et de lancer l'art belge dans la contemporanéité de la recherche artistique. On pourrait même pressentir les chemins de traverse et d'avant-garde de bon nombre de peintres belges qui le suivront, notamment les James Ensor, Magritte ou encore Broodhaerts. Mais le plus singulier dans l'œuvre de cette artiste, c'est cette manière de concilier l' école flamande avec l' école française en plein bouleversement l'une et l'autre. Les nombreux voyages aux Pays-Bas et notamment dans ses débuts à Harlem, ville de Franz Hals comme en France, signalent et particularisent dans son parcours personnel.

D'autant plus exemplaire, cette exposition s'attache à mettre l'accent sur l'inédit, aux côtés d'œuvres plus connues, mais la plupart des œuvres se réunissent pour la première fois en l'honneur dépoussiéré de la consécration d'un nom un peu oublié dans l'histoire main-stream de l'Impressionnisme. Plus de cent cinquante œuvres sont sortis des collections privées de par le monde pour l'évènement signé par le commissaire Olivier Bertrand. Certaines œuvres sont incontestables de beauté, notamment Emile Verhaeren dans son cabinet (1891-1892), Femme en bleu vue de dos (1886) ou Le campement devant Méquinez (1888), première œuvre néo-impressionniste. C'est l'année 1886 qui marquera notre peintre au regard de l'héritage du réalisme lors de la venue de Claude Monet et Auguste Renoir à l'exposition des XX à Bruxelles. Et ces premiers essais pointillistes suivront dans le traitement des paysages et motifs lors de son troisième voyage au Maroc en 1887-1888. Dans la foulée de ses expérimentations, sa technique lui permettra d'abandonner progressivement les pointillés des couleurs pour des touches plus larges en vue de donner plus de mouvements et de volumes à ces portraits ou aux scènes de familles ou de groupe. Un différend esthétique entre Signac et lui daterait d'un de ces séjours à St Tropèz lui rendant visite en juillet 1898. Son tableau La pointe St Pierre à St Tropèz (1896) témoignerait encore des accords avec le chef de fil français et avec son Bout de la mer (Le sentier de la Douane), mis côte à côte dans l'exposition. Il ne s'en détachera complètement que vers 1905-10 pour retrouver un style plus fluide, plus réaliste et coloré. On voit en ce peintre une tendance à concilier les motifs de la tradition et cette quête du nouveau, dans ce balancement de maîtrise et de cette pointe acerbe contre l'évidence, annonciateur des éclaboussements ultérieurs. Italo Calvino pourrait y lire la personnalité et l'œuvre d'un classique pour ces successeurs en rupture plus radicale.

Dimitri Jageneau

 

Expositions :

Jusqu'au 21 mai 2006, Théo Van Rysselberghe, Bozar Expo, Palais des Beaux Arts, rue Ravenstein 23, Bruxelles (B) www.bozar.be

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