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Pour ceux qui s'intéressent au mouvement impressionniste et à ces
curiosités, les Bozar de Bruxelles consacre une grande rétrospective
de plus de 210 tableaux. Une autre manière de jeter un regard sur
cette période cruciale de la fin du 19ème siècle que l'exposition
du Musée de la Ville de Paris sur Pierre Bonnard. Les amoureux de
l'impressionnisme, et plus particulièrement du pointillisme et de
son courant divisionniste (divisions des tons), auront encore à
s'ébahir devant les petits points de couleur et autres
fragmentations perceptives du terreau de la modernité picturale. De
son vivant, Van Rysselberghe était un peintre belge, qui, loin de se
confiner dans des marginalités de l'avant-coureur ou de visionnaire,
se plaisait en la compagnie de Seurat et de Toulouse-Lautrec, ces
deux illustres confrères français. Intime d'Emile Verhaeren, d'André
Gide ou de Paul Signac, il participa activement au groupe des XX
sous la conduite de l'avocat Octave Mauss. Au centre de
l'avant-garde bruxelloise des XX et de la Libre Esthétique, qui prit
naissance dans les années 1880, ce peintre manie le brio d'un
affinement de sa palette. Issu de la tradition flamande et
originaire de Gand (naissance en 1862), comme bon nombres
d'écrivains du symbolisme belge (Maurice Maeterlinck, pour ne citer
que le plus célèbre), il se hissera tour à tour comme chercheur de
lumière, dès ses premières œuvres et son premier voyage au Maroc
comme au Luxembourg. Ne voit-on pas en lui cet attrait pour le
reportage esthétique ? Van Rysselberghe a tout de l'artiste
talentueux et réussi, trop réussi diraient certains, dès ses
premiers pas jusqu'à la fin de son périple humain en décembre 1926.
L'exposition tente de montrer non seulement l'engagement d'un artiste
au centre des mondanités entre Paris et Bruxelles et de
l'avant-garde du pointillisme, mais aussi la répercussion de l'art
moderne dans le canevas de la société de l'époque. L'impact ne se
laissera pas de se faire sentir et de lancer l'art belge dans la
contemporanéité de la recherche artistique. On pourrait même
pressentir les chemins de traverse et d'avant-garde de bon nombre de
peintres belges qui le suivront, notamment les James Ensor, Magritte
ou encore Broodhaerts. Mais le plus singulier dans l'œuvre de cette
artiste, c'est cette manière de concilier l' école flamande
avec l' école française en plein bouleversement l'une et
l'autre. Les nombreux voyages aux Pays-Bas et notamment dans ses
débuts à Harlem, ville de Franz Hals comme en France, signalent et
particularisent dans son parcours personnel.
D'autant plus exemplaire, cette exposition s'attache à mettre
l'accent sur l'inédit, aux côtés d'œuvres plus connues, mais la
plupart des œuvres se réunissent pour la première fois en l'honneur
dépoussiéré de la consécration d'un nom un peu oublié dans
l'histoire main-stream de l'Impressionnisme. Plus de cent
cinquante œuvres sont sortis des collections privées de par le monde
pour l'évènement signé par le commissaire Olivier Bertrand.
Certaines œuvres sont incontestables de beauté, notamment Emile
Verhaeren dans son cabinet (1891-1892), Femme en bleu vue de dos
(1886) ou Le campement devant Méquinez (1888), première
œuvre néo-impressionniste. C'est l'année 1886 qui marquera notre
peintre au regard de l'héritage du réalisme lors de la venue de
Claude Monet et Auguste Renoir à l'exposition des XX à Bruxelles. Et
ces premiers essais pointillistes suivront dans le traitement des
paysages et motifs lors de son troisième voyage au Maroc en
1887-1888. Dans la foulée de ses expérimentations, sa technique lui
permettra d'abandonner progressivement les pointillés des couleurs
pour des touches plus larges en vue de donner plus de mouvements et
de volumes à ces portraits ou aux scènes de familles ou de groupe.
Un différend esthétique entre Signac et lui daterait d'un de ces
séjours à St Tropèz lui rendant visite en juillet 1898. Son tableau
La pointe St Pierre à St Tropèz (1896) témoignerait encore
des accords avec le chef de fil français et avec son Bout de la
mer (Le sentier de la Douane), mis côte à côte dans
l'exposition. Il ne s'en détachera complètement que vers 1905-10
pour retrouver un style plus fluide, plus réaliste et coloré. On
voit en ce peintre une tendance à concilier les motifs de la
tradition et cette quête du nouveau, dans ce balancement de maîtrise
et de cette pointe acerbe contre l'évidence, annonciateur des
éclaboussements ultérieurs. Italo Calvino pourrait y lire la
personnalité et l'œuvre d'un classique pour ces successeurs en
rupture plus radicale.
Dimitri Jageneau
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