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Vik
Muniz se définit lui-même comme un prestidigitateur du medium
photographique. Il manipule la photographie de manière à la détourner
de sa fonction originelle - celle de reproduire le réel tel qu’il
est, pour lui faire représenter non pas le réel mais une fiction, une
simulation. Il expose ainsi des reproductions de représentations qu’il
désignera comme étant l’œuvre elle-même.
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Vik
Muniz a commencé par étudier la publicité. Cette dernière lui a fait
prendre conscience de la dichotomie qui existe entre un objet et sa représentation.
Puis il a débuté sa carrière d’artiste en faisant des recherches sur
la forme sculpturale, mais son intérêt s’est rapidement détourné des
objets qu’il créait : c’étaient finalement plus les
photographies, les reproductions de ces objets qui attiraient son
attention. A partir de 1993, il a donc entrepris de façonner des images
pour les photographier, et détruire ensuite la représentation plastique
originelle. La photographie servira ainsi à conserver la trace d’une œuvre
qui n’existe plus, et deviendra elle-même une œuvre en soi.
Toute
sa démarche consiste alors à remettre en question la notion de représentation :
ses œuvres semblent être, à première vue, des dessins, des encres ou
encore des peintures à l’huile. Elles ne se révèlent qu’ensuite à
l’œil comme étant des photographies de représentations, créées de
surcroît par le biais d’autres mediums que ceux du dessin, de l’encre
ou de la peinture. Car Vik Muniz ne s’arrête pas là dans son travail
de subversion : il utilise des matériaux tout à fait inhabituels
comme du sucre, du fil de fer, des cendres, de la poussière, du sirop de
chocolat, ou encore de la pâte à modeler (comme c’est le cas chez
Xippas).
De
plus, les images qu’il crée avec ces matériaux divers ne sont en réalité
que des images appartenant déjà à l’histoire, à l’histoire de
l’art. Il puise dans un fonds d’images célèbres ou familières pour
mieux court-circuiter le regard du spectateur et lui demander de regarder
plus attentivement l’original. C’est en magicien virtuose que Vik
Muniz crée des illusions de représentations avec humour, dérision, mais
aussi avec respect.
Il
s’est inspiré de l’histoire de l’art, depuis La Joconde en passant
par Caspar David Friedrich, Monet, Van Gogh, ou encore le minimalisme des
années 60. Ainsi, il a représenté la Vierge Marie avec des grains de
riz, Medusa
avec des spaghettis, un portrait de Freud et la photo célèbre de Jackson
Pollock
prise par Hans Namuth au début des années 50 grâce à du chocolat
liquide.
Il
a exposé cette année au Whitney Museum une série intitulée « Pictures
of Dust », avec de la poussière issue des galeries d’exposition
et des bureaux du musée. Cette série utilisait des reproductions d’œuvres
minimalistes issues des collections permanentes du musée. Le titre général
de l’exposition était « The things themselves », phrase tirée
d’une citation d’Edward Weston, pour qui la photographie devait servir
« à rendre la substance de la chose elle-même, que ce soit
de l’acier poli ou de la chair vivante ». Vik Muniz reprend
ironiquement cette thèse pour mieux contredire l’idée que l’essence
d’un objet peut être transmise par le biais de la photographie.
Sa
série des « Memory Drawings » reprenait de célèbres
photographies tirées de Life Magazine, comme cette jeune vietnamienne
nue, entourée de flammes, courant dans la rue pour échapper au napalm,
que l’on connaît tous.
Pour
son exposition à la galerie Xippas, Vik Muniz a choisi un matériau extrêmement
sensuel, qui correspond parfaitement à cette série intitulée « Erotica » :
de la pâte à modeler. En s’approchant des œuvres, on peut voir le résultat
du travail manuel très élaboré effectué par l’artiste. Ses
empreintes laissées dans la pâte renvoient au contenu charnel des représentations.
Cette fois, le medium choisi se révèle beaucoup plus aisément à l’œil
que dans ses séries précédentes. Mais le résultat est cependant on ne
peut plus pictural, créant de véritables trompe-l’œil monumentaux.
Les
images n’ont pas été tirées, cette fois, de magazines ou d’œuvres
célèbres, mais d’images pornographiques collectées sur internet, qui
constituent néanmoins elles aussi une part de notre inconscient visuel
commun.
Vik
Muniz nous montre ici encore que ses illusions cherchent à nous rendre
conscients de la fausseté des images qui nous entourent, mais aussi du
plaisir qui peut découler de telles faussetés. Il nous rappelle qu’une
part croissante de notre vision du monde nous provient par la médiation
des images, qu’il faut donc s’en méfier… et réapprendre sans cesse
à regarder.
Vik
Muniz est né à Sao Paulo au Brésil en 1961. Il vit à New York depuis
le milieu des années 1990.
Florence
Cheval |