Haruhi, Haruhi, qu’est-ce que c’est que ce truc ?
La découverte en question est le fruit du travail de Nagaru Tanigawa, un écrivain Japonais jusqu’alors relativement inconnu chez lui, et, à plus forte raison, strictement inconnu chez nous. Trois ans après la publication du roman portant le même nom, Kyoto Animation décida d’investir un budget colossal pour produire une animation basée sur l’histoire de Nagaru. Le pari est plutôt audacieux : à l’époque le roman est un succès modeste et l’animation elle-même à pour objectif d’être un projet d’avant-garde, ce qui est plutôt risqué lorsque le coût d’un simple épisode affiche six chiffres en dollars. Cette mélancolie qui déborda donc sur l’écran de mon ordinateur ce jour là est le tout premier épisode de la série, alors fraichement sortie au Japon, qui détaille les tribulations excentriques d’une fille “à part” (restons poli) et se prénomment (et cela ne vous aura pas échappé) Haruhi Suzumiya.
Ignorant de ces quelques détails susmentionnés, je lance la lecture de l’épisode et là... je fis une courte pause pour remettre de mes émotions, puis lors d’une longue minute d’intense débat avec moi-même je décidai de ne pas approcher mon doigt vengeur de la touche Suppr et de laisser une chance à cet ersatz de dessin animé qui venait de me faire saigner horriblement les yeux. Comprenez-moi, le Daily Show de John Stewart étais fini, Fox News me sort par les yeux, et il faisait encore 35 degrés dehors à dix heures du soir un jeudi. Comme il n’y avait rien d’autre à faire...

Je reprends donc la lecture pour apprendre que j’ai été trompé sur la marchandise et que je regarde en fait “Les Aventures de Mikuru Asahina”. Avec un titre aussi tape-à-l’œil, je crois que vous pouvez aisément imaginer la petite ritournelle prenante du générique de début, sa bunny-girl à forte poitrine, et tout le reste du scénario élaboré par des étudiants en troisième année de primaire en état d’ébriété. Bref, je me prends au jeu, et après quelque secondes hilare, j’avoue avoir chanté avec l’accent japonais c’mon ! let’s dance ! c’mon let’s dance, baby ! (pardon, komon letosu densu komon letosu densu bebi). Au début, je pensais expédier ad patres ce machin aussitôt que j’aurai fini de rire et c’est là... que j’ai réalisé qu’au beau milieu de ces plans mal cadrés, de ce jeu d’acteurs pathétique, et de cette narration inepte que je ne regardais pas un telenovelas mexicain, mais un anime japonais ! Et force de constater que l’animation était fluide, que décors et personnages étais réalistes et naturels, et que ces Japonais avaient du suer du sang pour reproduire avec une si grande fidélité un pauvre film d’étudiant. Mais oui ! C’est ça ! C’est la parodie fidèle d’un mauvais film réalisé par des lycéens !
J’avoue, j’ai été lent sur ce coup là, mais je n’ai pas été le seul... bref, une entrée fracassante pour le moins dans l’univers d’Haruhi Suzumiya qui avait décidée de tuer l’ennui (et sa mélancolie) ce jour là en tournant un petit film pour le festival de son lycée avec le reste des membres de son club, la tristement célèbre “SOS brigade” (prononcée essuesso dan).
Bienvenue dans un joyeux bazar
Je sens la question qui presse sur vos lèvres : mais comment fait-on pour rentrer dans la SOS brigade ? Eh bien, à moins d’être un/une extra-terrestre, une voyageuse à forte poitrine venue du futur, un chat qui parle, ou bien posséder des pouvoirs surnaturels, vous n’avez aucune chance d’être sélectionné par la Brigade pour animer grandement le Monde d’Haruhi Suzumiya (Sekai wo Ooini moriagerutame no Suzumiya Haruhi no dan). Car Haruhi n’est pas n’importe qui ! Vous l’apprendrez à vos dépends, au fil des épisodes volontairement diffusé dans le désordre, qu’elle est inconsciemment responsable d’un cataclysme spatio-temporel qui a fait converger vers-elle tous ces personnages qu’on verrait plutôt au cirque Zavatta. J’arrête les spoilers ici, cette nouvelle Alice de l’extrême orient vous montrera jusqu’où ce situe la profondeur du terrier.

Techniquement parlant, les sacs de yens sonnant et trébuchant se font sentir : c’est fluide, vivant, photogénique, et la bande son arrache. Les personnages clignent des yeux, les décors sont de vrais carte postales, les cheveux frémissent au vent, et l’on peut même discerner des effets subtils comme le léger flou d’arrière plan ou les mises au point de la caméra. Rien que les génériques sont des monuments, et tout spécialement cette “Haruhi dance” du générique de fin, un must qui est en passe de devenir une référence du genre (tapez Haruri sur Youtube...).

Question musique, Boken desho desho ? (le générique de début) et quasiment le reste des chansons interprétées par la voix Japonaise d’Haruhi (en l’occurrence la seyuu Hirano Aya) trône (ou presque) en tête des charts Japonais de ce début Juillet. L’anime (qui c’est terminé le deux juillet dernier) est devenu extrêmement populaire au point qu’il fait la une de la quasi-totalité de la presse spécialisée Japonaise, que les fans du Japon s’arrachent les CDs et que le roman de Nagaru est en rupture de stock depuis belle lurette. La folie a sérieusement contaminé les amateurs d’animes sur Internet : dernièrement, pas un jour ne s’écoule sans que le board ‘anime’ de 4chan ne soit inondé de posts sur Harahi, et “Suzumiya Haruhi no Yuutsu” est encore en tête des classements des meilleurs animes sur les sites Internet AniDB et Anime News Network trois mois après son entrée et sans même être sorti aux USA.

Pourquoi un tel succès ? La technique et la bande sonore ne font pas tout. L’anime, fidèle et désordonnée reproduction du roman, est pourtant constamment narré par son personnage principal, Kyon, que l’on pourrait taxer de cyniquement sérieux, le genre de type qui casse l’ambiance dès qu’il ouvre la bouche. Alors pourquoi les spectateurs perdent la raison et se convertissent à cette toute nouvelle religion que l’on nomme désormais Haruhism (http://sos-dan.com/) ? Eh bien c’est parce qu’on retrouve certains ingrédients qui ont fait le succès d’un certain magicien britannique. C’est une histoire enchanteresse et déjantée qui a la chance d’avoir été magnifiquement réalisée, doublée par une excellente sélection de seyuus, et accompagnée, que dis-je, fusionnée avec de la pop musique à succès. De plus les références aux autres grands titres de l’animation Japonaise fusent. On retrouve des parodies d’Evangelion, de Full Metal Panic, d’Higurashi no Naku Koro Ni, de Gundam, etc.

T-shirts ? Casquettes ? Mugs ?
Bref, si vous savez où vous procurer des fansubs (ça commence par Tokyo, ça finit par Tosho...), allez donc jeter un coup d’œil sur Haruhi (et effacez les fansubs une fois la série sous licence en France...). Si vous parlez Japonais, vous pourrez chercher tout cela légalement sur Amazon.jp, et si vous parlez Anglais vous pouvez aller jeter un coup d’œil sur la fan-traduction des romans de Nagaru ici.