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La science des rêves - Mon site SPIP

 


La science des rêves
Songes d’un étranger pénétrant

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dimanche 20 août 2006, par Pierre-Henri Trivier

Après Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Michel Gondry poursuit son étude approfondie de la psyché humaine, des grands garçons un peu perturbés, et des jolies actrices. Et s’en donne à coeur joie dans l’effet spécial à l’ancienne.
 

Rêves de rond-de-cuir

Stéphane arrive du Mexique en taxi, et un peu dans la Lune. Le jeune homme souffre depuis sa jeunesse de "phases d’inversion" : il confond le rêve et la réalité. Ce qui colle finalement pas si mal avec son âme d’artiste et ses ambitions d’inventeur. Mais — hélas — nettement moins avec le nouvel emploi de "maquettiste pour calendriers promotionnels" que sa mère lui trouve afin de le faire rentrer à Paris. Vous ne savez pas ce que c’est qu’un "maquettiste pour calendriers promotionnels" ? Rassurez vous, lui non plus, et du reste il ne veut pas savoir.

Un boulot minable, trois collègues du même tonneau et un patron à l’ouverture artistique digne d’un bureau de poste un quinze août, ça fait cinq bonnes raisons de rêver sa vie plutôt que de se fatiguer à la vivre. Mais Stéphane a aussi une voisine. Et sa voisine a une bonne copine. Jolies toutes les deux. Comme dans toute bonne comédie romantique, il tombe amoureux d’une entre elles (je vous laisse l’immense surprise), qui traverse — comble de l’originalité — le mur mitoyen de leurs appartements à coups de perceuse. (Les personnes ayant déjà vu ce gag dans douze mille autres romances sont priées de rester dans la salle : c’est certainement le seul déjà-vu du film qui ne soit pas fait exprès). Et qu’en fait il, de sa dulcinée, un peu bricoleuse, un peu à l’ouest, un peu comme lui, en somme ? Il en rêve, pardi.

Monsieur rêve

Beaucoup. Tout le temps. Comme dans nos vrais rêves à vous et à moi : en mélangeant ses fantasmes, ses journées de travail, ses peurs d’enfant et ses traumas d’adulte. Comme Michel Gondry passe par là, il rêve en Cinémascope et en 20 images par secondes, à la Harryhausen. Il déguise Alain Chabat en contrebassiste (ou en ours polaire, je sais plus bien), subit les assauts de son électroménager avant de reconstruire Paris d’un manière toute ... hygiénique. Et songe à sa belle, hélas beaucoup plus facile à conquérir en pensées (où le boulot est déjà bien avancé) que dans la vie réelle. “C’est ça, le problème des rêves : c’est que c’est fait pour être rêvé.” Pas pour se réaliser, comme disait le gros drôle transalpin.

Le rêve. Parlons en alors que je suis à peine remis d’une grasse matinée post-cuite riche en rebondissements oniriques (et seulement oniriques, hélas). Je ne sais pas pour vous, mais je rêve souvent en "poupées russes" (et des fois y’a Kelly Reilly dans mes rêves, mais ça vous regarde pas). C’est à dire que je rêve que je réveille après avoir rêvé que je me réveillais au sortir d’un rêve étrange au bout duquel je me réveillais ... etc, etc. Le genre de mécanismes habilement utilisés dans les bons Freddy Krueger pour enrichir les ayants-droit du Lexomil. C’est en partie avec ce genre d’effets que Michel Gondry narre la douce folie qui attaque son héros. Mais sans en abuser — on est pas dans Mulholland Drive, et il est possible que vous compreniez ce qui passe en moins de douze mille visionages (enfin, ne vous privez pas quand même). Voyez néanmoins le film en groupe, pour profiter des désaccords sur certaines scènes autour de la brûlante question : "il dort là ou bien .... ?". J’ai dis certaines. Pour beaucoup de scènes, le doute ne sera pas permis, grâce à la magie effets spéciaux du kinématographe des frères Lumière.

Y’en a qu’on tous les trucages !

Les effets visuels sont fait à l’ancienne. On est plus près de l’atelier découpage de maternelle que d’Industrial Light & Magic. La pellicule empeste la colle Cleopatra de notre enfance, les costumes de pirates cousus à la main et les décors de théâtre peints aux doigts de pieds. Il a été suffisamment répété que Gondry est fan de Melies pour ne le rappeler qu’au détour d’une citation parfaitement hypocrite. Collages, Bricolages et Image par Image sont les trois ou quatre mamelles de l’univers onirique de Stéphane. Stéphane a peut être les fils qui se touchent ; son pays des merveilles, lui, à a les fils qui dépassent. Qu’il est beau le monde sans ordinateur où l’on ne normalise pas l’imagination à grands coup de lancer de rayon et autres courbes de Beziers semi-elliptiques ...

Notre génération a de la chance : nous avons profité dans notre enfance des dernières saillies de l’effet spécial d’atelier (ou alors je suis le seul à avoir chialé devant Dark Crystal et l’Histoire sans fin), puis nous avons écarquillé les yeux devant les balbutiements du Numérique (Jurassic Parc et autres), poussés des soupirs impressionnés devant le premier Matrix (et des soupirs vachement moins impressionnés devant les douze mille suites et / ou copies), et maintenant nous sommes prêts à re-faire le tour à l’envers. George Lucas commet la Guerre des Étoiles à grands renforts de Sillicon Graphics, et les maquettes en carton-pâte des années soixante-dix nous parraissent soudainement plus convaincantes que Jar Jar Bings. Jackson mets en image une histoire de trolls attaqués par des armées de lutin informatique à l’intelligence artificielle, et le trucage le plus impressionnant reste les yeux d’Elijah Wood. Gondry nous plonge dans un cerveau de dormeur avec trois bouts de ficelles, et deux paquets de bonbons, et c’est quand même nettement plus joli qu’une IRM.

Welcome to the real world

Comme il faut bien alimenter ses songes, on pensera à admirer très fort les héroïnes, à hurler de rire devant la prestation d’Alain Chabat (faudra le lui donner, son prix d’interprétation, avant qu’il ne devienne alcoolique comme tous les autres rigolos), à aller voir ce film en VO pour profiter de l’accent anglais de tout ce petit monde.

Et à se coucher tôt ce soir pour bien rêver cette nuit. A moins que je ne soit en train de dormir ...

Pincez moi.

Aie.

Merci.

Pierre-Henri Trivier

 

Par Julio, le 2006-08-23 08:09:56
> La science des rêves
Pour ma part, j'ai très bien dormi après avoir vu le film. Merci pH pour cette petite chronique d'une composition qui pour moi respire sainement l'héroïsme ordinaire. Des protagonistes (Gael Garcia Bernal et Charlotte Gainsbourg) humains, casse-pieds dans leurs imperfections et touchants dans leur entêtement mutuel. Des gens ni méchants ni gentils, comme nous tous, en fait. Chacun se débrouille dans sa petite vie, avec ses poblèmes et ses petites joies... comme Chabat (immense en punk) quand il raconte ce à quoi il pensera une fois vieux des bancs publics. Allez, je me permets de caler la vanne la plus tordante du film : "Tiens, tu t'es rasé avec une biscotte?" Héhé.


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