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un film de William Friedkin

 sortie national juillet 2006
film américain avec Ashley Judd, Lynn Collins, Michael Shannon...

   

Présenté en avant-première au festival Paris Cinéma (après une sélection à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, cette année), le nouveau film de William Friedkin montre que celui-ci n'a rien perdu de son savoir-faire depuis ses œuvres majeures (L'exorciste, French Connection, Sorcerers) et malgré un long passage à vide.
 

Un téléphone sonne, strident, dans une chambre miteuse d'un motel perdu. Une femme, évidemment seule, répond à l'appel qui reste muet.
Si en Français le titre évoque un défaut de fonctionnement d'un objet électronique, le mot prend en Anglais le sens supplémentaire d'insecte, de microbe, de parasite. Et c'est bien sur cette ambiguïté que joue ce huis clos. Quelques parasites sur la ligne : ils seront les premiers d'une augmentation exponentielle, partant d'une peur initiale technologique à une crainte en soi plus inquiétante puisque naturelle.
Ashley Judd joue la femme esseulée, qui sait que son ex-mari violent et jaloux, avec qui elle partage la douloureuse expérience de la perte d'un enfant (au sens propre : il a disparu), va bientôt la rejoindre après un séjour en prison. Bisexuelle, elle rencontre avec sa copine dans le bar où elle travaille un homme mystérieux, marginal et sympathique avec qui elle couche à la fois par pitié et par envie de " se changer les idées ".
Après l'amour, les premiers insectes apparaissent.

Le film, vous l'aurez compris, parle de la peur : celle qui est trop forte pour la garder pour soi, qui emporte l'interlocuteur avec elle, prend de l'ampleur avec le temps et devient plus dangereuse que la menace elle-même.
Agnes craint son mari, craint la perte définitive de son enfant disparu, craint de finir dans ce trou paumé, à se dégrader lentement mais sûrement par les drogues, l'alcool, l'absence de vie sociale.
Peter, même inquiétant, est le seul moyen pour elle de s'arracher à ses peurs. Mais, comme une MST, elle va attraper les hantises de son amant : il fuit un complot qui semble démesuré, est au centre d'une menace mondiale, ne doit en aucun cas tomber entre les mains du gouvernement, de l'armée, ou de toute autre forme d'autorité.
Et les parasites qui se multiplient. Les insectes qui envahissent les pièces, invisibles mais incroyablement présents.
Un hélicoptère surveille le motel en permanence et force nos héros à rester entre les quatre murs.
Les insectes ouvrent des plaies béantes sur leurs corps pendant que les parasites de la peur s'insinuent dans leurs pensées. Ils deviennent dangereux pour les autres, peuvent transmettre leurs maux mais ils acquièrent un étrange sentiment d'importance : ils savent ce qu'ils peuvent propager mais veulent en rester les tristes propriétaires, non par humanisme, mais par prétention.
Agnes, dans un monologue de plusieurs minutes fait exploser dans la lumière bleutée des lampes insecticides la vérité du film : pour oublier ses craintes, il faut faire siennes celles des autres.

Daniel de Foë (auteur de Robinson Crusoë) disait qu' « il est aussi raisonnable de représenter une espèce d'emprisonnement par une autre que de représenter n'importe quelle chose qui existe réellement par quelque chose qui n'existe pas ». C'est ce que semble avoir appliqué Friedkin dans ce film, mêlant huis clos étouffant (le scénario est tiré d'une pièce de théâtre) et métaphore efficace d'un monde (d'une Amérique ?) qui voile ses hantises par des menaces extérieures.
Ritournelle incessante du cinéma fantastique américain depuis la Guerre Froide (et la peur des communistes, puis des terroristes), la formule « la menace est parmi nous » est ici inversée puisque la menace devient les héros eux-mêmes, fiers de leur pouvoir de vie et de mort sur le reste du monde et jaloux au point de vouloir le conserver à tout prix. Non sans rappeler l'excellent History of Violence (le dernier Cronenberg), l'isolationnisme dans lequel s'enfoncent progressivement ses personnages semble être la seule solution pour échapper à l'Extérieur, malgré l'évidence d'une autodestruction programmée dans un tel schéma. De là naît une violence plus forte encore qui vise tout le monde, au point de brouiller un message politique et moral, comme dans nombre de films de Friedkin.
Les acteurs (Ashley Judd surtout, obtenant ici un premier rôle enfin au niveau de son talent) sont excellents, malgré des rôles difficiles, tant physiquement que psychologiquement. Friedkin, qui a la double réputation d'être soit un tortionnaire, soit un grand directeur d'acteur étonne une nouvelle fois par ce qu'il obtient de ses comédiens.
Et par sa capacité à renouveler son cinéma qui semblait en perte de vitesse depuis une quinzaine d'années.
 
Camille de Rouville

 

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