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Coffret Scorsese

Coffret DVD Martin Scorsese

courts-métrages et documentaires

Coffret DVD digipack Wild Side Vidéo
de la collection "Les Introuvables"
Disponible à partir du 6 juin 2007

Le coffret édité par Wild Side Vidéo dans sa série "Les Introuvables" regroupe trois courts-métrages et deux documentaires de Martin Scorsese jusqu'alors inédits en dvd en France. Ces fictions de jeunesse et ces premiers documentaires apportent un éclairage évident sur le style et les thèmes scorsésiens. Chaque œuvre bénéficie d'un bref éclairage par Michael Henry Wilson, documentariste, critique et accessoirement collaborateur du cinéaste.

P

remière œuvre typique d'un étudiant en cinéma, What's a Nice Girl Like You Doing in a Place Like This ?, daté de 1963, mêle fantastique et parodie. Ce kaléidoscope de plans et de trucages un peu télescopés tourne évidemment à l'exercice de style. De l'aveu même de Scorsese, il s'agissait avant tout de singer les œuvres abordées pendant ses cours de cinéma. Tout aussi parodique, mais plus intéressant, It's Not Just You, Murray semble être un condensé comique de Casino. Le schéma scorsésien est déjà là : grandeur et décadence des gangsters... et pâtes en prison ! On y décèle déjà le goût pour les fresques étalées dans le temps, la fascination pour les mœurs schizophrènes des malfrats, la flambe et le spectacle. Court-métrage mythique et première œuvre de Scorsese digne de ce nom, The Big Shave est à la fois une allégorie de la Guerre du Vietnam et l'expression du mal-être intime de son auteur. Dans cette très brève citation proto-gore du Chien andalou de Buñuel, beaucoup de choses semblent en germe pour le cinéaste, et au premier chef Taxi Driver ou la veine absurde et hyperstylisée d'un After Hours.

Œuvre de commande officielle pour le Bicentenaire de la Naissance des Etats-Unis en 1974, Italianamerican a été tourné sur le vif, en quelques heures et avec peu de moyens. L'intérêt de ce documentaire assez brut est multiple. Historique, d'abord, puisqu'il donne largement la parole à des descendants directs d'immigrants italiens (les parents de Scorsese), filmés par la troisième génération (leur fils). Au gré de souvenirs cocasses ou touchants, les parents Scorsese, campés dans leur salon, ressuscitent le New York populaire et communautaire de la première moitié du 20e siècle. Italianamerican donne aussi, bien entendu, un éclairage sociologique au travail de Scorsese, en nous faisant approcher la mentalité italienne de ses parents et de leur milieu, qui sera familière aux plus méridionaux d'entre nous : les anecdotes à peine romancées, la communauté qui façonne l'individu (au point de lui faire changer de prénom !), le machisme et le matriarcat, etc. Car, et c'est aussi le troisième intérêt de l'œuvre, le sujet du documentaire se fait largement voler la vedette par deux comédiens hors pair : Catherine et Charles Scorsese, qui s'approprient le film dès ses premières minutes. Leur faconde et leur théâtralité ne sont sans doute pas étrangères à bien des personnages qui peuplent les films de leur fils.

"Pendant objectif à Taxi Driver" selon l'analyse du cinéaste lui-même, mais aussi image-miroir désespérée d'Italianamerican, le documentaire American Boy dresse quant à lui le portrait d'un personnage mi-bouffon mi-dandy : Steven Prince. Spécimen de la jeunesse dorée d'Hollywood, un temps road manager de Neil Diamond, ce ex-junkie écorché vif semble personnifier à lui seul la frénésie et les excès des seventies. Tout à la fois irresponsable et d'une lucidité confondante, l'homme, comme une ombre de lui-même ou une marionnette, égrène des histoires tour à tour comiques ou terrifiantes, pour le plus grand plaisir (un peu sadique) de Scorsese et de ses amis. Prince rappelle en cela ces enfants un peu mythomanes qui cherchent à attirer l'attention sur eux et ne vivent qu'à travers le regard des autres. Survivant ou zombie chez qui la violence et la mort affleurent en permanence, Prince n'est pas sans évoquer certains personnages psychotiques de Scorsese, autant qu'il fait jaillir dans ses anecdotes tout le substrat de l'œuvre de son ami. On y devine des pans entiers des fictions du réalisateur, toujours ancrées dans la réalité, de Mean Streets aux Affranchis.

Sylvain Gourgeon

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