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Les aventures sentimentales de deux frères, sur une journée,
dans une famille où l'on semble insensible à la tristesse des autres.

Dans Paris
comédie dramatique de Christophe Honoré
 octobre 2006.
avec Romain Duris, Louis Garrel,
 Guy Marchand, Marie France Pisier,...

   

Dès le générique, on plonge en Cinéphilie. C'est sur un air de jazz que commence le film de Christophe Honoré, nous rappelant au passage que c'est sans doute la musique qui s'adapte le mieux à notre capitale, et ce depuis l'association fabuleuse Louis Malle/Miles Davis pour le cultissime Ascenseur pour l'échafaud.
La Nouvelle Vague (surtout Godard), ses précurseurs (Malle) et ses enfants (Eustache) semblent à chaque coin de rue, sur chaque boulevard, dans chaque dialogue ou note de musique. La référence est omniprésente mais pas pesante et là est le plus bel hommage. Honoré fait un film d'amour d'un certain cinéma, non pas dans la copie mais dans l'inspiration.

On retrouve ainsi dans certaines scènes de Romain Duris les personnages volubiles et habiles des mots de Godard, dont le Belmondo de Pierrot le Fou et A bout de souffle. Joanna Preiss et Alice Butaud rappellent les conquêtes de Bébel, l'une en femme dure et blessée, l'autre dans le registre plus léger de la gamine à la fois attachante et énervante. Les parents, incroyable Guy Marchand en papa-poule, et la ravissante Marie-France Pisier, se rappellent à nos mémoires qui vont chercher chez Truffaut ou Téchiné leurs plus beaux rôles. Et enfin, last but not least, l'interprétation sublime de Louis Garrel (fils de Philippe, petit-fils de Maurice…), marchant sur les plates bandes ô combien épineuses du Jean-Pierre Léaud de la saga des " Antoine Doisnel ", sans s'y piquer (confirmant au passage l'intelligence de ses choix et de son jeu d'acteur).

Passant habilement du drame le plus pur (les très dures scènes de désamour au début du film dans le couple Duris/Preiss) aux scènes " comiques " (Louis Garrel irrésistible aux femmes qu'il croise), Honoré déroute son public comme ceux de la Nouvelle Vague avant lui : jumpcuts incessants (coupes franches dans le montage), apostrophes au spectateur de la part de Louis (comme Belmondo dans Pierrot le fou…), faux raccords assumés, changements d'axes nets…

L'histoire, elle, émeut constamment. Le parti pris dangereux est de raconter une journée dans une famille où l'on semble insensible à la tristesse des autres. Aucun n'est heureux, et si un seul semble réellement malheureux, il ne veut pas partager ses " jours de chiales " (comme Paul/Romain Duris évoque le souvenir de sa sœur). On attend le drame, le dérapage complet annoncé tel le Rosebud de Citizen Kane par Louis (" peut-on vraiment sauter d'un pont par amour ? ") au début du film pour attacher l'attention du spectateur aux moindres gestes des personnages.

Revenir aux audaces passées, qui ont depuis été " abandonnées ", créé une réaction épidermique du public, comme on n'en voit quasiment plus en France (dans le cinéma non nombriliste !), risquant de perdre le spectateur dès le début (Louis admet cette possibilité dans son introduction). Mais cela agit sur beaucoup de gens comme une réjouissance rare, et marque dans leur mémoire des passages tout simplement poétiques. En cela, la scène musicale (Une femme est une femme ?, Jacques Demy ?) entre Duris et Preiss réussit son effet pour clore le film en beauté. " On n'se débarrasse pas d'lui comme ça ".

Camille de Rouville

 

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