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La mort de Dante
Lazarescu
un film de Cristi Puiu
sortie national le 11 janvier 2006
drame roumain avec Ion Fiscuteanu, Luminta Gheorhiu...
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La mort de Dante Lazarescu, tient l'affiche
depuis déjà de nombreuses semaines dans les quelques
salles qui le diffusent. Sans doute parce qu'au travers
du portrait qu'il dresse des urgences roumaines, on peut
y lire la critique d'un pouvoir médical et administratif
qui ne nous est pas si étranger. Entre Dante et Kafka,
le film nous entraîne dans une odyssée captivante qui
nous donne froid dans le dos.
Dès le titre, la présence de la mort et du nom de Dante
ne peut être une simple coïncidence et nous ramène
immanquablement à La divine comédie, mais ici la
référence n'est pas juste un faire valoir ou la marque
d'un snobisme intellectuel, mais se fait véritablement
éclairante. Les allusions constantes à l'œuvre de Dante,
nous pousse à faire le parallèle entre le parcours de
Lazarescu qui va être conduit dans différents hôpitaux,
suite à un hématome cérébral et le voyage du poète de
l'enfer au paradis.
Mais le film n'est pas le développement d'une thèse. On
y suit avec empathie le personnage principal et on est
surpris de la capacité du réalisateur à nous tenir en
haleine avec un scénario aussi ténu. On pénètre avec
réalisme et même parfois avec humour (même si l'on rit
jaune) dans une administration devenue insensible qui
fait aussi penser à Kafka.
En effet, là où Virgile guidait Dante dans sa descente
des cercles de l'enfer, ici ce sera l'infirmière,
appelée au domicile du malade par les voisins, qui
servira de laissez-passer de services en services. Et il
faudra toute la ténacité de cette escorte médicale pour
qu'après un parcours de combattant qui aura duré toute
une nuit et au cours duquel l'état de santé de Lazarescu
n'aura cessé d'empirer (en tombant finalement dans un
quasi coma), il soit enfin préparé pour être opéré. Mais
sa déchéance n'a pas commencé cette nuit là. En suivant,
au début du film, son corps fatigué au milieu de son
appartement et de ses chats qui semblent être tout ce
qui lui reste de relation affective, on se rend vite
compte que la solitude et la misère se sont emparées de
lui déjà depuis quelque temps. Sa confrontation au
pouvoir médical en sera d'autant plus cruelle.
Car si, comme le souligne la référence à Dante, le
discours religieux sur la mort a cédé la place au
discours scientifique positiviste, on n'est pas sûr que
les mécanismes de ses pouvoirs en soient plus doux pour
autant. En effet, le pouvoir technique des médecins
semble évacuer tout rapport humain et reproduit lui
aussi une morale culpabilisante. Le malade est
responsable de sa maladie de la même manière que la
politique de sécurité néo-prudentielle tend à faire de
chaque individu un acteur de sa sécurité en évitant les
comportements statistiquement risqués, (notamment la
fréquentation de certains lieux à certaines heures).
Chaque nouveau médecin vient accuser Lazarescu de son
alcoolisme, le condamnant et le classant dans une
catégorie méprisable qui ne relève que d'un examen
succin. Le patient est constamment rappelé à l'ordre.
L'ambulancier évoquera les devoirs du patient envers son
propre corps lorsque ce dernier réclamera à être traité
humainement.
Mais la fonction du prêtre a disparu. Il n'y a ici plus
personne pour recueillir les dernières paroles du
mourrant. Le médecin n'a rien à lui dire puisque la mort
marque son échec. Le film se clôt avant l'opération de
Lazarescu. Comme pour mieux dépeindre notre société qui
cherche à évacuer la mort, elle reste ici hors champs.
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