Departures
de Yojiro Takita
Drame, Japon, 2008, 2h11
Avec Masahiro Motoki, Tsutomu Yamazaki, Ryoko Hirosue
Departures, est le surprenant vainqueur de l'Oscar du meilleur film étranger face à Entre les murs
ou Valse avec Bachir. Le film est certes construit selon une structure assez conforme au cinéma de genre hollywoodien,
toutefois son esprit est imprégné d'une philosophie orientale aux effets apaisants.
L
e japonais Yojiro Takita s'attaque à un thème difficile à mettre
en scène, la mort. L'humour macabre des premières scènes est bien trompeur et beaucoup y ont vu une
réinterprétation da la série Six Feet Unders. Le protagoniste est un violoncelliste nommé Daigo
Kobayashi qui décide de retourner vivre avec son épouse dans sa
petite ville natale après la dissolution de son orchestre. Mais pour
le musicien, la recherche d'emploi est une tâche ardue jusqu'au jour
où il est embauché par une société de mise en bière. Daigo est
contraint d'accepter ce métier éprouvant qui déclenche la réaction
hostile de ses proches. Mais peu à peu, le protagoniste se passionne
pour son nouvel emploi. Et c'est alors que comme son personnage, le
film évolue en délaissant le burlesque pour le poétique. Si Daigo
s'attache avec tant de ferveur à s'occuper des défunts pour que
leurs familles puissent les voir une dernière fois physiquement,
c'est aussi pour la beauté du geste. Et de fait, le violoncelliste
met autant de passion à jouer avec son archet qu'à laver les corps
froids des trépassés. Cette attitude représente un symbole fort à
l'ère de la société de consommation à outrance et du zapping. Le
comportement de Daigo semble très simple en apparence, la moindre
action de son quotidien est à ses yeux une chose précieuse. Qu'il
joue du violoncelle ou qu'il maquille un mort, il est dans l'instant
présent et son attention est concentrée sur le geste qu'il est en
train d'accomplir. Cette belle méditation philosophique emprunte de
bouddhisme zen, confronte l'individu à la mort pour reconsidérer la
beauté de la vie.
La délicatesse du film est toutefois ébranlée par une
construction du récit très conformiste qui s'apparente plus au
cinéma de genre américain qu'à l'excentricité du cinéma japonais. Le
réalisateur conclue certaines scènes par des élans mélodramatiques
trop attendus et parfois excessifs. Quant au pardon final, il
affaiblit quelque peu la poésie du film en exploitant facilement les
ficelles du Happy End. Mais au-delà de cet optimisme qui laisse à
penser que face à la mort, les hommes retrouvent leur beauté, la
méditation de Departures est un moment apaisant proposant une
contemplation esthétique que l'on peut faire le choix de savourer ou non..
Viviane Chaudon