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Lorsque les îles se rencontrent, elles se donnent rendez-vous à Groix. Pour la sixième année, la petite île au large de Lorient dans le Morbihan vibre au rythme de l'unique festival du film insulaire au monde. Soixante-six œuvres y sont présentées avec toutes pour point commun de retranscrire un aspect de la vie insulaire.

6e Festival international du
 film insulaire

Ile de Groix, 2006

   
 

Quarante-cinq minutes : c'est le temps de la traversée depuis le continent pour y arriver. Il faut ensuite marcher un bon kilomètre au bord des falaises tombant dans l'océan atlantique pour arriver à Port-Lay, petit bourgade de Groix devenue pour une semaine, village du monde. L'ambiance y est conviviale. On est à mille lieues des grands festivals avec strass et paillettes. Ici, les insulaires côtoient les réalisateurs en toute simplicité. Pour l'occasion, une ancienne conserverie a été transformée en salle de cinéma. Sur place, il y aussi un bar qui surplombe le petit port et un restaurant improvisé où les festivaliers peuvent déguster des produits des la mer sur de longues tables en bois.
L'endroit est unique. Entre chaque projection, le spectateur peut marquer quelques pauses en respirant l'air du large.
Une vingtaine de films par jour est proposée. Parmi lesquels, une quinzaine de documentaires sont en compétition. Des Philippines à la Martinique en passant par la Réunion ou l'Irlande. Les sujets sont souvent graves. Ils reflètent les préoccupations des insulaires et poussent au débat. C'est pourquoi à l'issue des projections, des tables rondes sont organisées. Ici, le public est aussi acteur. Le jury en est la preuve : réalisateurs, producteurs, reporters le composent mais pas de stars, le caractère insulaire prime sur la notoriété. Ce contexte familial n'en ôte pas moins la qualité des œuvres présentées. Celles de réalisateurs venus saisir parfois au risque de leur vie des instants de l'existence difficile des habitants des îles.
Chaque année, une île est célébrée. Pour cette 6e édition, les organisateurs du festival ont choisi Madagascar. La grande île de l'Océan indien regorge de beautés culturelles. Fictions, documentaires, premiers films, une trentaine d'œuvres étaient à découvrir. Pour l'occasion, musiciens, écrivains, sociologues et même l'ambassadeur de Madagascar se sont joints à l'événement. Et pour ne pas oublier les racines du festival, la cinémathèque de Bretagne y a fêté ses vingt ans avec une présentation de quelques films régionaux.

Des œuvres inoubliables

Parmi les films en compétition, pas de grosses productions, mais des œuvres qui marquent et qui ne peuvent être vues nulle part ailleurs qu'à Groix.
Parcours de dissidents en est l'exemple parfait. Il aborde un aspect de l'Histoire de France passé sous silence : l'aventure des Antillais partis rejoindre le général De Gaulle lors de la Seconde guerre mondiale. Ces hommes et ces femmes âgés d'à peine vingt ans de Martinique et de Guadeloupe sont partis combattre auprès des Français libres alors qu'ils étaient épargnés par le conflit européen. Mais ils croyaient en la France, qui pourtant, soixante ans après, les a oubliés des livres d'Histoire. C'est leur courage qu'Euzhan Palcy a voulu réhabiliter en réalisant ce film. Avec des images d'archives et des témoignages actuels des survivants, les plans s'enchaînent parfaitement guidés par la voix de Gérard Depardieu.
Une fonction didactique mais aussi esthétique, voilà ce que combinent avec brio les films présentés à Groix. C'est ce qu'a expérimenté le lauréat du premier prix du festival : Florian Geyer. Ce jeune homme a réalisé un documentaire époustouflant sur les forçats du soufre, ces hommes qui travaillent dans le Kawah Ljen (" cratère vert "), un volcan actif de Java. Dans des conditions épouvantables, sans matériel de protection, besognant jusqu'à l'épuisement, ils gagnent ainsi un salaire supérieur à la moyenne national. Pour révéler au public français le sort de ces hommes, Florian Geyer les a suivis jusque dans le cratère. Caméra à l'épaule, il les filment jour et nuit et devient leur complice sans pour autant partager leur souffrance. S'auto produisant, le jeune cinéaste n'a même pas recours à un traducteur, c'est lui qui s'adresse directement à ses interlocuteurs dans ses interviews. C'est ce travail colossal du réalisateur que le jury a voulu récompensé. Le rendu est une œuvre saisissante pleine de réalisme.
Ainsi, ce sont donc des souvenirs inoubliables que l'on garde en mémoire lorsqu'on quitte Groix à bord du bateau qui ramène au continent. Le petit festival peut prétendre à entrer dans la cour des grands. Il est un des seuls à projeter des images d'univers lointains, isolés mais qui font rêver. L'année prochaine, le festival change d'océan, direction Cuba, pour de nouvelles aventures.
 

Viviane Chaudon

Palmarès :
Ile d'or : Soufre de Florian Geyer
France / 2005 / 40' / Tourné à Java

Ile d'argent : Hors les murs de Alexandre Leborgne et Pierre Barougier
France / 2005 / 82' / Tourné à Palawan (Philippines)

Prix Kimitété : The good, the bad, and the interesting de  Nicolas Frank
France/55'/2006/Tourné à Amorgos (Cyclades)

Prix du public : Le grand petit monde de la rivière des roches de Alexandre Boutié
France/2004/52'/Tourné à la Réunion

Coup de cœur : The tank man d' Arto Halonen.
Finlande / 17' / 2004 / Tourné à Cuba

 

Le site officiel du Festival du film insulaire de l'Ile de Groix

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