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Gad Elmaleh et Audrey Tautou dépensent leur amour devant la caméra du très inspiré Pierre Salvadori, dans une comédie de mœurs luxueuse.

Hors de prix
comédie de Pierre Salvadori
 décembre 2006.
avec Audrey Tautou, Gad Elmaleh,
 Marie-Christine Adam,...

   

Dans les palaces de la Riviera, on séduit, on plume, on boit, on dépense et on s'aime accessoirement pour un euro les 10 secondes. Mais quand le couple est formé par Gad Elmaleh et Audrey Tautou filmés par Pierre Salvadori, on apprécie surtout.
Hors de prix pose problème. D'abord parce qu'il sort quelques mois après le passable Quatre étoiles, ensuite pour les références que lui assignent les critiques elles-mêmes. Il est évident que Salvadori lorgne du côté de Lubitsch, Cukor et autres Donen plus que de la comédie française. Mais le comparer à ces chefs-d'œuvre n'est pas équitable. Hors de prix est loin d'être un chef-d'œuvre, mais après tout peu importe.
Comédie de mœurs sur la confrontation de mondes opposés (dans les hôtels de luxe de la Riviera, Jean et Irène goûtent au luxe d'une classe à laquelle ils n'appartiennent pas), le réalisateur du déjà réjouissant Après vous comble nos attentes de spectateur par une mise en scène élégante, dirigeant des acteurs inspirés dans des décors plaqués or.
En filmant la biche Tautou, créature " hepburnienne " par excellence, il en fait une femme devant nos yeux. Jusqu'ici jeune fille sexuellement attardée (chez Jeunet, Resnais…) ou potiche hollywoodienne (l'impitoyable Da Vinci Code), elle se transforme grâce au coup de caméra magique de Salvadori en sangsue sexy assoiffée de robes Chanel et de dessous chics et chocs.
Les yeux de Gad Elmaleh n'y sont pas non plus pour rien. Très mal exploité par Leconte, celui-ci confirme enfin qu'on peut compter sur lui pour faire le spectacle au cinéma. Tantôt gauche, tantôt mannequin pour de Fursac, il nous entraîne dans l'amour qu'il porte à la pute de luxe qui le plume.
Mais une comédie raffinée ne se fait jamais sans bons seconds rôles (Lubitsch, encore… !). Le couple gagnant est renforcé par la prestation courte mais remarquable de Marie-Christine Adam, triste victime de la série pour grande sœur déprimée Sous le soleil. Elle réussit là où François Cluzet marquait les limites de Quatre étoiles. La pigeonne n'est pas si bête et exerce même un certain charme, là où d'autres réalisateurs moins inspirés en auraient fait une dinde farcie de clichés (période de Noël oblige).

Salvadori arrive donc à tirer le meilleur de ses acteurs, et cela au profit de son action. Le scénario est bon, mais c'est souvent par des idées de mise en scène habiles qui nous fait rire (les parasols de cocktail…) ou nous émeut. En quelques champs/contrechamps il signe même l'une des plus belles scènes de l'année, pour un euro bien dépensé. Cet euro sera si bien capitalisé qu'il va marquer les trois étapes de la relation Jean/Irène : la déclaration d'amour, la réciprocité mise à contribution (pour refermer une robe, encore… !), l'encaissement des profits, enfin.

En offrant constamment une deuxième lecture réjouissante à son histoire d'amour, il enfonce le clou. Evidemment, dans ce milieu, les rapports entre les classes ne sont jamais loin. Condescendance ou paternalisme (maternalisme ?) d'un côté, plumage en règle et hypocrisie de l'autre ; ses personnages ne sont pourtant pas dupes. Les racines françaises du film ressortent d'ailleurs ici. Marivaux et ses costumes qui ne font décidément pas le milliardaire. On ne peut aimer que les gens qui nous ressemblent. Cukor aurait fait au contraire du Cendrillon : la souillon en guenilles rencontre le riche homme d'affaire en costume de soie.
Jean ne perdra sans doute jamais ses habitudes de porteur de bagages ou de barman ; elle, dont on ne sait rien, vient sans doute quand même de Saint-Brieux, " où il pleut toujours ".
La conclusion du film semble après tout cela logique, normale, elle n'en reste pas moins le point final d'une incontestable réussite.

Camille de Rouville

 

Trailer du film (V.O.)

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