Inland Empire
un film de David Lynch
sortie nationale février 2007
avec Laura Dern, Justin Theroux, Jeremy Irons,...
Un ovni, un labyrinthique optique et sonore, un supplice neuronal, un
spectacle addictif, les substantifs s'enchaînent pour parler du dernier David
Lynch, Inland Empire. Le film est une œuvre inqualifiable qui repousse les
limites de l'exploration visuelle.
U
n trouble profond, voilà ce qui se dégage du nouveau David Lynch,
Inland Empire. Après Mulholland Drive, le réalisateur va encore plus loin dans son
exploration du cinéma. Il expérimente de fait un autre Septième art qui annonce
l'art visuel du futur. Tourné à l'aide d'une caméra en images DV et avec un
scénario écrit la veille pour le lendemain, le réalisateur nous entraîne dans un
dédale de près de trois heures.
Au centre de ce périple, il y a Nikki Grace, une actrice interprétée par Laura
Dern (Sailor et Lula, Blue Velvet). Celle-ci va se perdre dans le tourbillon
Hollywoodien, machine à rêve devenue machine à cauchemar selon une vision Lynchéenne déjà évoquée dans
Mulholland Drive. On lui propose en effet un rôle
pour un film, réalisé par un cinéaste un peu fou, Kinglsey (Jérémy Irons). Elle
y interprète Sue aux coté de Devon Berk (Justin Theroux, le Adam Kesher de
Mulholland Drive) qui joue son amant, Billy. Mais le scénario High in Blue Tomorrows est maudit. Lors de sa première tentative d'adaptation à l'écran, les
deux acteurs principaux avaient été assassinés.
Décontenancée par la menace qui pèse sur elle et en transgressant la fidélité à
un mari jaloux avec Devon, Nikki va s'égarer dans un labyrinthe où la réalité et
la fiction se confondent. Elle prend peu à peu les traits de son personnage
jusqu'à ne plus s'en séparer. Dans cette quête de l'identité, le spectateur
aussi est désemparé, manipulé par un réalisateur qui joue avec ses nerfs.
Lorsqu'il pense saisir le sens d'une séquence, une suivante vient briser tout
son raisonnement.
Parce qu'Inland Empire est tout sauf rationnel. C'est une invitation à pénétrer
le monde de David Lynch où les rêves les plus angéliques cohabitent avec les
cauchemars les plus morbides. On voyage ainsi entre une sitcom avec pour
protagonistes une famille d'hommes/lapins en plein malaise existentiel, le monde
noir de la Pologne ou encore l'inconsciente euphorie des prostituées d'Hollywood
boulevard. Dans ces mondes parallèles, l'angoisse est omniprésente. Le montage cut, la bande son à la limite du supportable et l'abondance des gros plans en
contre-plongée sur les visages sont tant éléments qui participent à la mise en
place de cette atmosphère d'étrangeté.
Inland Empire est une expérience sensorielle unique. Elle ouvre des portes sur
un ailleurs poétique. Plus qu'un film, Inland Empire est une véritable séance
d'hypnose cinématographique.
Viviane Chaudon