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A Hollywood, le cinéma est mort, vive les séries télé ! Ce sont elles
qui sont aujourd'hui le fer de lance de la créativité et de la critique
de la société américaine contemporaine. Mais comment en est-on arrivé là
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La loi des
séries
(américaines)
Le cinéma est mort,
vive la télé !
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Dans les années
70, l'activisme esthétique et social de certains
réalisateurs américains était un modèle. Aujourd'hui, le
cinéma hollywoodien débite plus que jamais à la chaîne
des "produits" interchangeables et insipides. Une
fatalité, dans cette société frigide, qui vit
paradoxalement dans l'illusion d'une jouissance
permanente ? Apparemment pas, puisqu'un autre média,
populaire s'il en est, a su faire sa révolution sur le
fond et sur la forme en matière de fiction : la
télévision... Naguère, on déplorait le déferlement de
séries américaines sur nos lucarnes. Aujourd'hui,
l'accoutumance est inéluctable... et légitime !
Parmi les avantages des séries télé sur le cinéma : une
inscription dans la durée. Le medium télé peut miser sur
le concept de "mémoire" pour développer une galerie
parfois complexe de personnages et décliner des destins
à la fois personnels et choraux sur plusieurs saisons.
C'est le cas de séries comme New York Police Blues ou
Urgences, deux modèles de longévité outre-Atlantique. En
cela, la série retrouve presque la latitude de
développement psychologique du roman. Sauf exception, le
cinéma ne peut pas se permettre ce luxe et doit s'en
tenir à l'esquisse de portraits, à l'instar de la
nouvelle. Par ailleurs, quelques séries parviennent à
transformer le manque de moyens, les cadences infernales
de tournage ou la pression de l'Audimat en un véritable
défi créatif. A Hollywood, et contrairement au grand
écran, ce sont les scénaristes qui ont le pouvoir en
matière de fiction télé, pas les réalisateurs. Or, pour
sortir du lot au sein de la jungle audiovisuelle, on
n'hésite pas à miser sur des talents atypiques ou un ton
décalé. Au cinéma, la concurrence est aussi rude, mais
les studios croient souvent pouvoir s'assurer une
rentabilité financière en ratissant large : on abuse des
recettes qui ont marché, des stars bankable et l'on
s'évertue, pense-t-on, à distraire et à surprendre le
spectateur à chaque plan plutôt qu'à le faire réfléchir.
Aux véritables atelier d'écriture collective et d'audace
des scénaristes de séries semble s'opposer une logique
de rentabilité et de consensus à tout prix des studios
de cinéma.
La révolution cathodique américaine est avant tout
formelle, et selon deux axes : la narration et le ton.
Les expérimentations, voire la subversion des codes
narratifs sont légions dans les séries américaines,
jusqu'à confiner à l'absurde. On peut citer en vrac les
exemples les plus marquants dans ce domaine, comme Clair
de Lune, Twin Peaks ou, plus récemment, 24 heures
chrono. Si l'Amérique peut être très patriote et très
puritaine, jusqu'aux limites de la mauvaise foi,
reconnaissons-lui néanmoins le mérite de la liberté
d'expression et de savoir pratiquer à l'occasion
l'autocritique. Quel autre pays oserait des satires
corrosives, même animées, comme Les Simpson ou South
Park ? Dream On est l'une des premières séries à avoir
fait date sur le câble pour sa liberté de ton et les
situations parfois scabreuses vécues par son personnage
principal, un parfait enfant de la télé. Depuis, les
chaînes du câble (HBO en tête) ont produit avec succès
d'autres séries concoctées par des auteurs à forte
personnalité, issus du théâtre et du cinéma, comme Alan
Ball (le scénariste d'American Beauty), ou même des
producteurs grand public comme Darren Star (le
producteur de Beverly Hills). A la surprise générale,
Six Feet Under, Sex and the City, mais aussi
Desperate
Housewives, diffusée sur ABC, ont conquis un large
public en abordant de front des thèmes adultes et en
malmenant joyeusement quelques tabous : la mort, la
sexualité féminine ou les névroses de la famille. Le
pari sur l'ouverture d'esprit et la maturité des
téléspectateurs s'avère donc souvent payant... Pari que
le cinéma hollywoodien ne fait plus que très rarement,
il faut bien le reconnaître. Et les dégâts sont énormes
(l'industrie du cinéma commence à en prendre la mesure),
puisqu'il suffit d'ouvrir son hebdo télé pour constater
que nos soirées sont désormais squattées par les séries
américaines de tous poils...
Pour ce qui est du "fond", quelques séries pionnières
sont parvenues à émerger au cœur des années 70 dans un
paysage de séries voué au divertissement pur. On pense à
M*A*S*H*, ou dans un moindre mesure, Serpico (toutes
deux adaptées de longs métrages, ce n'est pas un hasard)
puis plus tard, à New York Police Blues. Un tournant
plus réaliste, sans être encore vraiment "social",
s'était déjà fait jour dans des séries grand public
comme Les Rues de San Francisco, Kojak ou
Starsky et
Hutch. Mais aujourd'hui, les séries deviennent parfois
le fer de lance d'une vraie réflexion sociale au cœur de
la fiction. En cela, elles sont quelque part les
héritières du cinéma américain engagé des années 70, en
ravivant le regard critique de réalisateurs comme Alan
J. Pakula, Sydney Pollack ou Sydney Lumet. Dernière
illustration de ce phénomène en mai dernier, avec un
épisode entier d'Urgences traitant des évènements au
Darfour, alors même qu'une étude a montré que les
journaux des trois grands networks de la télé américaine
n'y avaient pas consacré plus de 10 minutes depuis le
début de l'année 2006. Et ce dernier épisode de la
saison 12 a été suivi par... 12 millions de
téléspectateurs ! Certes, la série s'était déjà
illustrée en abordant de façon régulière et subtile des
thèmes ambitieux comme le racisme, la séropositivité ou
la faillite du système de santé américain. Mais le pari
était tout de même audacieux.
Mais l'évolution des séries américaines vers la critique
sociale, l'anticonformisme et l'audace scénaristique est
pourtant à tempérer. Certains exemples récents montrent
que le genre a ses limites et, surtout, que le public
américain, s'il est ouvert à la nouveauté, n'est pas
prêt à tout accepter. Certains thèmes le font fuir,
parce que sacro-saints dans l'idéologie américaine, trop
douloureux ou tendant un miroir trop lucide aux
téléspectateurs : on n'analysera pas plus d'une saison
les dégâts du libéralisme (Profit), l'intervention
américaine en Irak (Over There) ou le cynisme
destructeur de la télé-réalité (The Comeback). On peut
en outre s'interroger sur le discours moral délivré par
une série comme Desperate Housewives. Certains
applaudissent le dynamitage des valeurs familiales à
l'américaine, d'autres lui reprochent d'être faussement
subversive, voire plus conformiste qu'elle n'en a l'air.
De même, que dire d'Over There ? Doit-on y voir une
fiction salutaire, comme toutes celles qui ont permis à
l'Amérique de digérer la guerre du Viêt-Nam ? Un média
embarqué de plus parmi les boys, probablement cornaqué
par le Pentagone ? Ou encore un compte-rendu réaliste,
presque un reportage de guerre, qui ne prend jamais
parti ? Les avis sont partagés...
L'Amérique serait-elle plus à l'aise pour accepter la
critique des travers universels de l'individu que pour
remettre en cause la patrie, son fonctionnement et son
idéologie ? En se moquant de l'homme en général et de
l'absurdité de ses comportements, on peut toujours rire
d'autrui plus que de soi. Mais les Etats-Unis sentant la
fragilité de leur statut dans le monde, ils semblent
moins prompts à l'autocritique des hommes en tant que
société. Exception notable dans le domaine de l'audace
politique : le succès durable d'A la Maison Blanche.
Reste à savoir si le public outre-Atlantique y apprécie
d'abord la peinture réaliste des mœurs du pouvoir
américain ou les secrets d'alcôve de la présidence...
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Les Simpson : tous les
jours à 18h25, sur Canal +
Desperate Housewives : le mardi à 20h50, sur
M6
The Comeback : le vendredi vers 21h15 (+
rediffs), sur Pink TV
Sex and the City : le vendredi à 23h30, sur M6
A la Maison Blanche : le vendredi vers 01h00,
sur France 2 |
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