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La Vérité
un film de Henri-Georges Clouzot
drame français (1960) avec Brigitte Bardot, Charles Vanel, Paul
Meurisse, Sami Frey, Marie-José Nat, Louis Seigner, André Oumansky,
Jacqueline Porel,...
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Dans le cadre d'un
hommage au producteur Raoul Lévy, la Cinémathèque a
projeté l'un des chef d'œuvres du génial Henri-Georges
Clouzot (Les Diaboliques, Le Salaire de la
Peur, Le Corbeau), maître du
“thriller à la française” : La Vérité, sorti en 1960.
Ce film repose sur un casting impeccable, réunissant
parmi les plus grands noms des acteurs de l'époque :
Brigitte Bardot, Samy Frey et Jacques Perrin pour la
jeune génération pré-Nouvelle Vague ; Charles Vanel,
Paul Meurisse et Louis Seigner comme plus bel héritage
du cinéma encore pour quelques temps en activité.
Relatant les circonstances qui ont amené une jeune fille
(Bardot) à tuer son amant (Frey), le film s'applique à
faire un va et vient incessant entre le présent (le
temps du procès) et le passé, raconté par les témoins de
l'affaire sous forme de flashbacks.
Ceci semblerait bien conventionnel si Clouzot ne
manipulait pas ses plans comme une touche sur un tableau
impressionniste, où le montage serait son pinceau, le
Quartier Latin sa toile et les acteurs ses pigments de
couleurs.
Il dépeint ici, non sans un certain humour distillé dans
les dialogues et les situations, une génération de
jeunes déconnectée du monde des adultes représenté par
l'audience et les magistrats du procès. Une génération
qui trouve romantique l'idée du suicide (et garde une
corde à portée de main) qui se fait contre quelqu'un :
son suicide sera le meurtre, le quelqu'un la Société.
La jeune Dominique que joue Bardot ressemble à une
version française et féminine du James Dean de La Fureur
de Vivre : soit une jeune fille avec le corps de Bardot
(…), méprisée encore plus par elle-même que par la
société qui l'entoure. Elle vit sans se soucier du
lendemain, n'a pas peur de la mort qui marche pourtant à
côté d'elle. Le procès dans lequel elle a pour la
première fois le premier rôle se révèle être un combat
dans l'incompréhension entre deux parties liées mais
ennemies : les jeunes et leurs parents.
Dominique rêve de liberté mais est tout juste libertine.
Elle est jugée par tous puisqu'elle fait tout en
décalage, sans le vouloir : elle séduit le copain de sa
sœur, trompe ce dernier sans s'en soucier, travaille
peu, se prostitue parfois. Son attitude intrigue,
excite, amuse et choque surtout.
Tous les gens qu'elle rencontre durant le film
fonctionnent en groupes sociaux fermés (ses quelques
amis sont étudiants, sa famille la rejette…), toujours
en représentation (musiciens et chef d'orchestres de
concerts de musique classique ; avocats, jurés,
journalistes, juges, public dans la salle du procès…).
On l'accuse de ne pas dire la vérité, d'avoir toujours
feint : selon eux, elle n'a jamais aimé quiconque ; a
toujours survécu à ses tentatives de suicide…
Clouzot nous montre un procès comme une mascarade pour
les journaux à sensation qui ont les meilleures places
dans la salle noire de monde. Dominique ne réagit plus,
n'a plus la vivacité d'il y a quelques mois. Par contre,
les gens autour d'elle la scrutent et l'attaquent,
l'enfoncent encore plus dans une culpabilité qu'elle
assume mais regrette. Son avocat (Charles Vanel) ne
croit pas à un seul instant pouvoir la sauver des
griffes de celui de la mère de la victime (Paul
Meurisse, terrifiant de cruauté) et du juge qui semble
parti pris (Louis Seigner). Ils jouent plus qu'ils ne
plaident, utilisent des formules, des jeux de mots qui
font rire l'assemblée. Les “vieux”, comme elle les
appelle, n'essaient pas de la comprendre, ils sont morts
selon elle.
Dominique, qui est passée de “môme à vioque”
sans étape intermédiaire, souffre et ne se demande pas
si c'était un crime passionnel ou non : elle a tué
l'homme qu'elle aimait, c'est tout ce qu'elle sait. En
fin de compte, elle n'aura jamais eu la moindre chance
au milieu de ceux qu'elle appelle " les autres ".
La Vérité, c'est elle qui l'énonce : elle a vécu plus
que quiconque dans la salle de ses bourreaux. C'est dans
un cri qu'elle le dit. Ils ne rient plus, mais
l'oublient vite.
Nous non.
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