Le dernier opus de Lucas Belvaux, La raison du plus faible, en compétition au Festival de Cannes 2006 et Nature contre Nature,
une autre fiction plus méconnue du réalisateur, sortent simultanément en DVD.
L
a
raison du
plus
faible ou
l'histoire d'une bande de copains
chômeurs qui tuent le temps dans un
bistrot de Liège. Afin de briser
leur morne routine, ils décident de
jouer au loto, mais contrairement
aux amis de la Belle équipe
de Julien Duvivier (1936), ils ont
moins de chance. Alors, pour offrir
une mobylette à la femme de l'un
d'entre eux, ils prennent les armes
afin de récupérer un magot caché
dans leur ancienne métallurgie.
Après sa trilogie grenobloise
réunissant trois genres, la comédie,
le thriller et le drame avec de
mêmes personnages. Lucas Belvaux
retourne dans son pays natal, la
Belgique. Il signe avec La
raison du
plus
faible, une œuvre digne des
frères Dardenne. Et de fait, le
cinéaste s'attarde sur le quotidien
des Liégeois inoccupés après les
fermetures successives des
industries.
Le point de départ du film est un
fait divers célèbre qui s'est
déroulé à l'endroit même où Lucas
Belvaux a tourné sa fiction. Cerné
par la police, un malfrat a décidé
de jeter son butin du haut d'une
tour, permettant aux badauds de
s'emparer des liasses volantes de
billets. Le cinéaste n'a pas choisi
de broder sur le grand banditisme
mais a préféré mettre en scène une
bande d'amateurs rêvant d'une issue
à leur détresse. Il a souhaité ainsi
confronter les faibles, des hommes
du peuple, aux forts, les patrons.
Perdus dans la spirale économique
les faibles cherchent à se redresser
en tentant l'impossible.
Le film est noir, il a la densité
d'un drame, le suspense d'un
thriller et même des accents de
comédie. On pense bien sûr à Cavale
avec le personnage interprété par
Lucas Belvaux qui fait écho à son
personnage de fugitif dans le film
précédent. Les protagonistes ici ne
sont pas des héros, ils sont le
symbole d'une Belgique délaissée.
Celle où des individus, qui à force
de se raccrocher à l'espoir déchu
d'une victoire à la loterie,
finissent par perdre toute ambition,
à l'image du jeune Patrick, chômeur
le
plus diplômé de la bande avec
son bac +5. Ils ne leur restent
plus qu'à tenter l'improbable.
Nature
contre
nature : un
film utopique
Dans le téléfilm
Nature
contre
Nature. L'acteur Belvaux
quitte son habit noir de malfrat
qu'il s'était attribué dans ses
autres films pour celui d'un
psychanalyste, Sébastien Chantoux.
Ce dernier après avoir décidé de
s'installer dans la Creuse, doit
s'adapter peu à peu aux usages
locaux, notamment à la pratique
fréquente du troc, expérimentée par
l'association Troc'en Creuse.
L'homme propose, dans ce cadre, des
séances de psychanalyse
contre de la nourriture, des
œuvres d'art ou encore des cours de
violon. Si
Nature
contre
nature est beaucoup
plus optimiste que La
raison du
plus
faible, la problématique
centrale demeure identique : comment
vivre sans argent ? Le scénario
révolutionnaire met en scène la
question du troc et de la
psychanalyse sur fond d'une Creuse
qui échappe à bien des clichés. En
faisant triompher ce système
économique alternatif, Lucas Belvaux
propose une vision utopique qui
vient contrebalancer le pessimisme
de La
raison du
plus
faible mais d'où émane
toujours le souci social du
réalisateur..
Viviane Chaudon