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Alida Valli,
décédée le mois dernier, a créé l'un de ses plus beaux rôles dans ce
film visionnaire sur les greffes de visages. Et Georges Franju réalise
ce conte horrifique d'une beauté troublante.
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Les yeux
sans visage
un film de Georges Franju
drame français (1959) avec Alida Valli, Pierre Brasseur,
Edith Scob,...
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Double (et triste)
actualité pour le chef d'œuvre de Georges Franju,
magnifique conte horrifique français sorti en 1959.
L'Histoire veut qu'Alida Valli, immense star du cinéma
italien et mondial (elle a tourné, entre autres, avec
Hitchcock, Visconti, Reed, Bertolucci, Argento,
Antonioni, Clément, Chabrol… Que ça !), et interprète
principale du film meure le mois passé. Et ceci la même
année où la première transplantation faciale (toile de
fond de l'intrigue du film, 50 ans auparavant) a eu
lieu.
Situant l'action dans la riche banlieue parisienne,
Franju filme un chirurgien désespéré (Pierre Brasseur)
par la situation de sa fille (Edith Scob, la plus belle
voix du cinéma français), défigurée après un grave
accident de voiture. Décidé à lui rendre son visage, il
est prêt à faire tous les sacrifices, à dépasser toutes
les limites morales et éthiques pour arriver à ses fins.
Aidé par une assistante italienne (Alida Valli)
partageant son manque de rattachement à la norme, il va
séquestrer et retirer leur visage à de jeunes femmes
pour les greffer sur les plaies de Christiane. Les
cadavres se succèdent, les rejets des greffes aussi.
Le film a provoqué à l'époque de sa sortie un scandale
sur la manière qu'a Franju de montrer frontalement des
plaies ouvertes, la chair à vif, des morts lentes,
violentes, injustifiées (il avait déjà créé une
polémique en 1948 avec son magnifique documentaire sur
les abattoirs, Le Sang des Bêtes). Cela en fait
en quelque sorte à la fois le premier et le sommet du
film d'horreur français, si l'on s'essaie à le
classifier.
Pourtant, c'est la poésie et non l'horreur qui marque le
plus lorsque l'on ressort de la projection. C'est à la
fois la folie et l'amour d'un père pour sa fille, la
peur et la haine d'une fille pour son père. C'est
l'aveuglement d'un couple (Brasseur/Valli) face à la
recherche, à la gloire.
Franju sait créer des images fortes, qui vous hantent
par la beauté de leur violence. La silhouette de la
Belle devenue Bête au milieu d'un vol de colombes ; le
choc des textures entre le masque lisse et immaculé et
le visage scarifié et sanglant de la douce Christiane ;
la peur d'Alida Valli, transportant le corps d'une jeune
femme dans des habits d'hommes. Franju alterne des
scènes d'un expressionnisme poussé à l'extrême (le
cimetière, le masque comme pureté de Christiane, le
savant fou comme figure récurrente de l'esthétique
expressionniste) à des morceaux de bravoure dans le
réalisme le plus total (les opérations, la scène
quasi-documentaire de l'explication du rejet des
greffes). Il balade ainsi le spectateur dans un univers
troublant, fait de voyeurisme et de romantisme,
d'horreur et de beauté.
Ayant su s'entourer d'une équipe impressionnante dans la
technique, l'écriture (Claude Sautet, aussi premier
assistant, Boileau et Narcejac) et la musique (avec les
envoûtantes mélodies de Maurice Jarre, encore dans sa
période française), il réalise ici une œuvre marquante,
mythique et inoubliable qui reste l'une des plus grandes
réussites de cet auteur.
La France semble lui être plus reconnaissante pour son
apport à la cinéphilie (par son action à la
Cinémathèque, entre autres) que pour son œuvre, inégale
mais marquée par de telles pépites. Il serait temps de
rétablir l'équilibre…
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