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Man Push Cart

un film de Ramin Bahran

 sortie national le 10 mai 2006
drame irano-américain avec Ahmad Razvi, Leticia Dolera, Charles Daniel Sandoval...

Man Push Cart © Ciné Classic

   

Echantillons et parapet d'une caméra regard sur le monde de New York, deux mondes ou plus entre Brooklyn, Manhattan et Lahore (Pakistan). L'exil rencontre la trace et la mémoire en butte avec le main-stream d'une conscience dans les rouages d'une poussée malgré tout pour relancer la mise d'un Sisyphe.


New York dans ces nuits les plus noires, Ahmad habite à Brooklyn et part au boulot. Il tire sa cantine sur les grandes artères pour vendre ses donuts et ses cafés aux affairistes de Manhattan. L'histoire est troublante, car l'acteur lui-même Ahmad joue un de ses propres rôles de ce vécu. Comme le personnage du film, ce pakistanais joue ce qu'il a connu pour l'avoir incarné pour gagner sa vie. On le voit traîner son chariot kiosque dans ce rituel de la fonction qu'il a pu trouver pour survivre et gagner un peu d'argent. Il vend aussi des DVD porno, 1 pour 8$, 2 pour 15$.

L'immigré est ici un exilé. Il n'en est pas pour autant devenu un cynique, il garde plutôt une lueur blessée de son histoire qui n'a pas bien tourné. Sa femme morte, son enfant retiré dans la belle-famille, il enchaîne les nuits et les matinées. Il rencontre un congénère pakistanais qui travaille dans la finance et qui roule sur l'or. On apprend qu'il est une star de la pop pakistanaise qui n'est plus qu'un marchand ambulant à New York. Ce financier l'emploie pour faire des petits boulots de manœuvre dans son bel appartement à Manhattan. Il veut le relancer dans le bain de la musique et dans le monde des boîtes tenus par certains pakistanais pour lui redonner sa chance. Il rencontre aussi à un kiosque de journaux où il avait l'habitude de vendre des DVD pornos une jeune espagnole qui s'intéresse à lui. Une petite histoire sans vraiment rien de conclusif, si ce n'est un moment touchant à la mort d'un chaton qu'il voulait sauver de la mort mais qu'il ne pourra pas, puisqu'il ne lui a pas donné du lait dilué dans de l'eau. En dépit de l'arrêté new yorkais qui interdit d'enterrer les animaux, il creusera une petite tombe. Est-ce que tous les êtres qui se rapprochent de lui doivent-ils mourir? Dans un moment, il voit des marchands ambulants d'instruments pour enfants, il achète une flûte pour revenir à sa cantine et ne plus le voir disparu dans la nature de la jungle citadine. L'espagnole repartira sans plus, leur frôlement ne sera qu'allusif, même si leur désir s'égayait chacun à leurs vues respectives.

Ce premier film de jeune réalisateur irano-américain (31 ans) est d'une précision et d'une retenue qui souffle sur les airs d'un John Cassavetes. Un film avec peu de moyens, mais avec une certaine maîtrise qui n'a rien à envier à des grosses productions tapageuses. Ce film draine ces petites affinités qui se suspendent au fil du regard de sa cabine cantine de petits déjeuners. La caméra préfère les plans rapprochés de portrait ou cette lumière qui filtre de la lucarne de cette boutique ambulante sur le monde extérieur. La narration ne trace pas des rails sur lesquels le courant de l'histoire pourrait passer. C'est bien plus des sondes momentanées dans le regard aveugle d'Ahmad sur sa vie qui serait déjà passé et l'avenir ne serait plus que ce lot de routines pour conserver la figure normale d'un quotidien successif et effacé. Ce film est très prenant, même dans l'échantillonnage de ce moment de vie, qui n'est pas pour autant une tranche naturaliste. Un certain regard dans la ville de lumières New York. A coup sûr, un des meilleurs films du mois.
 
Dimitri Jageneau

 

Site officiel du film

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