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Volver et
Mildred Pierce

l'amour mère-fille à la loupe

 

Volver, de Pedro Almodovar avec Penelope Cruz, Carmen Maura…
Film espagnol, 2006
Le roman de Mildred Pierce, de Michael Curtiz avec Joan Crawford…
Film américain, 1945

   

Pedro Almodovar assume ouvertement la référence au Roman de Mildred Pierce de Michael Curtiz (ressorti récemment au cinéma) dans son dernier film, Volver. On en profite pour développer le parallèle entre ces deux films.
 
Les cinémas Actions du Quartier Latin ont ressorti au mois de Juin un des grands films du réalisateur de Casablanca : Le Roman de Mildred Pierce de Michael Curtiz. Et cela pour profiter sans doute de la référence revendiquée par Almodovar dans son dernier film, Volver. Les deux films comportent des éléments de concordance évidents et affichent chacun une vision de l'amour mère-fille à mort.

Mildred Pierce (titre original du film sorti en 1945), réalisé par Michael Curtiz qui a déjà à son actif le cultissime et génial Casablanca, raconte l'histoire d'une mère de famille prête à tout pour se faire aimer de sa fille aînée, insupportable adolescente capricieuse mais ravissante. L'aveuglement du personnage joué par Joan Crawford (Oscar de la meilleure actrice pour son incroyable prestation) sur le comportement de sa fille va mener tout droit à un drame dont on est spectateur dès la première minute : le meurtre d'un homme qui semble désigner notre héroïne en soupirant son nom avant de mourir.
L'intrigue se construit à partir d'ici en flashback autour des témoignages des différents protagonistes jusqu'à découvrir si Mildred est en effet, ou non, responsable du meurtre de celui qui se révèle être son second mari. En réalité, la réponse à cette question importe peu.
Le film parle d'un sujet osé : l'amour démesuré d'une femme pour sa fille.
Mildred commence en bas de l'échelle aux yeux de sa fille : simple femme au foyer, elle force son mari à partir lorsqu'elle découvre qu'il la trompe. N'ayant jamais travaillé, elle se met en quête d'un emploi lui permettant de garder auprès d'elle ses filles Ida et Kay.
Engagée comme serveuse dans une brasserie, elle cache son métier à Ida par peur de son jugement. La jeune fille en effet va prendre un malin plaisir à feindre de croire que l'uniforme de sa mère appartient à la domestique. Pourtant, Mildred veut offrir à sa fille une vie meilleure et se met en tête d'ouvrir son propre restaurant.
Avec force et détermination, elle y arrive et ouvre par la suite une chaîne de fast food, attirant autour d'elle de nombreux hommes. Et malgré la fortune amassée, Mildred reste pour sa fille " une femme puant le graillon ".
Si on s'attache autant à Mildred, c'est parce qu'on perçoit ce qu'elle ne voit pas, ou plutôt qu'elle ne veut pas voir : sa fille ne l'aime pas et ne l'aimera jamais malgré tout ses sacrifices. Et elle la fera souffrir jusqu'à un " point de non-retour " où la machine infernale commencera à tourner. Tous l'auront prévenue (son ex-mari, sa meilleure amie, même son amant) mais elle ne les entendra pas.

Dans Volver (lire la critique de Dimitri Jageneau), Almodovar nous dévoile une Penelope Cruz en mère forte, prenant la responsabilité du meurtre que sa fille a perpétré sur son mari et ayant à faire face au fantôme de sa mère dans une Mancha qu'on (re)découvre.

Apparemment, les deux films diffèrent sur de nombreux points. Volver se construit dans un univers féminin, là où celui de Mildred Pierce est infesté d'hommes désireux de la mère courageuse et de sa fille plantureuse… Chez Almodovar, la complicité entre Raimunda et Paula est extrême, quasi fusionnelle, contrairement à la relation unilatérale entre Mildred et Ida.
Pourtant, les deux mères ont le même réflexe d'amour, la protection envers la fille tant aimée. L'ouverture d'un restaurant comme symbole d'indépendance, l'endossement de la culpabilité comme preuve de tendresse. La peur du jugement de son propre enfant revient continuellement dans les deux films (Carmen Maura craint de " revenir " à Penelope Cruz ; Mildred se créé une vie digne de sa fille) qui parlent finalement des mêmes choses : les limites d'un amour filial et familial.
Les personnages changent, les situations non. Mais au-delà de ça, ce qui paraît extraordinaire c'est la passion qu'ont ces réalisateurs pour nous parler de ces mères, en somme tout à fait classiques, qui sont prêtes à tout pour sortir leur enfant d'une situation d'adulte.
 
Camille de Rouville

 

Notre critique de Volver

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