> > Côté Jardin > @xé libre

Commenter, partager, conserver... :        Commenter     Flux RSS Envoyer Imprimer     Réduire le texte   Agrandir le texte     Partager sur Facebook   Partager sur MySpace !      

Dirigée pour la seconde fois par Woody Allen, Scarlett Johansson est une Sondra convaincante, et elle entre désormais, aussi, dans cette catégorie, actrice allenienne.

SCOOP
comédie dramatique de Woody Allen
 novembre 2006.
avec Scarlett Johansson, Hugh Jackman,
Woody Allen, Ian McShane,...

   

Woody Allen est un grand du cinéma, apprécié particulièrement en France, où ses multiples tableaux d'une bourgeoisie intellectuelle new-yorkaise, fort méconnue, ont toujours fait les délices de la critique. Mais Woody Allen ne se limite pas à cette peinture cinématographique. Et Scoop, son dernier opus, témoigne d'une capacité brillante, à toujours avancer, et à surprendre.


Scarlett entre Woody et Scoop

Au moment où Scarlett Johansson qui joue Sondra Pransky, tombe de la barque, au milieu du lac, poussée par son ami, on se rappelle leur rencontre à la piscine où elle manqua de se noyer, s'il n'avait pas courageusement plongé pour la sauver des flots chlorés. On se rappelle aussi que dans le précédent Woody Allen, fort sombre et cynique au demeurant (le tout récent Match Point), Scarlett Johansson est assassinée par son amant. Aussi, le spectateur est saisi d'effroi, qui constate l'acharnement avec lequel Woody Allen essaie de la faire assassiner.
Et l'on est déçu, lorsqu'on la voit se débattre, appeler au secours, puis lentement s'enfoncer dans les eaux de ce lac privé.
Comment en est-on arrivé là ? Miss Pransky/Johansson, qui commença sous la direction de Robert Redford, est une jeune étudiante, et par le jeu des hasards, est amenée à découvrir une troublante révélation. Un des plus éminents personnages du Royaume d'Angleterre serait en fait l'assassin d'une prostituée.
La révélation a lieu d'une manière fort peu commune. Enfermée dans la boîte d'un magicien, sur scène, en pleine représentation, elle reçoit la visite éclair d'un grand reporter décédé (Joe Strombel), qui lui demande de résoudre cette affaire.
Le magicien de la boite magique, c'est Woody Allen, qui s'annonce comme le grand " Splendini ", en lieu et place de son vrai nom, Sid Waterman.
Etudiante en journalisme, Sondra Pransky, détient là un scoop, qui peut propulser sa carrière, et accompagnée de Sid Waterman, elle se lance à la poursuite du meurtrier présumé.

Le film abonde d'autocitations ou de ces signes Alleniens, et de scènes au rythme enlevé, sur une musique endiablée, et d'une esquisse d'ironie sociale.

La toute première scène du film, théâtralisée, est celle de la traversée du Styx, sur une barque, traversée pendant laquelle Joe Strombel, le grand reporter, se présente aux autres passagers. Scène évidemment irréelle, onyrique, mais donnant le ton du film, vif et décalé. Le décor est noir, la barque avance lentement, et Joe Strombel acquiert la possibilité de revenir de temps en temps, pour quelques brèves secondes dans le monde des vivants.

Dans une seconde scène forte, Woody Allen, alias " Splendini ", nous fait une présentation jubilatoire de son art magique, avec brio et verve, dans une salle bondée, où il trouve Sondra/Scarlett, qu'il enferme dans sa boîte magique pour exécuter un de ses tours. C'est à ce moment que la révélation a lieu.

La rencontre entre Sondra et Lyman, le tueur en série présumé, constitue aussi un moment de bravoure, où Sondra, dans un maillot une pièce rouge carmin, attire l'attention en manquant de se noyer. Inévitablement, le " truc " fonctionne, entre l'Apollon britannique et la Sirène de Copenhague (Miss Johansson est d'origine danoise). Elle lui présente Splendini, qu'elle fait passer pour son père.

Sondra et Splendini, sont invités à une Garden Party donnée par Peter Lyman, et c'est l'occasion pour Splendini de se livrer à un véritable festival de manipulations de cartes au milieu des invités, jet set, aristocratie, et grande bourgeoisie. Splendini n'est plus pour l'occasion le magicien Splendini. Il se fait passer pour un riche homme d'affaires américain, aux goûts vestimentaires peu sûrs, mais compensés par le brio de sa dextérité en matière de manipulation de cartes. Et littéralement, il subjugue son public, conquis par ses prouesses. Dans ce monde très ordonné, mais pas si fermé, il amène un peu d'originalité, de spontanéïté et d'étonnement aussi.

Maestria aidant, et secondé par Sondra, il découvre des indices de la possible culpabilité de Lyman…

Ce dernier Woody Allen, livré si vite après Match Point, et c'est un indice, fourmille d'idées et est éclairée d'une vraie joie de vivre, d'une certaine truculence aussi. Il délivre aussi des portraits de personnages solidement campés. Un excentrique, artiste, ou un artiste un peu excentrique, joyeux de nature, mais un peu solitaire, qui se parle à lui-même, et s'auto-parodie en permanence. Une jeune étudiante, américain et ambitieuse, ambitieuse dans le bon sens du terme, c'est-à-dire qui veut prendre le plus rapidement possible les bonnes rampes de lancement. Il n'y a pas de critique de l'ambition. Enfin un tueur, mondain, riche, puissant, cynique, et tout à son plaisir, et à son rang.
Point de manichéïsme, ou de pseudo-critique d'une société, ou plutôt de la haute société britannique. Woody Allen / Splendini, n'y fait qu'un bref passage. En observateur, et en joueur aussi.
Pourtant, on ne manquera pas d'observer un jeu de miroirS, en diagonale, comme sur les cartes à jouer. Un premier jeu de miroir, c'est l'opposition-complémentarité entre Scarlett, jeune, belle, sensuelle, ambitieuse, d'une part, et Splendini, d'autre part, un peu vieux, pas très beau, un peu avachi, malingre, et désabusé. Cette machinerie, classique, fonctionne à merveille.
Le second jeu de miroir, est celui qui met face à face, une Sondra, américaine, du nouveau monde, vive, enjouée, mobile, qui symbolise une certaine Amérique, à une haute société britannique encore sûre d'elle-même et de sa force, mais immobile et cynique. Et entre cette Angleterre, et Scarlett, c'est Scarlett qui gagne, ceci, sans jugement de valeur. Woody Allen surfe surfe sur l'étiquette et les bienséances, il impose son code, celui de Splendini, le magicien, mais Splendini/Sod Waterman ne critique pas ses hôtes.

A ce jeu de miroirs, il faut ajouter la mention explicite de Waterman à Mademoiselle Pransky sur leurs origines juives communes, l'un et l'autre d'origine Askhénase, et orthodoxe, qui en fait symboliquement sa continuation, et la fille qu'il n'a pas eue. L'un et l'autre, pleins d'intelligence, de vivacité d'esprit, d'agilité et d'une joie de vivre communicative, qui se fraient un chemin parmi les autres.

Continuation et miroir de Match Point, qui est plus lent, plus violent, cynique et décevant sur le plan de la justice morale (la justice peut-elle être morale ?), Scoop réserve encore des surprises à celles et ceux qui ne l'ont pas encore vu. Nous insistons lourdement pour vous donner une piste. Scoop est bien un miroir en diagonal de Match Point. C'est un indice..

Gérard Alexandre Sanchez

 

Nos autres critiques

Réagir sur le Forum

Sommaire de la rubrique


PARTENARIAT

IMAGES ALEATOIRES

PUB