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The Great Ecstasy  of Robert Carmichael

un film de Thomas Clay

sortie national le 26 avril 2006

drame britannique avec Daniel Spencer, Ryan Winsley, Charles Mnene ...

The Great Ecstasy of Robert Carmichael © Pretty Pictures

   

Apnée pour quelques mauvais quarts d'heures dans l'Angleterre paumée. Ce film est une machine qui écrase tout sur ce passage. Traumatique, la scène finale nous met dans un tel désarroi devant la cruauté banale des faits divers. Certains trouveront argument auprès de “ la banalité du mal ” (Annah Arendt), mais l'argument ne couvrira pas la carence d'une réalisation unilinéaire.


Petite ville de province sur le bord de la mer du Nord sur fond de misère endémique de l'Angleterre profonde, le violoncelle rythme ce lancinant cadre cosy du jeune talentueux lycéen Robert. La caméra s'accroche rapidement à la petite crapule de coin, qui ne pense qu'à fumer des joints et se bourrer des pilules pour provoquer des outrages gratuits. Il agresse un jeune pakistanais avec son pote black. Venant d'être expulsé de son lycée, cette petite frappe, rempli de la crasse et de la dégaine d'une brute, ne cherche qu'à faire des petits coups en douce pour être un dur, un vrai, en attente d'un bon plan pour se faire un max de tunes. Il n'a vraiment rien pour lui, raciste qui s'ignore et machiste de la pire espèce, qui rudoie un anglais des plus rocailleux. Une scène le montre pourtant tout autre, presque un îlot dans ces petits exploits : un après-midi après son boulot de manœuvre qu'il a pu trouver, il se rend à la pêche et toutes ces prises il les relâchera avec une forme de respect. Ce désœuvré a embobiné le premier de la classe et talentueux musicien que sa petite maman a éduqué dans le cadre idyllique de la haute culture , il lui refourgue du shit, des pilules. Le tout se gâte, lorsque le cousin est relâché de prison pour ces petites combines de dealers. Il prend sous sa coupe son neveu et aussi ses potes, et bien sûr Robert.

La première exaction du film est la menée de cette joyeuse troupe dans un cloaque de dealer. Une jeune fille les accompagne, elle en aura pour son grade de femme ; viol à consécution du cousin et du neveu, qui l'abandonneront à son sort après l'ouvrage presque terminé. Les deux dealers s'en chargeront. Notre Robert restera sonné par la ligne de coke qu'il venait de sniffer. Le grand cousin enseigne à son neveu les basiques du maraudage. Mais le climax de l'exaction se prépare, le grand frère ayant été chopé pour revisiter le placard. Notre petite brute attachante décide de monter un coup exceptionnel. Robert fêtera son concert de fin d'année dans cette nuit de violence extrême. Retirée dans la verdure, une villa d'une star de la télévision est l'objectif de la virée. Les trois potes sous ectasy veulent rafler et faire payer la gloriole médiatique du land-farmer. Suivent des scènes d'une rare cruauté, viol, intimidation,… jusqu'à la mise à mort après le viol avec tessons de bouteilles dans le sexe de la pute devant son chéri bâillonné et ligoté. Le plus intéressant est la part active de Robert dans le meurtre de la femme, après s'être couché sur elle et en vain avoir joui d'elle. (On ne me reprochera pas d'avoir été descriptif).

Mon avis est très négatif, et la réflexion qui se dégage de ce film est à l'image de la linéarité tragique de l'évolution dramatique. Tout semble avoir être prémâché dans le diagnostic social d'une province qui véhicule la violence ordinaire, que l'on peut parfois lire et même entendre dans les premières pages relatant les actes de barbarie aveugle qui frappe l'ordinaire. Film réaliste à la Ken Loach et en prime peut-être référence sine qua non à Orange mécanique de Stanley Kubrick qui avait déjà fait scandale, ce film n'arrive à la cheville ni de l'un ni de l'autre. Thomas Clay n'est pas le premier à traiter l'horreur d'un fait divers. Bergman l'avait traité dans une Suède médiévale avec La Source. Michael Haeneke l'avait fait aussi avec Funny Games. La petite pointe qui pourrait sauver le film, c'est l'observation du comportement proto-fasciste de l'énergumène meneur et d'un Robert désabusé dans son renfermement et ses frustrations d'adolescent au seuil de la maturité. Ce qui semble agacer, ce sont les caractères typés comme l'impunité d'une fin d'adolescence qui pourraient expliquer la gravité du film. L'aphorisme final hindou sur la question du bonheur ne sauve pas le film. Je ne m'attacherai pas au pourquoi du film et dès lors de la création que certains moralistes pourraient ériger au nom de la bienséance, mais sur la forme, car la question est bien esthétique. Le format filmique et presque romanesque de cette tragédie se préserve du documentaire et joue sur l'apport de la fiction, on ne comprend pas vraiment pourquoi. Là où ce film dérange, c'est dans le déroulement narratif qui se veut impassible. J'aurais préféré un montage plus audacieux jouant lui-même entre docu et fiction, mêlant les protagonistes, mais surtout un travail de la coupure qui est inexistante aurait pu travailler une quelconque distance. Ce qui se dégage de tout ce film, c'est cette fausse machination de la liaison continuelle qui ne sauve nullement les protagonistes de l'excuse du sociologisme romancé. Les âmes sensibles seront prévenues. Nous passons un mauvais quart d'heures ou plutôt une mauvaise heure et demi.
 
Dimitri Jageneau

 

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