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Les harmonies
Werckmeister
un film de Béla Tarr
2000, sortie national 2003
France/Allemagne/Hongrie avec Lars Rudolph, Peter Fitz et Hanna
Schygulla...
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Le film s'ouvre sur une scène presque hallucinante: dans
un café miteux, le jeune Janos entreprend d'expliquer le
fonctionnement du système solaire à quelques ivrognes.
Pour cela, il organise une chorégraphie chaotique où
chaque pochard représentant une planète tourne sur lui
même et gravite autour d'un autre… Ainsi va la vie et
Janos, messager (il est postier) et médiateur, parmi les
habitants d'une petite ville perdue au fin fond de la
Hongrie. La caméra, quant à elle, ne cessera de danser
autour de protagonistes aussi mutiques que mystérieux.
Nous ne saurons d'ailleurs jamais où et quand le film se
situe, toutes les hypothèses restant ouvertes. Béla Tarr
a définitivement rompu avec l'aspect documentaire de ses
premiers films, pour aborder des "problèmes
ontologiques, cosmiques…saisir le mystère de la nature
humaine…faire passer la vie dans l'image par un
processus autonome vis-à-vis de la narration".
C'est un événement irrationnel qui va bouleverser
l'apparente tranquillité de la ville : sur la place du
marché, un forain expose une baleine morte. La simple
présence de l'animal, doublée de rumeurs concernant un
prince mystérieux, provoquent un mouvement anarchique
qui gagne peu à peu la population pour déboucher sur la
pure folie. Janos (Jonas ?), témoin naïf, est
irrésistiblement attiré par les mouvements telluriques
et opposés qui traversent la ville et les hommes
(anarchie et répression). Comme lui, la caméra est
traversée du désir de voir et de comprendre l'énigme
humaine.
Un film conçu comme un conte
Béla Tarr, cinéaste hongrois, a tourné plus de dix
films. Très peu ont été projetés en France et Les
Harmonies Werckmeister sort dans les salles plus de
trois ans après sa réalisation.
Rapproché souvent de Tarkovski, le réalisateur signe ici
une sorte de conte inclassable émaillé de longs
plans-séquence hypnotiques. Les images noir et blanc et
fortement contrastées forment chacune une matière
épaisse et très belle où le regard va se perdre. Les
Harmonies Werckmeister est un monde de sensations et de
perceptions plutôt que d'intellection et de symboles. La
musique, très présente, semble guider la caméra et
insuffler vie aux images (Werckmeister est un
compositeur allemand du 17e Siècle dont les théories
inédites sont reprises par un personnage musicien du
film).
Le spectateur suit Janos parmi la lumière ou
l'obscurité, la musique et le désordre, sans toujours
comprendre ce qui se déroule devant lui, mais avec un
plaisir et une curiosité indéfectibles.
Les Harmonies Werckmeister, est film inclassable d'une
grande beauté sombre. Une œuvre rare.
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