ENTRETIENS COMPLÉMENTAIRES DU DOSSIER LUMEN

Brendan Darcy, vit et travaille à Dublin et est un des photographes étrangers accueillis cette année dans le cadre du festival. Eclairage sur un travail très personnel.

Mes recherches actuelles tournent autour de photos de tétines, de biberons, de jouets ou d’autres objets laissés par les enfants dans la rue. Beaucoup de jeunes filles et de jeunes femmes ont des bébés à Dublin, et jeter par terre toute sorte d’objets ou de détritus est malheureusement très commun.

 La raison qui m’a fait m’intéresser à ce sujet est tout simplement ma compagne, française, qui fut très surprise quant elle était à Dublin par le nombre d’enfants en bas âge dans Dublin, et le peu de respect des gens qui jettent tout et n’importe quoi en ville ! J’ai tout simplement emboîté le pas à cette remarque et c’est devenu une sorte d’obsession, une traque de l’objet enfantin !

Lorsque j’ai commencé ces photographies en couleur, à l’aide d’un flash, je pensais qu’elles auraient un aspect plutôt « miteux » et ironiquement drôles. Mais les premières personnes à les avoir vues les ont trouvé tristes et noires, tout spécialement celle d’une poupée en plastique sans bras ni jambes, photographiée la nuit ! Cela m’a influencé pour la suite, car j’ai été conduit à réfléchir sur les questions que ne manqueraient pas de se poser les gens qui regarderaient ces clichés.

Tu exposes dans un restaurant. Attends-tu une réaction particulière du public ?

Je suis ici pour une semaine, et je compte bien en profiter pour observer ces réactions. Jusqu’à maintenant j’ai recueilli quelques sentiments : à première vue, les personnes avec je me suis entretenu n’ont pas eu de rejets vis à vis de ces clichés, il les trouvent même marrantes. Mais à la réflexion, ils changent de point de vue et y trouvent quelque chose de torturé, de déprimant. Surtout lorsque par hasard, j’ai photographié une tétine ou un palet dentaire tombés juste à côté d’un mégot de cigarette ...

 

Peux-tu nous dire quelques mots sur la situation de la photographie en Irlande ?

Etre photographe en Irlande n’est pas chose facile, en dehors de quelques noms réputés qui travaillent pour la publicité ou des reportages magazines. Dans Dublin, il y a maintenant quelques lieux qui proposent une programmation régulière de photographie, mais certains d’entre eux exposent des photographes reconnus et souvent mort depuis trente ans ! Sur le plan de la formation, il existe deux écoles à Dublin qui enseignent la photographie, l’une d’elles ayant été créée depuis quelques années seulement. Je dirais que la situation s’améliore petit à petit, même si la demande du public reste encore un peu frileuse. Alors de là à parler de vendre de la photo ...

Panalyiotis Lamprou - étudiant en photographie, et Pigi Psimenon - photographe amateur avertie, sont venus d’Athènes pour l’Emoi de la Photo, à l’occasion de la présentation de leurs photographies dans le cadre du festival. Propos recueillis après quelques jours de visites d’expositions et de rencontres multiples.

Quelle est le type d’exposition présentes-tu pour l’Emoi de la Photo ?

Panalyiotis Lamprou : C’est le résultat d’un projet que j’ai mené lors d’une formation suivie en Italie. Nous nous sommes rendus, mes deux professeurs Guido Guidi - Italien, Willie Osterman - Américain, et moi-même, sur le parcours de La Strada « Reina Margharita », une route de montagne. L’histoire de cette route est celle d’un architecte italien, né en 1890, qui l’a construit : cela nous a amené à écrire une nouvelle récit sur une histoire préexistante. Chacun de nous a photographié sans penser qu’il avait quelque chose de particulier à faire. Au départ, l’objectif de ce travail était très confus : il s’agissait avant tout d’un « exercice » photographique. Willie a travaillé uniquement sur la route, Guido sur les lieux où l’architecte a grandi, et quant à moi j’ai pris un peu des deux. Finalement, les trois « parcours » se complétaient bien. Mais nous l’avons réalisé seulement par la suite et avons donc monté une exposition.

Où avez-vous exposé ces travaux avant Orléans ?

La première exposition s’est tenue à Athènes et la seconde en Italie dans le cadre d’un festival. L’exposition en Grèce a été rendue possible grâce au « Cercle Photographique Kyklos » et à une association qui aide les toxicomanes à sortir de la dépendance. Nous avons utiliser ces photographies d’une façon métaphorique avec ces personnes en détresse. Car cet architecte, né dans une région extrêmement pauvre, a réussi à apprendre seul les rudiments de l’architecture et finalement construit cette route dans cette même région afin de la désenclaver. C’était une très bonne mise en perspective du retour à un quotidien moins difficile pour ces anciens toxicomanes. La seconde exposition en Italie s’est déroulée dans la région où nous avons effectué ce travail. Ce fut intéressant car les habitants ont pu porter un regard différent sur leur lieu de vie.

Ici à Orléans, j’espère pouvoir échanger des points de vue sur cette exposition avec des photographes français, comme nous avons pu discuter dans d’autres pays. La façon dont nous avons travaillé va d’ailleurs bien au delà des nationalités ; c’est une recherche de communication sur les réflexions de chacun.

 

Pigi Psimenon :  Les photos que j’ai amené ici ont été réalisées sur une île au large de la Grèce continentale. Il n’existe pas de sujet particulier dans mon travail, je me suis simplement intéressée à l’environnement où j’évolue : des personnes, des objets, des lieux, etc. Lorsque je suis en face d’un « sujet », je l’observe un moment puis je déclenche de façon spontanée, sans jamais revenir sur la prise de vue. Il y a une notion d’instantanéité dans cette démarche.

Quand j’ai visité mon exposition, j’ai eu la sensation que ces photographies étaient extrêmement silencieuses, comme des nature morte. Rien ne bouge à l’intérieur de ces tirages, et ce qui est surprenant, c’est que je n’avais pas ressenti cela auparavant. Pour autant, cela n’est pas désagréable et reflète en partie ma personnalité et mon approche du médium photographique. La photographie, si elle n’est pas pour moi un métier, est un compagnon, un ami proche dont j’ai besoin.

Comment se déroulent les activités liées à la photographie en Grèce ?

Panalyiotis Lamprou et Pigi Psimenon : Les vingt dernières années ont vu un développement très rapide de la photographie. Avant il n’existait que des photographes professionnels travaillant seuls, de façon isolée. Aujourd’hui, des organisations font un travail très sérieux d’information, de formation, de monstration. Il est certain que le développement économique a favorisé l’émergence d’une demande de culture par le public, en particulier pour la photographie.

J’aimerais donné l’exemple du « Cercle de Photographie Kyklos » dont nous sommes membres, une association créée par Platon Rivallis, un photographe qui a fondé un lieu pour cette pratique à Athènes. Le Cercle dispense des formations, dispose d’un centre de documentation de 3500 ouvrages, aide les photographes à pénétrer le circuit professionnel, organise des expositions dans le Photo Hall, et met à la disposition des membres et des visiteurs une cafétéria où nous pouvons prendre le temps de partager.

Pascal Teixas - musicien (mais pas seulement ...), est membre de l’association Naïma, qui a participé à l’Emoi de la Photo en montant un échange avec le « Cercle de Photographie Kyklos » d’Athènes. Il livre en quelques mots sa vision de la culture à travers l’expérience de rencontres qu’il a eu l’occasion de favoriser en Hongrie, en Grèce, au Royaume-Uni ...

Naïma est née de l’idée de créer des liens entre les artistes en Europe. C’est une volonté de faire connaître des créations en s’intéressant à tous les types de pratiques. Cela m’a paru évident de ne pas se poser la question des disciplines, parce que je trouve cela gênant, réducteur. Charlélie Couture ou Serge Gainsbourg ne se sont jamais revendiqués comme musiciens, mais ont travaillé à la fois la peinture, l’écriture, la musique, etc.

La vie est une entité complète et un artiste capable d’ouvrir les yeux peut se nourrir de choses a priori opposées. Pour moi, tout est à prendre partout. Et c’est la spécificité que j’ai rencontré chez des gens qui pratiquent cette approche. La rencontre avec l’équipe de Josef Nadj du Centre Chorégraphique National a été déterminante de ce point de vue. Leur boulot, c’est autant une recherche plastique, photographique, que scénique ou d’écriture.

Le partenariat avec le « Cercle de Photographie Kyklos » participe de cette envie de rencontre. Les photographes grecs qui exposent à Orléans cette année étaient friands de rencontres, de montrer leur travail. Le contact s’est donc établi de façon naturelle et alors que l’Emoi de la Photo a commencé, les échanges se multiplient, et pas seulement sur la photo : la littérature, la musique sont tout autant concernées. Je crois que cela peut tous nous aider à trouver de nouvelles idées, recentrer notre parcours pour continuer nos créations respectives. J’espère que ces rencontres amèneront d’autres projets, des déplacements à l’étranger de membres de Lumen.

 

Propos recueillis par Gunther Ludwig

 

L'ÉMOI DE LA PHOTO : Lumen, agitateur d’idées argentiques et numériques ! 

Née en 1999 avec dans ses poches fraîchement cousues l’envie de réaliser un festival photographique en ville destiné avant tout au public, l’association Lumen  s’enrichit et remet la mise en octobre et novembre avec un « Emoi de la Photo » prometteur et en plein développement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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