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Lettre
ouverte à mmes et mrs les créateurs artistiques
contemporains qui voudront bien se reconnaître en celle-ci.
ASSEZ !
Assez! Assez de palettes de stockage repeintes en rouge et
auto promues au rang d'œuvre d'art.
Nous les connaissons déjà !
Assez de mannequins de confection disloqués et suspendus au
plafond; nous les avons trop vus. Il en est de même pour
les
moteurs électriques conditionnés en mobiles répétitifs.
Ils
sont probablement sympathiques, mais surtout excessivement
surannés.
NOUS EXIGEONS, MAINTENANT, L'ART DE L'AN 2000 !
La légende rapporte que Michel Ange aimait arpenter les
rues de
Rome, la nuit, à cheval. Il semble facile d'imaginer ce que
cet
artiste d'exception recherchait dans ces conditions
particulières.
Rien de moins, sûrement, que la plus haute inspiration
alimentée
par une palette mémorielle composée d'éléments visuels,
sonores
et sensitifs littéralement captés en route.
Nous savons quelles oeuvres sublimes résultèrent de ce
genre de
mise en condition mentale.
Si par un bienveillant glissement spatio-temporel, le
peintre de
la chapelle Sixtine, au hasard d'une de ses sorties
nocturnes, se
retrouvait dans la Rome actuelle, ou à New York, ou,
pourquoi pas
à Hong- Kong, en ayant la stupeur de découvrir autour de
lui, le
foisonnement multicolore, cinétique et esthétique d'une
grande
métropole moderne, quel genre de créations fulgurantes
nous
produirait-il aussitôt ?
Des rectangles de polyester ficelés dans des sacs poubelle
bleus
et noirs ? Des carcasses de magnétoscopes constellées de
lampes de de guirlandes électriques ?
Oui, chers créateurs actuels soit disant libres, Duchamp
eut, avec
son nihilisme subtil, mille fois raison de dévisser son
urinoir.
Et Fontana dut ressentir un grand plaisir à perforer ses
toiles au fer à souder. Mais ceci date.
Un véritable geste nihiliste consisterait, peut être, en
ce cas, à
revisser la fontaine signée R.Mutt (1917) pour lui
restituer sa
vocation initiale par exemple. Un sacré coup d'inspiration
en
perspective. Hélas, cela fut proposé par les hyperréalistes
dans
les années cinquante. Déjà.
François Mitterrand, dont il serait ridicule de soupçonner
qu'il
fut un quelconque artisan de la réaction, taxait certains
représentants des mouvements écologiques "d'ignorance
crasse" au sujet de la pertinence d'une partie de leurs
revendications.
Et si il s'agissait, en fond d'analyse, de cela et de rien
d'autre pour expliquer le manque d'inspiration de la majeur
partie de nos champions de l'art?
Entendons-nous, personne ne prétend qu'il faille être
titulaire
d'un brevet ou d'un baccalauréat particulier pour faire un
grand
artiste.
A preuve, par exemple, les merveilleux sculpteurs
traditionnels
Africains dont le fait de ne jamais fréquenter les amphithéatres
de la Sorbonne ne minimisa pas particulièrement leur
savoir-faire
au cours des ages.
En revanche, ces artistes, eux, possèdent un solide
enseignement
basé sur une tradition séculaire profondément inspirée
par les
oscillations constantes des sacralités cosmiques. Ceci
explique la
fascination universelle suscitée par leur masques rituels.
La
tradition au service de l'innovation comme parangon en somme
?
Le vernaculaire, en conséquence, signifie quelque chose
pour vous
chers amis ?
Car il faut admettre qu'une de vos lacunes majeure tient au
fait
qu'en amont du pop art vos repères distinguent de plus en
plus
confusément la silhouette torse nue d'un richissime peintre
espagnol décédé un peu après mai soixante huit (ou avant
?) et
qu'en deçà de ces dates le nom de Raphaël évoque plus
certainement une marque de pinceaux (excellente, d'ailleurs)
et
que celui de Bosch correspond indubitablement à une marque
d'outillage électrique domestique.
Mais qu'importe. Car après tout vous pensez être les
souverains
de la liberté, de l'anticonformisme et de la marge totale
de
créativité que cela suppose. Soyons objectifs, ceci est en
partie
vrai.
Mais prolongeons un peu cette objectivité. Qu'en est-il de
la
liberté chérie lorsque vous déambulez dans les allées
des frics-
fracs et autres foires hautement institutionnalisées en rêvant
du
moment de votre heure de gloire ?
Et si nous parlions aussi de la nature du sens cosmique de
la
beauté au moment ou vous venez, enfin, de décrocher votre
place
de résident permanent dans une mjc de banlieue ?
Tant qu'à vos vernissages dérisoires ou l'ignoble odeur du
vin
blanc bon marché se mélange au fond musical d'accordéon
rock de
bal musette moderne; un mot: médiocrité.
A propos de musique, il me semblait que le lsd et les
Beatles
avaient, eux aussi, enterrés cela. Voici un certain temps, déjà.
Il faut croire que certains atavismes possèdent une
carapace des
plus résistante !
Et pour en finir avec ces éloges, mesurons maintenant votre
réel
degré d'ouverture d'esprit et de prétendue tolérance :
que ressentiriez vous, si, demain, votre chaîne préférée
de
télévision révisait sa grille de programmes surtout vis
à vis des
films made in outre atlantique ?
De même, comment percevriez vous votre petite sœur si elle
se
produisait sur scène lors d'un happening parisien de manière,
disons cavalière, avec le superbe cheval que vous venez de
lui
offrir avec l'argent de la vente de vos derniers tableaux?
ASSEZ !
ARTISTES RÉVOLUTIONNAIRES DU TROISIÈME MILLÉNAIRE: AUX
ARMES !
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